La famille malaise
La première appartient à cette classe morphologique que l’on appelle inflexive (ou à inflexions) ; les trois suivantes appartiennent à la classe agglutinative ; les trois suivantes à la classe monosyllabique, et la dernière au type polynésien.
Nous devons nous attacher orincipalement aux langues vivantes et qui se parlent actuellement; mais il y a telles langues mortes qui ont exercé une si grande influence sur certains membres de quelques familles, qu’elles méritent d’être signalées.
La première de ces langues mortes est le sanscrit, dont l’influence se fait sentir dans toutes les branches indiennes de la première famille, à l’exception des deux premières, qui doivent être considérées comme pré-sanscrites. Les quatre premières langues de la famille dravidienne sont aussi profondément modifiées par l'influence sanscrite. Cette influence du sanscrit se fait également sentir dans le groupe javayen de la famille malaise ; elle a pénétré dans l’île de Java avec la religion hindoue, venue de l’Inde à une époque que l’on ne peut préciser.
L’influence des idiomes pracrits est encore plus grande dans quelques cas particuliers. Le magadhi, mieux connu sous le nom de pâli, devint l’instrument de l’enseignement bouddhique et modifia profondément le singalais, qui provient luimême d’un autre idiome pracrit , le birman, le mon, le cambodgien et le siamois. Quelques idiomes indigènes des Aryens descendent en ligne directe des autres idiomes pracrits, et un autre encore
est devenu la langue religieuse des Jaïns. Une autre langue morte très importante, qui a laissé une littérature abondante, est la kawi, ou javanais archaïque.
Deux branches de la famille aryenne sont représentées dans une même contrée : 1° la branche iranique; 2° l’indienne.
L’iranique n’est représentée en partie que par deux langues. L’indienne est représentée dans son intégrité par quatorze idiomes. Nous allons les étudier individuellement, mais rapidement.
Les deux langues de la famille iranique sont le pushtu et le balùchi, parlés tous deux par les tribus frontières si gênantes, établies au-delà de l’Indus, dans la zone dite neutre qui sépare l’Inde anglaise de la Perse et de la Russie. Le pushtu est le langage des Afghans , peuples mahométans, sujets de Kaboul, soit effectifs, soit de nom seulement, ou totalement indépendants. C’est une des langues que les fonctionnaires de l’Etat sont tenus de savoir, et il en existe plusieurs grammaires et dictionnaires. Comme on pouvait s’y
attendre pour une langue qui occupe une position intermédiaire entre l’Inde, la Perse et le Turkestan, il existe plusieurs dialectes ; mais on ne les connaît pas assez pour en analyser les diffcV?nces. Ils ont une certaine littérature en caractère arabe.
Le balùchi est la langue de la race qui occupe l’étendue de terrain qui sépare l’Afghanistan delà mer. Les Balûchis sont mahométans; l’idiome sindhi paraît empiéter sur leur terrain à l’est, le persan à l’ouest et le pushtu au nord. De plus, mélangée avec eux dans leurs villages, sur une partie de leur territoire, il est une race totalement différente, parlant une langue entièrement différente, le brahûi. Les Balûchis sont absolument illettrés ; s’ils emploient un caractère d’écriture, c’est l’arabe. Leur langue est devenue depuis peu une des langues que les fonctionnaires de l’Etat sont tenus de savoir. Il existe plusieurs dialectes : le mukrâni, ou dialecte occidental, se fond graduellement dans le persan ; celui du centre est le type actuel ; enfin il y a un dialecte fortement caracté-
risé qu'emploient les tribus à moitié indépendantes qui bordent les frontières des districts du Panjâb.
Passons à la branche indienne de la famille aryenne. Elle occupe une surface linguistique plus étendue, avec une population plus considérable que n’importe quel autre groupe, à l’exception du chinois; nous n’avons que des renseignements insuffisants sur les divisions intérieures de cette dernière population. Deux de ces langues représentent le type aryen avant sa floraison sur la terre indienne; ce sont les idiomes des Siah-posh Kafirset des Dards. Dans les majestueuses gorges de montagnes, et les hautes vallées situées dans Pangle formé par la jonction de la chaîne de l’Himalaya et de l’Hindu-Koush, habitent des idolâtres intrépides, qui, pendant des siècles, ont défié Hindous et Mahométans et ont gardé dans un asile sûr, qu’aucun Européen n’a encore visité, leur religion, leur langue et leur liberté. Ce sont les Kafirs. Le D'’ Trump a minutieusement analysé leur langue et affirme
qu'elle est aryenne. Entre eux et l'Indus dans le Yaghestan, et de l’autre côté de rindus sur le territoire du Maharajah de Kashmir, vivent les Dards, mahométans pour la plupart, avec seulement quelques Bouddhistes. Nous connaissons mieux leur idiome, qui a plusieurs dialectes, et que le D** Trump prétend aryen. Ces deux langues sont barbares et ne possèdent pas de littérature.
Celle qui suit sur notre liste est le kashmiri, idiome des habitants de la « Vallée heureuse », presque tous mahométans, avec une poignée de Brahmes hindous, qui se distinguent par leur aspect et leur talent. Indubitablement cet idiome est aryen, mais nous le connaissons beaucoup moins que nous ne le devrions. Nous ne possédons que des vocabulaires et des études grammaticales insignifiantes. Il y a lieu de croire que la vallée a été peuplée par un reflux du flot aryen sur la chaîne extérieure de l’Himalaya, car on trouve dans le langage et les coutumes de ce peuple des traces évidentes d’une civilisa-
tion bien supérieure à celle de leurs voisins de l’autre coté des montagnes, les Dards. Il existe une forme de caractère indien spéciale aux Kashmiriens, mais elle est peu usitée. La langue persane et les caractères arabes sont employés pour les affaires de l’Etat et la correspondance privée. Le puhàri et le kishtwâri, parlés par les montagnards de la chaîne moyenne de l’Himalaya, sont provisoirement classés comme dialectes du kashmiri.
Le panjâbi occupe un champ linguistique beaucoup plus étendu, mais il a des droits moins indiscutables à être rangé parmi les langues indépendantes. Il est entouré à l’ouest par lepushtu et le balûchi, à l’est par l'hindi, dans le voisinage de Sirhind ; au nord, par le kashmiri et ses dialectes ; au sud, il arrive par transition douce au sindhi. Il comprend, par conséquent, toute la contrée des cinq rivières, coteaux et plaines, et se parle par une population en partie hindoue, en partie musulmane. Cette langue se distingue de sa sœur l’hindi par ses phonétiques, par une
grande partie de son vocabulaire et par quelques-unes de ses inflexions grammaticales, et cependant aucune personne sachant l’hindi, à moins que ce ne soit un pédant, n’aurait la prétention de s’arroger, en apprenant le panjâbi, la science d’une seconde langue, comme elle aurait certainement le droit de le faire en acquérant la connaissance du bengali ou du sindhi.
Cette langue ne comporte point d'examens additionnels pour les fonctionnaires publics ; elle n’a pas de littérature publique ou privée, distincte de l’hindi. Les affaires publiques se traitent en hindoustâni, et la correspondance particulière se fait dans cette langue ou en persan. LesGranths ou livres sacrés même, étudiés au point de vue critique par le Trump, ont révélé ce fait singulier que le dernier Granth de Govind Sing est en hindi, et que le premier Granth de Baba Nanuk regorge de citations d’hindi archaïque et n’est certainement pas composé dans le panjâbi que nous connaissons. L’écriture , nommée gurmukhi, employée par les Sikhs, est
évidemment une variante du caractère indien, de même aussi que le caractère commerçant du Bazar. Considéré comme langue, on peut dire que le panjâbi a plusieurs dialectes ; les plus tranchés sont le dogri et le chibhâli de la chaîne extérieure ou inférieure de FHimalaya, et le multani de l’extrême sud, qui sert de transition avec le sindhi. Un patois informe qui varie de Doab à Doab, qui n’est réglé par aucun étalon de pureté ou aucune littérature, se parle parmi la classe agricole.
Le brahùi peut être traité en quelques lignes, car on n’en sait presque rien. Il est parlé par une race de Mahométans, que l’on confond quelquefois avec la population qui parle le balûchi du Belûchistan, et de laquelle elle diffère totalement comme langage et comme race. Son chef lui-même est un brahùi ; mais lui et ses nobles parlent les deux langues. Le docteur Caldwell, dans une revue de la grammaire insignifiante de Leech et de Bellew, a exprimé l’opinion que, par sa structure,
cette langue est de la même souche que le sindhi, quoique avec de fortes affinités dravidiennes. La question en est là pour le moment ; mais comme maintenant les fonc tionnaires de l’Etat passent un examen de cette langue, et qu'on a publié un livre dans cet idiome à l’imprimerie de Kurrâchi, elle sera classée avec certitude avant qu’il soit longtemps.
La langue sindhi est parlée par une population mahométane dans le delta de rindus et quelque peu au delà du delta sur les deux rives ; car la population de Kach Gundava dans le Belûchistan et celle de la péninsule de Kacch dans la province de Bombay parlent des dialectes du sindhi bien définis. La grammaire de Trump nous a appris tout ce qu’on peut savoir sur cet idiome indubitablement pracri ; il ne possède pas de caractère d’écriture reconnu et établi. Trump a adopté un alphabet arabe modifié, contre lequel s’élèvent les Hindous qui parlent le sindhi et qui emploient une variété des mauvaises formes du caractère indien. La confusion
a été augmentée par la tentative des officiers de l’instruction publique d’introduire une forme nouvelle et peu scientifique de l’écriture indienne, et celle de quelques missionnaires d’apporter le gurmûkki du Panjâb. En outre des deux dialectes que nous avons signalés précédemment, nous trouvons ceux des haut, moyen et bas Sindh, et deux autres, le Jugdâli et le mendh, parlés à Mukran et sur la côte maritime du Belùchistan.
La grande langue hindi demanderait un volume pour elle seule. Nous écarteronsnous beaucoup de la vérité en nous risquant à affirmer qu’elle est parlée par quatre-vingts millions d’hommes, dans cinquante -huit dialectes? Elle touche à toutes ses grandes sœurs le panjâbi, le sindhi, le gujarâti, le marâthi, l’uriya et le bengali. Elle s'étend du nord au sud depuis la chaîne moyenne de l’Himalaya jusqu’à la rivière de Nerbudda et bien au delà, à l’est et à l’ouest depuis les montagnes du Nepâl jusqu’aux déserts du Sindh. Beaucoup de savants classeraient,
et non sans raison, le panjâbi et le nepâli comem dialectes de l’hindi : pour le moment ils sont mis à part. Son grand dialecte me'tis, qui naquit à Dehli ddans l’Urdu , ou Camp militairedesMongols, dansla période musulmane, est connu sous le nom d’hindoustâni ; il a presque atteint au rang d’une langue distincte, avec son inépuisable vocabulaire arabe et persan, son aptitudeàs assimiler les nouveaux mots et les nouvelles idées, ses consonnances harmonieuses et ses idiomes élégants. Cette langue emploie deux écritures distinctes, mais appropriées, le nâgari et l’arabe modifié ; il faut encore y joindre un troisième rival, l’alphabet romain modifié. L’hindi possède toutes les qualités qui font une puissante langue indigène ; peut-être sera-t-il une des douze langues qui, à un moment donné, se partageront le monde. 11 serait trop long de décrire tous les dialectes de l’hindi. Nous ne devons pas oublier que les Aryens étaient des immigrants venant du nordouest, et, à mesure qu’ils avançaient de l’Himalaya vers leVyndya, ils absorbaient
de nombreuses races non-aryennes qui avaient possédé le sol avant eux. Dans l’espace si étendu qu’occupent les races parlant l'hindi, nous remarquons des subdivisions bien visibles : i°les chaînons extérieurs de THimalaya; 2° le Doab supérieur; 3® le Doab inférieur ; 4° le territoire qui s’étend à l’est du Gange; 5° Buhar; 6° Bundlecund et Bhagelcund; 7° Marwar, Mewar et Malwan ; 8® la vallée de la rivière Nerbudda ; 9® le territoire au sud de la Nerbudda. Quelques uns des dialectes de l’Hindi servent de transition entre deux idiomes néoaryens; d’autres sont, pour ainsi dire, infectés par les vocabulaires kolarien et dravidien. Quelques uns sont purs de toute importation mahométane, d’autres en sont infectés sans remède possible; mais généralement ils conservent tous la solide charpente de la structure hindi.
Le Nepâli est classé comme langue, mais nous ne savons presque rien de ses traits linguistiques, et il est probable qu’il tombera au rang de simple dialecte de l’Hindi. On lui donne aussi le nom de
khas ou de purbutya; c’est la langue de la cour et de la tribu dominante des Gourkhas dans la vallée de Népal. Gomme nous le verrons plus loin, le langage de la grande masse des sujets du Maharaja de Népal, appartient à une famille entièrement différente, et la majorité de ceux qui parlent cette langue aryenne, sont évidemment étrangers à la race aryenne, ou tout au moins appartiennent à une race mixte, bien qu’ils professent la religion hindoue sous une forme corrompue. Cette langue n’a absolument aucune littérature, et le peuple est barbare. On emploie pour écrire une forme du caractère indien. Cette langue possède des dialectes, mais leurs délimitations sont tout à fait incertaines.
Le bengali est une langue que parlent trente-six millions d’hommes dans le delta du Gange; ils sont à peu près également répartis en Mahométans et Hindous, et, si l’on connaissait la vérité, on reconnaîtrait probablement que la moitié de la population est étrangère à la race aryenne et, même encore maintenant, n’a qu’un ver-
nis d’hindouisme sur ses superstitions et ses pratiques idolâtres. Arrêté au nord par l'Hindi, au sud par l'Océan, à l’ouest par l'IJriya, cet idiome a encore pourtant un vaste champ d’expansion parmi les races sauvages des hauteurs, qui parlent la langue de la famille tibéto-birmane, et les montagnards dravidiens et kolariens de l’ouest. Son écriture est une variante du caractère indien. Il est impossible qu’il n y existe pas des variantes très distinctes de dialectes, vu les influences linguistiques qui le travaillent et la constante immigration d’étrangers sur ses deux flancs orientaux et occidentaux, mais il n’y a pas de noms bien connus à l'exception du dialecte mahométan, qui s’applique plutôt à des individus qu’à des régions, et le dialecte littéraire qui s’applique plutôt aux expressions écrites qu’aux mots parlés.
La langue d’Assam a été considérée par quelques auteurs comme un dialecte du bengali, mais ses droits à l’indépendance comme langue ont été vigoureusement soutenus par ceux qui la connaissent le
mieux. Elle est parente du bengali, mais tout-à-fait distincte, et a maintenant son individualité malgré la domination des Shans, qui parlent un idiome de la famille thaï, malgré les innombrables races tibéto-birmanes qui entourent et souvent envahissent la vallée , malgré les envahisseurs mahométans. Elle n'a point de littérature, bien qu’elle possède une variante du caractère indien. Elle a emprunté des mots au sanscrit, mais en en modifiant le sens et la prononciation, et, comme la province d'Assam est maintenant tout-à-fait séparée du Bengale, elle gardera sans doute et étendra son indépendance.
Contiguë au bengali se trouve la langue uriya, parlée par huit millions d’âmes dans les provinces du Bengale et de Madras et dans les provinces centrales. La population est principalement hindoue et emploie un caractère particulier, qui, bien que primitivement simple variante de l’écriture du nord de l’Inde, a subi la modification, qui caractérise les écritures de l’Inde méridionale et de rinde Transgangétique et qui
provient de ce que l’usage de la feuille de palmier et du style de fer, a forcé l’écrivain à substituer le trait arrondi au trait droit. La langue uriya est enserrée par les langues dravidiennes et kolariennes ; elle touche au telugu et au gond et entoure le khond qui appartient à la première famille, elle est aussi contiguë au Kole est au Juang de la seconde famille. La forme le mieux connue, le type de cette langue, est celle du littoral entre les montagnes et la mer; mais elle s'étend au loin dans Pintérieur, sur le territoire de chefs à demi-indépendants, établis loin de toute grande route, dans des localités très malsaines et par conséquent très mal connues.
En parlant du marâthi, nous devons soigneusement distinguer entre les limites de sa domination politique et celles de la population qui le parle. Pendant le soulèvement des peuples, qui suivit la décadence de Pempire mogol, les Marathes envahirent de vastes étendues de terrain occupées par des populations qui parlaient l’hindi et le gond. Gondwâna, primitive-
ment occupé par les Gonds, fut envahi par les immigrants du nord et par ce fait une enclave importante de l’Hindi, le dialecte chutisgarhi, sépare la patrie de l’Uriya de celledu Marâthi. Cette langue se parle dans lecentreet le sud delà province deBombay, dans une partie des possessions du Nizam et dans la partie orientale des provinces centrales. Elle est bornée à l’ouest par l’Océan, au nord elle touche au Gujarâti, à l’est et au sud au Télugu et au Malayâlam de la famille dravidienne. Sa population est estimée à dix millions, Hindous et Mahométans. On cite plusieurs dialectes bien déterminés ; le kandési, le daschini sur le plateau, le goadesi et le konkani sur le littoral entre les montagnes et la mer. Elle possède un excellent dictionnaire, mais n’a pas de grammaire suffisante. Elle emploie le caractère nâgari.
La dernière des langues néo-aryennes de rinde septentrionale et complétant le cercle autour de l’Hindi comme centre, est le gujarâti, qui à l’ouest touche au sindhi, au sud et à l’est au marathi ; c’est la
seule langue de la grande famille qui soit entièrement pure de tout contact avec les langues étrangères. Dans son propre champ linguistique, elle est parlée par six millions d’âmes; mais , comme langue commerciale, elle est couramment employée à Bombay, surtout par la population parsie qui a perdu l’usage de la langue indigène de ses ancêtres. Son écriture est une variante insaisissable du nâgari ; on supprime le trait supérieur. L’aire de cette langue est limitée et, bien qu’on signale des dialectes, il n’y en a point de bien tranchés. Vers le nord, le marwâri, dialecte de l’hindi, sert, pour ainsi dire, de transition entre les deux langues sœurs. Il n’existe pas de bon dictionnaire, ni de bonne grammaire de cette langue. Elle s’étend dans la province de Bombay et sur le territoire de quelques chefs indépendants.
Reste une langue plus aryenne, et nous la trouvons là où nous pouvions le moins nous y attendre, dans le singalais, l’idiome indigène de la partie méridionale de
nie de Ceylan. Longtemps prise pour un idiome dravidien, cette langue a été analysée par des savants et reconnue aryenne. D’après l’histoire de Ceylan, ce fait n’est pas improbable. Il découle des anciennes légendes de l’île que Ceylan fut colonisée par un certain Vijaya, fils de Sinhala de Buhar, dans le sixième siècle avant l’ère chrétienne. Deux siècles plus tard, le bouddhisme y fut introduit par Ananda qui venait du même pays. La langue parlée par Vijaya et ses compagnons était une langue pracrite. Les envahisseurs absorbèrent les indigènes sauvages. On trouve des inscriptions en singalais qui datent d’au moins deux mille ans. Ce fait donne à cette langue une place beaucoup plus ancienne que toutes les autres langues aryennes de l’Inde septentrionale, dont aucune n’a une antiquité constatée de plus d’un millier d’années. La limite entre le Singalais et le Tamoul est une ligne tirée de Ghilaw sur la côte est à Batticaloe sur la côte ouest. Sa population est d’environ un million sept cent cinquante mille habitants, qui sont
bouddhistes. Le dialecte de la haute poésie est l’Elu, forme archaïque de cette langue. Un autre dialecte est celui des Veddahs, aborigènes idolâtres ; un troisième dialecte est parlé par les habitants des îles Maldives, qui sont mahométans.
Nous avons décrit maintenant les seize langues vivantes aryennes de Tlnde. La partie la plus considérable, et de beaucoup, de l’étendue et de la population de rinde est comprise dans cette catégorie. De plus, l’hindoustani, dialecte de l’hindi, possède une extension encore bien plus considérable que la lingua franca de l'Inde méridionale, et les langues mortes du sanscrit et du pâli ont laissé une empreinte indélébile sur les langues civilisées de toutes les autres familles, à l’exception des familles kolarienne et khasi. Nous passons maintenant dans de nouveaux mondes linguistiques, pleins de noms et de phénomènes nouveaux. Jusqu’à présent nous avons eu à traiter des langues du type inflectif si connu, type dont les familles aryennes et sémitiques sont les
exemples ordinaires. Mais au point de vue morphologique, les langues se divisent en trois types : i° monosyllabique; 2° agglutinatif; 3® inflectif. En passant en revue les langues de l'Inde, nous aurons maintenant à étudier celles qui appartiennent aux deux types les plus anciens et les plus simples. Le chinois est le représentant bien connu du type monosyllabique, dans lequel chaque monosyllabe est une racine indépendante, inaltérable et incapable de se lier à aucune autre Dans un pareil système on obvie à la disette des vocables par l’usage des tonalités et la grammaire de la langue consiste seulement dans la syntaxe. Le type agglutinatif dont le turki est le grand représentant, se compose d'une racine inaltérable à laquelle sont attachés, par un procédé mécanique, des suffixes et des affixes. Dans le type inflectil l’union des racines avec les particules se produit par un procédé chimique; les tonalités ne sont plus nécessaires avec le pouvoir de construire des composés pour exprimer chaque idée nouvelle. Il faut ajouter à cette ex-
position rapide qu’aucune langue ne se rattache à son type sans quelque modification. Dans le chinois même, l’usage de certains mots vides de sens, qui n’ont aucune signification quand ils sont seuls, paraît être une sorte de transition au type agglutinatif ; de même, dans les langues les plus développées du second type, on reconnaît un état de transition vers le type inflectif: dans les langues inflectives, on emploie constamment les méthodes monosyllabique et agglutinative.
Dans rinde, la seconde famille de langues est la famille dravidienne; elle appartient au type agglutinatif. Elle^ comprend quatorze idiomes vivants, dont quatre sont très savants. Les races dravidiennes pénétrèrent dans l’Inde du côté de l’ouest, probablement par la passe de Bolân, car elles ont laissé des traces de leurs langages dans le Brahûi, dont nous avons parlé tout à l’heure, et il existe des affinités entre cette famille et la forme de langage qui s’est conservée jusqu’à nos jours sur la seconde tablette, la Proto-
Médique du Béhistan. Encore maintenant cette famille s’étend du Gange à Rajmuhâ, au centre de Ceylan. A un moment donné, elle a occupé un territoire bien plus étendu, car, pendant des siècles, les immigrants aryens ont envahi et occupé le patrimoine des Dravidiens septentrionaux ; tandis-que, d’un autre côté, la civilisation et la religion des Aryens ont accru la force et la consistance des membres méridionaux et civilisés de cette famille. En premier ordre se présente le Tamoul, sur la côte est de la péninsule, au-dessous de Pulicat dans la province de Madras et dans la moitié septentrionale de l’île de Ceylan. Une population de quatorze millions et demi, hindoue pour la plus grande partie, parle cette langue, qui possède deux types bien tranchés, le type littéraire et le vulgaire, en plus des dialectes qui sont parlés par les montagnards sauvages. Le télugu est parlé par une population de quinze millions et demi, principalement hindoue, le long de la côte au-dessus de Pulicat dans la province de Madras, et
dans l’intérieur, dans les possessions du Nizam, et, de l’autre côté du fleuve Godaveri, dans les provinces centrales. Les limites du territoire de cette langue sont mal déterminées du côté du Nizam. Elle s’étend sous une forme abâtardie parmi les farouches sauvages de Bustar, dans les provinces centrales, mais on ne cite aucun autre dialecte; bien que sur les côtes, oü elle touche à l’uriya, au khond, et au marathi, il doit sans doute exister d’autres dialectes ayant un caractère de transition. Chacune de ces langues a son écriture particulière, variante arrondie de l'alphabet indien.
Il y a encore deux autres langues civilisées dans la famille dravidienne, le canarais et le malayâlam.
La première se parle dans le centre de la péninsule, la seconde sur la côte occidentale. La premièfe est employée par une population de trois millions et demi, hindoue pour la plus part, dans la province de Madras et sur le territoire du Raja, du Mysore; elle a une écriture spéciale qui
ressemble presque au telugu. On trouve encore des dialectes archaïques chez les montagnards sauvages.
La seconde est parlée par une population de neuf millions et quart, principalement hindoue, dans la province de Madras et sur le territoire du Raja de Travancore et de Cochin. Elle possède un dialecte remarquable, le mappila de Cannanore, qui s’étend aussi aux îles Laquidives, ancien patrimoine du chef de cette ville. Parmi les tribus forestières, on trouve des dialectes encore plus primitifs.
La cinquième langue dravidienne est le tulu sur la côte occidentale, contiguë au malayâlam, et trois idiomes parlés par de petits clans de montagnards dans les montagnes de Nilgirie, sur lesquels on a écrit plus que de raison eu égard à l’intérêt qu’ils offrent ; ce sont les Coorg, les Toda et les Kota. Les deux premières, tulu et et coorg, sont hindoues, avec une certaine dose de civilisation ; les deux dernières sont des races farouches et sauvages, Toutes quatre sont peu nombreuses. Si, par hasard,
elles avaient perdu leur langage et adopté celui de leurs conquérants, on n'aurait jamais parlé d’elles.
Dans rinde centrale, on parle quatre langues plus dravidiennes : le gond ;
2® le khond ; 3® l’oraon ; 4® le rajmuhâli. Les Gonds sont au nombre de plus d’un million; ce sont les restes d’une population beaucoup plus considérable qui occupait la province de Gondwâna, qui a été envahie de tous les côtés par les immigrants, Hindis, Marathis, Uriyas et Telugus. Ils sont maintenant divisés en deux enclaves. Les Gonds septentrionaux sur le fleuve Nerbudda furent autrefois les maîtres ; ils étaient indépendants et jouissaient d’une civilisation grossière; mais ils n’avaient pas d’écriture. Les Gonds méridionaux, qui descendent jusqu’au fleuve Godaveri, sont des sauvages farouches et isolés, quelques-uns sont hindouisés, la majorité est païenne, tous habitent les provinces centrales.
Les Khonds habitent le plateau des collines basses oü se rencontrent les provin-
ces de Madras et du Bengale ; la contrée en litige est possédée par de petits chefs uriyas, régnant sur des sujets idolâtres qui, jusqu’à ces derniers temps, s’adonnaient aux sacrifices humains et tuaient les enfants du sexe féminin. Leur civilisation est très inférieure. Au nord de ces peuples se trouvent les Oraons, ou les Dangans, les journaliers du Bengale.
Ils habitent les districts du Ghutia Nagpore et sont païens. Plus loin au nord, dans les collines qui surplombent le Gange, à Pajmahâ, se trouvent les Rajmahâlis, ou Puhâris, ou Malers, qui, quoique apprivoisés un peu par les efforts des Anglais, ont encore conservé leurs mœurs sauvages et leur langage dravidien primitif, bien qu’ils soient entamés par les races aryennes et kolariennes plus audacieuses et plus industrieuses.
Telles sont les douze variétés dravidiennes selon la description, du docteur Caldwell dont on accepte l’autorité sur ce sujet, quoiqu’il existe encore des vocabulaires tels que ceux de Kaïkadi, de Yeru-
kâla, qui n’ont pas encore été placés au rang qu’ils méritent. La population totale s’élève à quarante-six millions, chiffre qui passerait pour considérable, partout ailleurs que dans l’Inde. Ensuite vient la famille kolarienne qui réunit les vocabulaires du reste des sauvages tribus de rinde centrale, que les auteurs dravidiens ne pouvaient pas admettre dans leur famille, vu la grande différence du vocabulaire et de la structure du langage, bien qu’ils soient du type agglutinatif. Le gouverneur de Bengale a chargé le savant norwégien Skrefsrud de préparer une grammaire comparée de cette famille peu étendue dont la population totale ne dépasse pas deux millions, et dont quelques idiomes pourront à peine subsister plus longtemps. Nous avons provisoirement noté dix noms ; i° le sontal *, 2° le groupe du Mundâri, ou Bhomij, ou Ho ou Lurka Kole, qui parlent une langue mutuellement intelligible; 3° le kharia; 4® le juang; 5° le korwa ; le kur ; 7° le savâra ; 8° le mehto; 90 le gadaba; 100 le mal-puhâria.
Le sontâl est une langue belle et bien développée, quoiqu’elle n’ait pas de littérature ni de caractère d’écriture ; elle est aussi régulière et aussi richement pourvue de mots de forme agglutinée que le turki. Elle est parlée par un peuple industrieux et prospère, s’adonnant à l’agriculture dans la province de Bengale. Ce peuple est païen et arriéré comme civilisation ; mais ni sa race, ni sa langue ne courent le risque de s’éteindre. Est doué d’une égale vitalité le langage des Mundâri, qui sont des peuplades industrieuses et prospères du Chutia Nagpore, de la province de Bengale, et qui sont au nombre de huit à neuf cent mille individus. Nous avons des grammaires sontâl et mundari satisfaisantes, dues à la plume deSkrefsrud et deWhitley; toutes deux sont en caractères romains et chez les deux peuples des missions chrétiennes, énergiques et florissantes, sont établies.
La situation des quatre autres langues est bien différente. Les Kharia sont une petite tribu du district de Singhbhum dans la province de Bengal. Le général
Dalton donne leur vocabulaire dans son ethnologie, mais il n’indique pas le chiffre delà population. LesJuangs sont encore plus sauvages ; ils habitent les forêts d’Orissa et n’ont d’autres vêtements que des feuilles d’arbres; on dit qu’ils sont environ trois mille. Les Korwahs se trouvent dans les forêts de Chùtia Nagpore; leur nombre n’est pas connu, mais on a un vocabulaire de leur langue. Les Kur ou Kurker se rencontrent dans des enclaves isolées des provinces centrales ; leur nombre n’est pas établi. Les Savaras habitent la province de Bengale; mais ils ont perdu leur ancien langage. Dans une partie reculée du Ganjam, district de la province de Madras , on en trouve qui parlent encore le langage qui leur est propre, et leur aire est indiquée dans la carte linguistique du recensement. On a mis en avant d’autres vocabulaires , mais on n'a pas déterminé la résidence de ceux qui les parlent. D’autres tribus, évidemment kolariennes de race, ont perdu leur langage primitif, ou n’en ont gardé que quelques
mots greffés sur un dialecte d'une langue néo-aryenne; telles sont les Bhils et d’autres encore.
Nous pouvons quitter cette famille de langues avec la conviction que, dans la lutte pour la vie linguistique, ces fragments vénérables d’anciens langages pourront à peine survivre quelque temps sous la puissante lumière qui, maintenant, se répand sur eux. Mais leur existence a un intérêt capital en ce que, sans aucun doute, ils sont antérieurs à la fois aux familles aryennes et dravidiennes, et que les immigrants kolariens sont venus de l’est dans l’Inde Centrale par les passes de l’Himalaya, en descendant la vallée du fleuve Brahmaputra. Le courant des immigrants aryens a suivi le fleuve Gange et, absorbant beaucoup d’entre eux dans les basses castes de l’hindouisme, repoussa le reste dans les collines, où ils ont conservé une existence misérable jusqu’à l’heure actuelle.
Un champ plus vaste et plus important s’ouvre devant nous, celui de la famille
tibéto-birmane. Là, nous avons quatrevingt-sept langues différentes, que nous diviserons, pour la clarté de la description, en huit groupes géographiques, qui s’étendent le long de la frontière nord-est de l’Inde depuis les monts Pamir, derrière Kachmir, jusqu’aux confins de la Chine et de Siam. La grande majorité de ces langues sont barbares, mais pourtant leur existence ne peut être passée sous silence. Le botaniste étudie les fleurs sauvages, et leurs particularités sont plus précieuses pour la vraie science que les beautés régulières des spécimens cultivés; il en est de même pour les langues. Parmi un grand nombre de langues, dont quelques-unes possèdent des dialectes nombreux, ou qui ne sont elles-mêmes qu’un type choisi d’un groupe de plusieurs idiomes de même famille, deux seulement méritent le rang de langues littéraires , le tibétain et le birman, et un petit nombre d’autres possèdent une écriture; les autres sont simplement des instruments de communication orale entre des individus du plus bas
degré de civilisation, agriculteurs et pasteurs, ou, en dehors de la frontière, dans un état de sauvagerie nomade. Nous les connaissons très peu encore. Presque tout ce que nous savons, nous le devons aux travaux d’un ou deux pionniers de la science, tels que Brian Hodgson et William Robinson, qui ont fait des recherches locales ; Dalton et Max Müller, qui ont arrangé et collationné les matériaux réunis.
Nous allons maintenant indiquer les groupes dans leur ordre régulier ;
■ I® Le groupe népalais, comprenant treize langues : le sunwar, le gurung, le murmi, le magar, le kusunda, le chépang, le pahri, le newar, le bhramu, le kiranti, le vayu, le limbu et le thaksya.
Nous avons déjà dit que le langage de la cour et des tribus dominantes de Népal appartient à la famille aryenne, mais dans les vallées et dans les chaînons moyens et supérieurs des Himalâyas, qui constituent le royaume de Népal, habitent des tribus non- aryennes qui parlent ces diverses langues. Grâce à la séclusion rigoureuse
que maintient le gouvernement Goorka, et à l’ignorance grossière du peuple, on n'a pu se faire aucune idée de la population, mais on connaît sa distribution locale. Le kiranti ne comprend pas moins de dix-sept dialectes. Où il n’y a ni littérature, ni type, chaque vallée prend un patois distinct. Ce peuple est bouddhiste et à demi hindouisé.
Le second groupe se compose d’une seule langue, le lepcha, qui se parle dans le royaume de Sikhim ; il a quelque avenir, car il possède une écriture, et des missionnaires tendent à développer sa littérature. En 1877, le colonel Mainwaing a publié une grammaire de cette langue, qu’on appelle le Rong. La population montagnarde bouddhiste est placée très bas sur l’échelle de la civilisation.
Le troisième groupe, celui d’Assam, est remarquable, peut-être le plus remarquable qui soit au monde ; il se compose de seize langues. La rivière de Brahmaputra coule dans toute la longueur de la vallée d'Assam. Au nord se trouve la chaîne
principale de THimalaya, qui sépare la vallée du Tibet par une barrière infranchissable; au sud une chaîne de collines moins hautes la sépare du Kachâr et de Sylhet. Ainsi que nous l’avons déjà dit, la vallée elle-même est occupée par des Aryens immigrés du Bengale, entremêlés avec les tribus non-aryennes, semi-hindouisées, qui sont descenduesdes collines et ont accepté la civilisation, mais autour de la vallée, à diverses hauteurs, habitent une quantité de tribus sauvages, qui ne montrent aucune velléité de se civiliser et de devenir de bons voisins.
En plus de la langue assamaise déjà décrite, il existe seize langues distinctes non-aryennes, parlées parfois dans l’amphithéâtre de collines qui entourent la vallée. Le dhima , le kachâri , le deoriachutia et le pani-koch sont parlés par des agriculteurs établis dans la vallée ; mais les populations qui suivent tiennent aux liens de l’aire civilisée et reçoi\rent parfois des concessions du gouvernement anglais comme compensation du droit
qu’ils possédaient, de lever le black-mail au moment des moissons. En partant des frontières du Lepcha, nous trouvons les Aka, les Dophla, les Miri, les Abor, les Mismi, ayant plusieurs dialectes : le Singpho, le Jili, le Naga, le Mikir et le Garo. La plupart sont païens et ceux qui sont en contact avec la population des Indes anglaises ne sont que des fractions d’une communauté plus considérable qui se trouve derrière eux. Nous possédons de pauvres vocabulaires et des notices grammaticales de presque tous ces langages et une grammaire du garo. Il faut remarquer que ce que l'on appelle le Nâga est plutôt un nom de tribu qu’une appellation linguistique, et sous cette expression se trouvent trois langues et onze variantes de dialectes. Aucune des langues de ce groupe n’a de caractères d’écriture. Les travaux de Brian Hodgson et du général Dalton ont beaucoup fait, mais il reste à faire davantage encore. Le problème linguitisque présente un intérêt énorme ; le problème ethnique en offre peut-
être un plus grand encore. Une grammaire dechaque langue et une grammaire comparée du groupe total, tel est le but auquel il faut viser. Tôt oü tard se fera à travers le pays Mishmi une route allant du Tibet en Chine; une route sera ouverte au commerce pacifique à travers le Singpho ou Kakhyen, traversant la chaîne du Patkoi jusqu'aux sources du fleuve Irawaddy.
Les mêmes Kakhyens occupent les montagnes entre Bhamu et Momien en Chine.
Les Garos et les Mikir deviendront de paisibles agriculteurs; les farouches Nagas peuvent être soumis ou expulsés par une double pression du côté d’Assam et de Kachâr.
Le quatrième groupe, celui de Manipûr- Chittagong, comprend vingt-quatre langues et est dans le même état que le groupe précédent. Il semble n’être qu’une liste de noms durs à prononcer et ne comporte aucune impression géographique. Ces noms sont pourtant réels ; presque inconnus il y a vingt-cinq ans, vaguement compris maintenant, ils paraîtront clairs sans doute
dans le dernier quart du siècle. Voici ces noms, à l’exclusion de tout dialecte : Manipüri, Lugang, Maring, Maram, Kapui, Tangkhul, Luhupa, Tipura, Kuki , Shendu, Banjôgi, Sak , Kyan , etc. Le Manipùri et le Tipura représentent les langages de principautés bien connues, le Kuki a été mis en évidence par une expédition militaire de quelque importance dirigée, il y a peu d’années, contre les Lushâi, fraction de cette grande communauté, qui a reçu de ses voisins le nom de Kuki qu’elle ne se donne pas elle-même. Deux fonctionnaires de l’Etat, deux seulement, prétendent connaître la langue manupûri qui possède une écriture de type indien et un dictionnaire ; mais pour les autres langues, nous ne possédons que des vocabulaires et une distribution géographique passablement exacte, grâce aux travaux du colonel MC'Culloch, du lieutenant Stewart et du colonel Lewin. Ces tribus occupent les montagnes qui s’étendent de l’Assam à Chittagong, et forment en réalité la limite de rinde proprement dite, de l'hin-
douisme et de la race aryenne. Beaucoup plus loin derrière, nous trouvons dans rinde Transgangétique ou Indo-Chine, la religion bouddhique, et une race nonaryenne, qui forme à la fois les classes dirigeantes et les classes gouvernées. Ces montagnes semblent avoir toujours été une barrière infranchissable, et aucun Anglais n’a peut-être jamais mis le pied sur la route de Dacca à Rangoon. En quittant ces deux groupes remarquables d’Assam et de Manipûr-Chittagong, nous pouvons répéter sans hésitation que là s’exercera l'œuvre des philologues pendant le dernier quart de notre siècle.
Avec le cinquième groupe , celui de Burma, nous nous trouvons hors de la province de Bengale, et dans celle de la Birmanie anglaise et de la Birmanie indépendante, peuplée par une nation hère, belliqueuse et civilisée. Le birman est le principal idiome de ce groupe qui renferme neuf langues, toutes très proches parentes. Le birman est une langue très savante; son écriture dérive du caractère
indien et sa littérature est complètement imprégnée du pâli, la langue religieuse des bouddhistes, dont elle dérive en grande partie. Elle est connue également sous le nom de mugh ou rakheng, et possède comme dialectes l’arracanais, le tavoyi et le yo. Les noms suivants sont ceux des langues moins importantes de ce groupe : le khyen, le koumi, le kami, le mrou, le karén, le koui, le kho, le mou-tse. Parmi ceux-ci, le karen a acquis une réputation étendue grâce aux travaux des missionnaires américains. Les Karéns sont répandus en tribus nombreuses sur les hauteurs et dans les plaines, et divisés en clans distincts qui parlent les dialectes bien tranchés du Sgau, du Bghaï, du Pwo, du Toungthou ou Karenni et autres. Ils n’ont point de caractères d’écriture, sont païens et très arriérés comme civilisation. Les six autres langues sont incultes ; elles sont parlées par les montagnards de la chaîne des monts Yoma ou des hauteurs derrière la rivière Salwen.
Le sixième groupe est formé de huitlan-
gués parlées par les peuplades qui habitent dans les montagnes trans-himalayennes et dans les vallées situées derrière le grand versant; ce sont les langues gyarung,tchochu, manyak, takpa,harpa,kunâwari, bhotia de Lo et tibétaine. Les sept premières ne sont que des expressions linguistiques et géographiques, dont on ne connaît guère que l’existence et la situation ; mais le kunâwari et le tibétain méritent une attention plus particulière. Le district de Kunawour est une partie du territoire du Raja de Bussahir, tributaire et dépendant de la province de Panjâb, quoiqu'il en soit séparé parla chaîne de Himalaya et le fleuve de Sutlej. La population, de race nonaryenne, est bouddhique, montagnarde et arriérée comme civilisation.
Cette langue a trois dialectes, le melchan parlé à Rampour, le tibarskad à Kunawur et le banan dans la petite subdivision de Lahul, dans le district de Kangra de la province de Panjâb. Selon, Jâschke, le missionnaire morave de Lahul, ces deux derniers dialectes seraient un peu plus que de
simples dialectes et représenteraient véritablement un langage archaïque, à la fois pré-aryen et pré-tibéto-birman ; ou, en d’autres termes, seraient la langue d’une race qui aurait existé avant l’immigration des premiers par le nord-ouest et des seconds par le nord-est. Si cela est exact, leur vocabulaire doit être du plus grand ^intérêt, et, comme la langue proto-babylonienne découverte dans la Mésopotamie, nous permettra de jeter un regard dans les mystères d’un monde plus ancien. Pour le moment, nous les classons comme dialectes du kunâwari.
Nous arrivons maintenant à la grande langue connue dans l’Inde sous le nom de bhotia et en Perse sous celui de tibétain. Dans l’Inde anglaise, on ne la parle que dans un seul petit district, c’est-à-dire à Lahul ou Spiti dans le Panjâb, et dans des parties des territoires de chefs indigènes sous le protectorat de l’Inde britannique, c’est-à-dire le Maharaja de Kashmir, le Raja de Bhotan et de Towang. C’est la langue de celte vaste contrée inconnue, appelée