‹ Les religions et les langues de l'IndeChapitre 4 sur 4 · IÔ · texte numérisé non relu

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Tibet, qui s’étend derrière THimalaya et dont la capitale est Lassa; elle professe la religion bouddhique et fait partie intégrante de l’empire chinois. C’est une langue très savante, qui a une écriture empruntée au grand caractère indien, et une littérature qui, depuis plusieurs siècles, est répandue par une imprimerie indigène sur blocs de bois gravés. Les Tibétains ont emprunté à rinde leur religion et leur terminologie religieuse ; le sanscrit a laissé une empreinte profonde dans leur littérature.

Cette langue n’a pas été étudiée en Europe I comme elle eût dû l’être ; il n’y a peut- I être pas actuellement cinq Anglais qui la I connaissent. Des Hongrois, des Allemands,

I des Français cwit compilé des grammaires I et on imprime en ce moment un diction ï naire qui a été préparé par Jàschke après I plusieurs années de résidence à Lahùl. Le I pays oü se parle le tibétain a une étendue I immense. Avec le peu que nous savons I sur le tibétain, nous pouvons estimer que I l’espace prodigieux compris entre ses fron- I tières s’étend depuis les confins du Dardis-

lo

tan sur le fleuve indus, jusqu'au voisinage des tribus sauvages de la frontière d'Assam sur le fleuve Brahmaputra. Il y a plusieurs dialectes. Sur le territoire du Raja de Kashmir nous rencontrons le balti, parlé par la population mahométane d’Iskardo ou Baltistan, qui est de race non-aryenne, et le dah, parlé par les Dards bouddhistes qui sont Aryens. Plus loin, vers le fleuve Indus, nous trouvons le ladâkhi, zanskâri, et le champas, parlé par les Polyandristes bouddhistes non-aryens ; sur le cours supérieur du fleuve Ravi, nous trouvons un dialecte du tibétain parlé à Spiti. Plus loin encore, les régions inconnues du Népal séparent le Tibet de l'Inde anglaise; elles sont peuplées par une race nonaryenne qui parle une quantité de dialectes tibéto-birmans indépendants. Dans le royaume indépendant de Bhotan, nous trouvons un autre dialecte de tibétain, le Lhopa ou bhotâni,et le tw'ang ou towang. 11 y en a sans doute beaucoup d’autres qui seront connus, avec le temps, quand le cours du fleuve Sampa aura été suivi de-

puis le haut de la vallée d’Assam jusqu'à Lassa ou elle devient le fleuve Brahmaputra.

Reste le septième groupe, celui de la Chine, dans lequel, vu Pinsuffisance de notre science, six langues seulement sont comprises : le lolu, le mantse, le lisaw, le katô, le konhi et le tkia. Ce sont à peine des expressions géographiques et linguistiques, et comme notre science s’étend, ce groupe est capable d’une expansion infinie. Comme il se trouve en dehors des frontières et de la civilisation des Indes Orientales, on aurait pu le négliger, n’eût été la convenance de former un groupe pour recevoir tout ce qui reste en dehors de la grande famille tibéto-birmane. Les linguistes futurs rempliront cette lacune.

— Beaucoup d’auteurs persistent encore à représenter les deux grandes langues types, de cette famille comme monosyllabiques.

Nous penchons à les classer dans la seconde classe ou agglutinative, mais dans la phase primitive de cette méthode. Quand on les connaîtra aussi bien que les famil-

les aryennes et sémitiques, nous pourrons en parler avec certitude, mais cela est impossible jusqu’à présent. Nous pouvons nous risquer à émettre l’opinion que le berceau de cette grande famille était situé dans le plateau central de l’Asie, près des sources des grands fleuves, l’Irawaddy, le Salwen et le Mékong, et que la descente de cette famille dans la plaine fut postérieure à celle des Mons, dont nous parlerons plus loin. Nous pouvons aussi risquer cette hypothèse que la race kolarienne de l’Asie centrale a été, à une époque quelconque, alliée à cette famille, et il est à remarquer que la descente de la puissante race aryenne le long du bassin du fleuve Gange les a séparées à jamais, il y a plus de deux mille ans.

Le huitième groupe, appelé groupe insulaire, renferme dix langues parlées dans les Andamans, les Nicobareset dans l’archipel Mergui.

La cinquième famille ne nous occupera pas longtemps. Elle ne se compose que d’une seule langue, le khasi, qui possède

quatre dialectes. Cette famille isolée, qui a pour voisins au nord et au sud les Aryens, à Test et à l'ouest les Tibéto- Birmans, occupe une aire très peu considérable, et a cependant conservé son individualité. Le missionnaire Pryse en a publié, en i855, une grammaire et un vocabulaire. C’est la langue d’une seule tribu, forte d’environ deux cent mille âmes, qui vit sur la chaîne des collines qui s’étendent au sud de la vallée d’Assam, avec la tribu de Garo à l’ouest et celle de Nagas à l’est. Elle n’a point de littérature, point d’écriture et il y existe une variété de vocabulaire et de prononciation : le dialecte de Cherapunji est considéré comme son type. On a adopté le caractère romain dans la grammaire ci-dessus indiquée et dans le dictionnaire anglo-khasi publié en 1875 par le missionnaire Roberts.

La sixième famille, connue sous le nom de Taï, ou plus communément Shân, est remarquable pour plusieurs raisons. Elle s’étend géographiquement sur quinze degrés de latitude, en une bande étroite

depuis Textrémité supérieure de la vallée d’Assam, dans l’Inde anglaise, traverse la vallée de PIrawadie supérieur, dans le royaume indépendant de Birmanie, longe le fleuve Mékong, dans l’empire chinois et le royaume de Siam, et suit le fleuve Ménam jusqu’à Bangkock sur le golfe de Siam.

Elle comprend sept langues : le siamois, le lao, le shan de Birmanie, le taï-mow de Chine, le khamti d’Assam, le minkia et l’aiton. Un fait donnera l’idée de l’état élevé de civilisation des peuples qui parlent cette famille de langues; presque chaque langue a une écriture particulière, variante de l’écriture indienne. La race taï doit avoir quitté le plateau central à une date antérieure à la migration des Tibéto- Birmans et postérieure à celle des Mon- Anam, dont elle traverse le pays comme un stratum géologique distinct, séparant cette famille de ses éléments constituants. Le siamois est la langue d’un peuple fier, hautain et civilisé, qui a soumis d'autres races et a conservé sa propre indépendance. Tous les membres de cette famille sont

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bouddhistes, et avec cette religion pénétra dans leur langue un grand flux du vocabulaire aryen, mais pourtant le fond de la langue est monosyllabique. Dans la province soumise de Laos, en allant vers le nord, nous trouvons une autre langue dans un état grossier ; plus loin, nous passons la frontière du Siam et entrons dans la Birmanie indépendante, où nous trouvons la langue shan, dont nous possédons une grammaire due au missionnaire Cushing. Les Taï-Mows sont aussi appelés Chinois-Shans. Ils s'étendent des deux côtés de la frontière indéterminée de la Chine et de la Birmanie jusqu’au fleuve Mékong ; leur langue est peu connue.

Autrefois, quand la puissance des Taïs était très considérable, — avant la fondation du royaume de Birmanie, — ils envahirent la vallée d’Assam, en franchissant les chaînes du Patkoi et une branche de cette race, connue sous le nom de Ahom, fonda une dynastie et donna son nom à la vallée. Les immigrants aryens, du côté de l’Inde, eurent une terrible lutte à soutenir pour

se maintenir contre ces puissants émigrants de l’Est. Les Ahom durent céder, et la langue qu’ils avaient laissée après eux est morte ; mais une caste puissante de cette race tient encore une partie des hauteurs appelée Nora; elle se divise en deux branches, les Aï-kham ou Khamtees et les Aïtons.

La septième famille, ou Mon-Anam, comprend quatre langues qui nous sont assez connues et seize sur lesquelles nous ne savons rien de plus que la probabilité de leur existence. Les langues connues sont : le pegouan ou mon, le cambodgien, l’annamite et le paloung; les idiomes inconnus sont ceux de ces tribus sauvages qui vivent dans le bassin du fleuve Mékong ; le lieutenant Garnier, dans son voyage d'exploration, en a rapporté des vocabulaires peu importants. L’examen d’une carte linguistique fera voir comment les familles Taï et Tibéto-Birmane se sont répandues, comme des flots de lave, à travers le territoire de la langue mon-anam , et l’ont séparée en fragments qui n’ont plus

aucun rapport entre eux. Les Mons de Pegu furent autrefois puissants; mais les Birmans les renversèrent, et nation et langue étaient sur le point de disparaître, quand la cession du delta du fleuve Irawaddy au gouvernement anglais leur donna une nouvelle existence. Beaucoup de Peguans exilés s’établirent dans le royaume de Siam, à l’époque de l’oppression birmane, et ne sont jamais revenus dans leur patrie. Le nombre de ceux qui parlent cette langue peut être de cent quatre-vingt mille. Ils ont une écriture qui leur est particulière et une certaine dose de littérature dérivée du pâli, leur langue religieuse. Toute cette famille mon-anam est bouddhiste et sa langue est monosyllabique. Il est curieux de remarquer que, de même que l’intervention de l’Angleterre a sauvé la nation et la langue mon, de même l’intervention de la France a sauvé les Cambodgiens, qui occupaient le delta du fleuve Mékong et avaient une civilisation très ancienne, antérieure et parente à la civilisation des Siamois. Ils emploient un langage archaï-

que et une écriture différente du caractère moderne ; il leur reste des ruines de temples magnifiques, mais leur vie nationale a été amoindrie par les attaques incessantes de leurs puissants voisins de droite et de gauche, les Siamois et les Annamites, qui se seraient partagé le pays et se seraient battus pour en avoir la possession entière sans l’arrivée d’une puissance plus forte, la France, qui acheta la neutralité des Siamois par la cession d’une portion de territoire, en annexa une autre, et conserva sous son protectorat un royaume de Cambodge plus réduit. Cette langue est parlée par un million et demi d’habitants. Elle possède un certain nombre de dialectes.

Nous devons aux Français tous les renseignements que nous possédons sur elle et nous pouvons compter en recevoir beaucoup encore.

Nous atteignons ici l’extrême limite de la grande civilisation aryenne qui, par ses langues mortes et sacrées, le sanscrit et le pâli, a pénétré la littérature des langues indo-chinoises. Avec la langue annamite

nous nous trouvons dans un nouveau monde. On affirme, et nous acceptons provisoirement cette assertion, que la langue de l’Annam ou Cochinchine appartient à la famille mon-anam ; mais la civilisation, la forme bouddhique et l’écriture sont empruntées à la Chine. Ce pays s’étend le long de la mer de Chine ; il se compose de trois provinces, Tonquin, Annam et Saigon ; cette dernière est maintenant une colonie française. Depuis longtemps les Français avaient un pied-à-terre dans ce pays, et il nous ont fourni des grammaires et des dictionnaires.

La quatrième langue de cette famille est le paloung, qui est l’organe d’une race sauvage, isolée au milieu des Birmans et des Shans; nous n'en connaissons que des vocabulaires peu complets.

La huitième famille se compose de dix groupes ; ici nous entrons dans un monde absolument nouveau, bien que, jusqu’à un certain point, la civilisation de l'Inde se fasse sentir dans une partie de ce champ. Quelques auteurs la rangent dans la caté-

gorie générale de Polynésienne, mais il est plus convenable de limiter notre sujet à cette partie seulement qui peut être considérée comme malaise. Son champ se compose d’un archipel de grandes et de petites îles, qui s’étendent de la côte de Chine à celle d’Afrique. Ethnologiquement parlant, nous avons affaire à deux races, l’une à peau brune et à cheveux plats, l’autre aux cheveux frisés et de type négrito. Beaucoup de parties du champ de cette langue ne sont que très imparfaitement connues, et les races qui l’occupent sont dans l’état de sauvagerie le plus bas et le plus abject, quoique toute Cette étendue ait été, depuis plus de deux cents ans, plus ou moins soumise à l’action des Anglais, des Hollandais, des Espagnols et des Portugais.

Le premier groupe est celui de Sumatra- Malacca. Le malais a une double importance, comme langue spéciale d’une certaine région et comme lingiia franca de tout l’archipel. Sa région spéciale est la presqu’île de Malacca en terre ferme, partie dans le royaume de Siam, partie sous

des chefs indépendants soumis au protectorat du gouvernement anglais ; une partie de l’île de Sumatra, les îles de Banca, de Billiton et l’archipel de Rhio-Lingga. Les individus qui parlent cette langue sont au nombre de deux millions et demi et sont mahométans; ils ont adopté le caractère arabe. La littérature est abondante et cet idiome est une des grandes langues indigènes du monde; il a une capacité à absorber les éléments étrangers , une liberté de toutes restrictions grammaticales, une facilité à se plier à la civilisation nouvelle et une puissance d’expression qui ne se rencontrent à un degré égal que dans les langues anglaiseet hindoustâni. Dans les forêts de la péninsule de Malacca vivent des races sauvages, dans un état de barbarie, qui sont provisoirement classées comme Malaises. Elles sont connues sous le nom de Orang Binwah, les hommes du.sol. Quelques unes d’entre elles, les Jakuns, sont évidemment des Malais à l’état sauvage ; mais les Samangs sont incontestablement des Négritos.

Dans l’île de Sumatra nous trouvons cinq langues : Pachinais, le batak, le rejang, le lampung, et le korinchi. Ceux qui parlent la première sont mahométans, possèdent un certain degré de civilisation, emploient les caractères arabes et font aux Hollandais une guerre d’indépendance; les peuplades qui parlent les quatre autres langues sont payennes. Les premiers sont dans un état de civilisation si arriéré qu’ils pratiquent un cannibalisme d’un caractère monstrueux; ils mangent leurs parents âgés; et pourtant les Bataks ont trois dialectes distincts, une écriture qui leur est spéciale et quelque peu de littérature , écrite sur des feuilles de palmier. Cette langue a été étudiée et commentée par le savant Hollandais van der Tuuck : les Rejangs et les Lampungs ont aussi des caractères d’écriture indigènes et différents. En vue de Sumatra sont plusieurs petites îles; les habitants de quelques unes d'entre elles parlent des idiomes de même famille que ceux des côtes de la grande île, tandis que les habitants des autres sont ab-

solument inintelligibles. Il y a onze langues dans ce groupe.

Dans le second groupe, celui de Java, nous rencontrons encore des traces de la grande civilisation aryenne de l’Inde, car, il y a plusieurs siècles, quelques Brahmanes aventureux, probablement de la côte Telinga, ou, selon l'avis de plusieurs savants, de la côte de Cambodge, portèrent à Java leur religion, leurs livres sacrés, leur civilisation, et cette île devint le siège d’une grande et puissante monarchie hindoue.

Quand le torrent mahométan s’abattit sur Java, le reste des Hindous se sauva avec ses manuscrits dans la petite île de Bali, où ils se sont maintenus jusqu'à ce jour. Avec les ruines de temples magnifiques, il s’est conservé jusqu’à nos Jours une langue archaïque, connue sous le nom de kâwfi, considérée quelque temps comme une langue aryenne et une forme dégénérée du sanscrit; maintenant on reconnaît qu’elle appartient à la famille malaise, qu’elle est un javanais archaïque surchargé de mots empruntés au sanscrit. Dans cette langue

nous trouvons une littérature considérable et très intéressante, écrite avec un caractère d’origrne indienne, et d’un type absolument indien ; cette littérature ne se compose , en réalité, que des vieilles légendes du Ramayana et du Maha-Bharata, librement reproduites par les auteurs indigènes. Les îles de Java, de Bali et de Lompok, appartiennent aux Hollandais.

Dans la plus grande de ces îles se rencontrent trois langues distinctes, mais.de même origine; toutes trois sont éclaircies par des grammaires et des dictionnaires; le sLindanais est parlé par quatre millions d’habitants; le javanais, par treize millions et demi ; le madurais, par un million et demi ; toutes ces peuplades imploient la même écriture et sont mahométanes. Dans l'île de Bali et sur le littoral de l’île de Lompok, l’idiome indigène est le balinais. La population, d’un demi million, est hindoue; l’intérieur de l’île de Lompok est occupé par un peuple entièrement différent qui parle une langue nommée sassak; ce sont des mahométans au

nombre de trois cent quatre-vingt mille.

Traversant la mer de Java, nous arrivons au groupe des Célèbes. Ici les Hollandais régnent en maîtres comme dans le reste de l’Archipel, et nous leur devons la connaissance de huit langues, que nous enregistrons , bien qu’il y en ait , sans doute, beaucoup d’autres. Le macassar, le bouton et le bougi, sont des langages définis, parlés par une population mahométane douée d’une certaine civilisation et d’une grande activité commerciale ; nous y trouvons une écriture particulière et quelques ouvrages élémentaires ont été publiés. La Bible a été traduite dans cette langue et dans les autres idiomes de cette famille. Les missionnaires hollandais sont les pionniers de la science linguistique et rivalisent dignement avjec leurs frères de l’Inde anglaise.

Au nord des Célèbes nous trouvons les Alfurais ou Harafuras; c’est le nom portugais des tribus « hors de la frontière », expression composée de l’article arabe et du mot « fuori », ou « extérieurs ». Sous

cette appellation générale sont comprises beaucoup de tribus sauvages payennes, imparfaitement connues, ayant la pratique diabolique de la « chasse aux têtes », accumulant par tous les moyens possibles, per fas et nefas, les têtes de leurs semblables dont le nombre atteste leur valeur. On n’a presque pas de données certaines sur le langage de ces sauvages. Leur existence montre l’importance, pour la cause de la civilisation, de l’œuvre accomplie par- les sectateurs des religions hindoue, bouddhique et mahométane.

Au-delà des îles Célèbes se trouve le quatrième groupe, l’île de Bornéo, sous l’équateur, une des plus grandes qui soient au monde. Le littoral est colonisé par des Malais, des Bougis, des Javanais, des Chinois, selon que les côtes de l’ile s’offraient à ces diverses nationalités. Actuellement les Hollandais dominent sur une partie de File, le reste est indépendant. Le malais est la langue du littoral ; l’intérieur peut se diviser sommairement entre le dhyak et le kyan. On cite beaucoup d’autres noms

de langues et de tribus, mais ils n’ont i

i point de valeur dans l'état actuel de notre I science. Les langues sont au nombre de ■'

i douze. ",

{ Au nord, nous arrivons au cinquième \

, groupe, les îles Philippines, découvertes par les Espagnols qui les possèdent encore.

En dehors des douze langues imparfaite- \

ment connues, quatre bien déterminées se r

présentent comme types des langues du

cinquième groupe, plutôt que comme leur

énumération complète : le tagal, l’iloko. 1

le pampanga et le bisayen. Les Philippi;-

nes se composent de deux grandes îles et l

d'une quantité de petites ; l’intérieur de la

plus grande et beaucoup des petites ne

sont ni explorés ni possédés par les Espa- ^

gnols, soit par faiblesse, soit par indiffé-

rence. Les Espagnols ont publié un grand -r

nombre de grammaires; la masse de la ''

population est nominalement catholique '■

romaine. Nous n’avons de connaissances f*

certaines ni sur les dialectes des langues

connues, ni sur les populations ; telles [1

tribus placées sous la domination es-

pagnole sont payennesou mahométanes.

Le sixième groupe comprend les Molu- ^]ues ou îles des épices. Le malais est pratiquement la langue de ce groupe, car c’est l’instrument de communication pour toutes les tribus indigènes entre elles aussi bien qu'avec les Européens. Les savants hollandais ont essayé d’étudier et de décrire les diverses langues de ces îles, et nous pouvons espérer des renseignements plus complets. On a enregistré dix langues.

Le septième groupe est le plus grand de tous les casse-têtes linguistiques. Sur la carte nous apercevons un long cordon d’îles s’étendant de Java à Papoua. Ce sont des îles à eaux profondes dont la faune et la flore ne ressemblent en rien à celles du continent asiatique; on y trouve une population de Négritos, de même origine que les Papous, bien qu’ils soient absolument inconnus à Sumatra, Java, les Célèbes et Bornéo, soit qu’ils n’y aient jamais existé ou plus probablement qu’ils aient été tous massacrés; il en existe pourtant dans la péninsule de Malacca, ainsi que

nous l’avons déjà indiqué. Dans ce groupe de Timor, nous avons noté dix-huit langues; dans quelques-unes de ces îles se trouvent des établissements malais ; il résulte de l’étude des populations de ce groupe l’impression d’un état de barbarie sans mélange et sans remède. Les étendues sont trop petites, la population trop insignifiante pour qu’on puisse espérer quelque amélioration sous un climat mortel et sans aucune production agricole de quelque valeur. Dans l’ouest de l’île de Sumbawa, la langue est la même que celle de sa voisine, Sassak, déjà citée. A l’est de Sumbawa et à l’ouest de Flores, le langage est le bima. Au centre de Flores, c’est le endeh. Dans l’est de l’île de Flores, dans les îles adjacentes de Solor et d’Allor, se parle une lan gue de même famille que l’endeh. La même remarque s’applique au langage de l’île de Sumba, dans la limite de notre science. Le langage de l’ouest de la grande île de Timor est appelé le timourais ; celui de la côte orientale porte le nom de této. La langue la plus connue dans l’île de Ser-

wati est le kissa. Les idiomes des îles de Savoe et de Rotti ont une individualité distincte. Les Hollandais sont maîtres de tout ce groupe, excepté du petit établissement portugais de Dili, seul reste des grandes conquêtes de ce peuple dans l’est. Nous ne possédons que des vocabulaires de toutes les langues que nous venons d’énumérer ; le nombre de ces idiomes différents deviendra peut être plus considérable ou, au contraire, se résoudra en dialectes de deux ou trois langues capitales. L’intérêt linguistique que présente une étude spéciale de ce sol vierge est immense.

En approchant de la Nouvelle-Guinée nous pouvons espérer voir apparaître de nouveaux éléments. La Polynesia Polyglotta de M. Whitmee, actuellement sous presse, jettera une grande lumière sur ces points obscurs.

Il faut aller loin au nord-est pour trouver le huitième groupe. Au nord des Philippines est l’île de Taiwan ou Formose, qui fait partie des domaines de Pempereur de la Chine. La moitié de cette île, le

littoral et la plaine, est occupée par des Chinois d’Amoy, mais la partie montagneuse est peuplée par une race d’origine et de langue malaise. Nous les rencontrons dans deux états de civilisation; soit à moitié civilisés, soit absolument sauvages, mais toujours payennes. Nous ne pouvons que faire des hypothèses sur l’époque, où les vents amenèrent des Philippines les premiers colons ; l’absencè de tout mot aryen dans leur vocabulaire indique une époque antérieure à Tarrivée des colons hindous dans l’archipel.

Pour trouver le neuvième groupe de la grande famille malaise, nous devons franchir sur le grand océan Indien plusieurs degrés de longitude ouest, jusqu’à ce que nous arrivions à Madagascar, à peu de distance de la côte de l’Afrique méridionale. Cinq sociétés de missionnaires chrétiens y ont établi des missions importantes ; l’instruction s’y donne d’une manière éclairée; on y a traduit la Bible, que l’on corrige en ce moment. Ce ne sont donc pas les renseignements qui manquent

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et la balance paraît pencher d’une façon évidente vers l’opinion qui admet une seule langue générale pour toute l’île, avec certains dialectes bien déterminés. Les savants français et anglais ont publié des grammaires et des dictionnaires, et le savant hollandais van der Tuuk s’est appliqué à rechercher à quelle famille appartient le malgache, seul représentant de ce groupe ; son opinion, d’accord avec celle du missionnaire Cousins, chargé de la traduction de la Bible, est qu’il dépend de la famille malaise. Quel vent fortuit, soufflant de l’est, a apporté ici de la côte de Sumatra les premiers colons? Nous n’en savons rien, de même que nous ignorons la parenté positive de la langue de la division papoue du grand empire polynésien; mais ces problèmes recevront bientôt une solution, car les lignes d’opérations de Van der Tuuk dans le domaine du malais, de Whitmee dans celui du polynésien, de Cousins et autres dans celui du malgache, convergent graduellement vers le même point.

Dans le dixième groupe de la famille malaise nous avons rassemblé les onze langues des Alfurais et des Négritos, qui né sont certainement pas de race malaise.

Nous avons donc parcouru les huit grandes familles de langues parlées actuellement dans les Indes Orientales, prises dans leur acception la plus large, et dans ces régions extérieures et ces îles qui, par nécessité linguistique, se sont trouvées comprises dans les limites de notre sujet. Nous avons épuisé la patience de nos lecteurs, mais nous sommes loin d’avoir épuisé notre sujet. Il existe deux cent quarantetrois langues et, si nous touchons à la question des dialectes, nous devons assurément élargir nos limites, car l’hindi, à lui seul, possède cinquante huit dialectes, et l’obscur kiranti du groupe népalais, de la quatrième famille, en a dix-sept. Il est merveilleux, comme chaque année apporte sa part à la masse commune en corrigeant quelque erreur, ou ajoutant un renseignement positif tiré de sources originales.

Pline, l’historien romain, raconte que

cent trente dialectes se parlaient sur la place du marché deColchis. Il faut accepter ce dire avec quelque réserve, autant de réserve que lorsque nous lisons l’énumération • des langues dont le cardinal Mezzofanti avait une bonne connaissance pratique. L'immense variété des langues s’est imposée à l’attention de toute personne qui réfléchit. Nous trouvons dans l’histoire de la Tour de Babel un essai d’explication de ce problème, et un remède à ses inconvénients dans la révélation — Pentecôte — de la science linguistique, bien qu’elle ne porte que sur un nombre de langues très limité. Une conception beaucoup plus large de l’inflnide ce sujet se présente dans ce passage des Révélations : « Je regardai et vis nne grande multitude, que personne ne pouvait compter, de nations et de peuples, et de parentés et de langues. »

Nous sommes loin d’avoir terminé notre étude pour l’Inde anglaise. Nous avons été avisé, il y a quelques mois, que le gouvernement anglais ne veut pas admettre que le brahüi soit distinct du belüchi. Nous lisons

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dans un court rapport administratif sur le Panjâb, quela langue hindoustanie est une de celles qui se parlent dans tous les districts de cette province. Que cette langue soit parlée par les employés de l’Etat, c’est possible! Dans cette acception, l'anglais est également une des langues qui s’y parlent. Mais comment peut on conduire l’administration dans les provinces centrales de l’Inde anglaise oü le marathi, letelugu, l’uriya, l’hindi et le gond sont parlés dans divers districts, — comment n’est-il pas fait mention de dialectes tels que le chutisghuri et le nimari qui sont incompréhensibles pour quelqu’un qui connaît l’hindi ordinaire. Comment se font rendre la justice dans leurs propres langues les races kolariennes sauvages, les Sonthâls et les Kols de l’Inde centrale, les Kachâri, lesMishmi, les Khampti, et les Khasi ? Paye-t-on des interprètes honnêtes? ou bien le peuple de ces pays devient-il bilingue ? il est impossible d’éviter cette question. Depuis l’admission des fonctionnaires publics par le concours, il est de notoriété, que le ni-

veau de la science des langues du pays a prodigieusement baissé, même en ce qui regarde la langue ordinaire. Il y a' encore dans l’Inde quelques savants remarquables, mais on n’apas encore répondu à cette question. Les fonctionnaires européens comprennent-ils ce que disent les gens , qui ont une affaire , ou non? S’ils ne le peuvent pas, a-t-on pris des mesures pour avoir des interprètes ?

Il y a trente ans, que savait-on de la science linguistique en général et des langues indiennes en particulier? Csoma de Kôrôs avait bien, il est vrai, révélé le secret du tibétain, Leech avait écrit de petites grammaires brahûi, kashmiri et pushtu; et ces deux savants étaient morts, trop tôt, hélas ! pour la science. Le vétéran Brian Hodgson rassemblait et comparait encore les vocabulaires et annonçait comme découvertes ce qu’on admet maintenant comme faits. Rawlinson venait de passer à Calcutta, en route pour Bagdad, avec la ferme volonté de copier, déchiffrer et tra-

duire les inscriptions trilingues de Béhistun ; mais d'une classification des langues de l’Inde, de l’existence du groupe kolarien, du nombre des langues dravidiennes, on ne savait rien ; les missionnaires et les quelques fonctionnaires ayant le goût de ces choses, n’avaient pas encore fourni des matériaux pour généraliser. Peut-être, après une nouvelle période de trente années, la liste des langues des Indes Orientales, que nous venons d’établir, viendra à tomber sous les yeux d’un administrateur ou d’un professeur de cette époque, qui, se plaçant au point de vue des connaissances qui seront acquises alors, observera que l’auteur de ces lignes était bien ignorant en n’assignant que deux cent quarante-trois langues aux Indes Orientales, quand en réalité leur nombre dépasse six cents, à l’exclusion des dialectes et de quelques groupes qui ne sont pas encore rattachés à leur famille propre; cette accusation ne nous fera pas tressaillir dans notre tombeau, pourvu que notre juge, s’en tenant aux règles prudentes de la

science, porte uii jugement sain après une diagnostique rigoureuse. Nous souhaitons ~ vivre assez longtemps pour lire sa description plus correcte et plus complète des langues des Indes Orientales. Nous avons fait de notre mieux et laissons un point de départ pour les savants à venir.

Londres, avril 1878.

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