COMBATS ET SUCCÈS DES BABTS DANS LE MAZENDÈRAN
Cependant les fêtes de l’intronisation royale étaient terminées dans la capitale. Le roi Nasreddin-Shah avait pris entière possession du gouvernement. Hadjy Mirza Agassy, chassé d’un pouvoir dont il avait passé son temps à se moquer, s’était retiré à Kerbela, et il y employait ses derniers jours à faire des niches aux moullas et un peu aussi à la mémoire des saints martyrs. Son successeur, Mirza Taghy-Khan, Émyr-Nizam, un des hommes de valeur que l’Asie a produits dans ce siècle, était résolu à en finir avec tous les désordres. Il fermait les cafés où l’on déblatérait par trop fort contre le gouvernement, et, pour arrêter l’habitude de se tuer en plein jour à coups de gama dans le quartier de la porte de Doulâb, habitude introduite par les Kurdes Makouys, compatriotes de l’ancien premier ministre, il maçonna plusieurs de ces assassins dans la muraille de la mosquée, à Shahabdoulazim, et leur fit arracher la tête par des cordes que tiraient des chevaux emportés. Ainsi, forcené pour le bon ordre, l’Émyr-Nizam avisa bien vite aux affaires du Mazendérân, et quand les grands de cette province, venus
à Téhéran pour faire leur cour au roi, furent au moment de leur départ, on leur commanda de prendre de telles mesures que la sédition des bâbys ne se prolongeât pas davantage. Us promirent d’agir pour le mieux.
En effet, aussitôt de retour, ces chefs se mirent en mouvement afin de réunir leurs forces et de se concerter. Chacun écrivit à ses parents de venir le joindre. Uadjy Moustafa-Khan manda son frère Aga-Abdoullah. Abbas- Kouly-Khan Laredjany appella Mohammed-Sultan et Aly- Khan de Sewad-Kouh. Tous ces gentilshommes avec leur monde s’arrêtèrent au dessein d’attaquer les bâbys dans leur château avant que ceux-ci ne songeassent à prendre eux -mêmes l’offensive. Les officiers royaux voyant les chefs du pays en aussi bonne disposition, rassemblèrent de leur côté un grand conseil, où s’empressèrent de se rendre les seigneurs nommés tout à l’heure, puis Mirza Agay, Moustofy du Mazendéràn ou contrôleur des finances, le chef des Oulémas et beaucoup d’autres personnages de grande considération. Le résultat des délibérations fut que Aga-Abdoullah mit sur pied deux cents hommes de son village d’Ilézar-è-Djérib, gens choisis; plus un certain nombre de toufenkdjys, qu’il prit de côté et d’autre, et quelques cavaliers nobles de sa tribu. Dans cet équipage, il vint se poster à Sâry, prêt à entrer en campagne. De son côté, le contrôleur des finances leva une troupe parmi les Afghans domiciliés à Sâry et y joignit quelques hommes des tribus turques placées sous son administration. Aly-Abad, le village si rudement châtié par les bâbys, et qui aspirait à une revanche, fournit ce qu’il put et se renforça d’une partie des hommes de Gâdy, qui, en raison du voisinage, se laissèrent embaucher. On convint qu’ Aga-Abdoullah pren-
drait le commandement général et marcherait immédiatement contre l’ennemi.
Il sortit, en effet, de Sâry en très-bonne disposition, monta d’Ab-è-Roud à la haute vallée de Lâr, et, arrivé au village de ce nom, il y fit halte. De sa personne, il fut reçu dans la maison de Nezer-Khan Kerayly. La nuit se passa fort tranquillement, bien qu’on se tint sur ses gardes à cause du voisinage des bâbys. Le lendemain, après s’être encore renforcé d’une troupe de gens du district de Koudar, on reprit la marche, et l’on arriva enfin en vue du chêteau du Sheykh Tebersy. La garnison s’était retirée à l’intérieur; rien ne paraissait au dehors; la vallée était absolument silencieuse. Aga-Abdoullah se mit immédiatement et bravement à l’œuvre. Il commanda d’ouvrir une sorte de tranchée où il plaça des toufenkdjys, qui commencèrent à entretenir un feu assez vif contre la muraille. Ceci dura toute la journée et ne produisit aucun résultat, les bâbys se contentant de répondre faiblement, de sorte que les deux partis allèrent se coucher sans qu’on pût encore rien dire de ce qui avait été fait.
Mais, un peu avant le jour, Moulla Housseïn-Boushrewyèh ouvrant une de ses nombreuses poternes, sortit brusquement, et attaqua les gens de Koudar profondément endormis. 11 commençait à en faire massacre, quand Aga-Abdoullah, averti par le bruit, accourut à la tète de ses gens et fusilla les bâbys à bout portant, ce qui arrêta la chasse (juc ceux-ci donnaient à leurs victimes. Les nouveaux arrivés étaient des cavaliers nobles pour la plupart, des nomades; ils avaient l’habitude des armes et savaient tenir bon. Cependant, Moulla llousseïn se précipita sur eux comme il avait fait sur la milice de
Koudar. Lui-même, à la tête de ses fidèles, il frappait de la pointe et du tranchant, déchargeant ses pistolets dans la foule et faisant tête à tous. Un jeune Afghan, bien découplé, se jeta sur lui. Moulla Housseïn trouva un adversaire. Les sabres faisaient feu l’un sur l’autre; soudain, un des pieds du cheval de l’Afghan s’enfonce dans un trou; le cavalier est jeté par terre; Moulla Housseïn le tue roide. Pendant cette lutte, la victoire se décidait ailleurs pour les bâbys. Aga-Abdoullah, entouré de tous côtés par un flot d’assaillants, tombait frappé à mort, avec trente des siens, et le reste de ses gens, les uns sains et saufs, les autres fort mal arrangés, prenaient la fuite dans toutes les directions. Beaucoup, dans le nombre, n’avaient eu aucune part au combat. Réveillés par les coups de feu, ils ne purent arriver à temps, et les fuyards leur apprenant la mort du chef commun, ils ne se mirent plus en peine que de gagner pays d’un pas relevé. En courant ainsi, la troupe en déroute atteignit le village de Ferra et voulut y prendre haleine ; mais les bâbys étaient sur ses talons et tombèrent sur elle. Ce ne fut pas un combat : les musulmans, ahuris, plièrent encore. Le village fut mis à sac, et personne, ni femmes, ni enfants, ni vieillards, dit le récit, ne fut épargné; ensuite, le feu dévora les maisons. Quand je répète, d’après les relations, que tout le monde fut égorgé, c’est par respect pour l’usage adopté en histoire depuis la plus haute antiquité et continué pieusement jusqu’à nos jours, de prendre les intentions pour le fait et d’affirmer l’absolu, que la pratique des choses n’admet jamais. La vérité vraie, c’est qu’une partie encore notable de la population de ce triste village s’enfuit saine et sauve dans la montagne, pleurant ses parents, ses récoltes et ses
jardins, et s’en alla répandre dans tout le Mazendéràn l’horreur de la catastrophe qui venait de la frapper. Chacun de ces malheureux se disait le seul et dernier survivant. L’impression fut profonde et terrible. Toute la province tomba dans une sorte de stupeur, causée surtout peut-être par l’idée qu’on se faisait de l’exaltation des bâbys , et par le retour que les musulmans ne pouvaient s’empêcher de faire sur leur propre tiédeur. Les moullas tremblaient et se voyaient déjà anéantis. Nulle part, autour d’eux, ils n’apercevaient dans les esprits une ardeur quelconque à les défendre, tandis que chez l’adversaire ils ne voyaient que vigueur et frénésie. Dans cette désolation générale, on cria vers Téhéran et l’on demanda de l’aide.
L’Émir-Nizam entra dans un transport de violente colère en apprenant ce qui venait de se passer. Il s’indigna aux terreurs qu’on lui dépeignait. Trop loin du théâtre de l’action pour bien apprécier l’enthousiasme sauvage des rebelles, ce qu’il en comprit, ce fut qu’il était besoin d’en finir avec eux avant que leur énergie n’eût encore été exaltée par des succès trop réels. Le prince Mehdy-Kouly-Mirza , nommé lieutenant du roi dans la province menacée, partit avec des pouvoirs extraordinaires. On donna ordre de dresser la liste des morts tombés dans le combat devant le château des bâbys et dans le sac de Ferra, et des pensions furent promises aux survivants. Hadjy Moustafa-Khan, frère d’Aga-Abdoullah, reçut des marques solides de la faveur royale; enfin, on fit ce qui était possible pour relever les, courages et rendre aux musulmans un peu de confiance en eux-mêmes.
Une des premières mesures que prit le Shahzadèh en
arrivant s,ur le lieu de son commandement, ce fut d’ordonner à Abbas-Kouly-Khan, chef du Laredjân, de descendre de sa vallée de Lâr et des environs du Demawend avec ses -tribus et de rejoindre le camp qu’on allait former sous Amôl. En conséquence, la vieille ville vit arriver dans ses jarcîr.s une quantité de tentes noires : tribus turques, tribus persanes, ou, comme on dit, Kurdes, et, en peu de temps, une petite armée se trouva sur pied. On n’est pas exigeant en fait d’ordre dans une armée asiatique. En présence de cette foule, les courages se redressaient un peu. On rechercha les bâbys et l’on déclara qu’ils ne seraient plus tolérés dans aucun lieu du Mazendérân. Les mesures prises contre eux se succédaient rapidement comme des menaces, en même temps que les troupes étaient dirigées vers le château des bâbys, à travers les sentiers de la montagne. L’expédition ne tarda pas à atteindre la i^égion froide, car le Mazendérân est le pays des brusques transitions par excellence. En quelques heures, on passe d’une rizière humide à un bois d’orangers, à une forêt ténébreuse et toute européenne, à une terre haute sans végétation, à des montagnes glacées au cœur de l’été, à des amas de neige/ qui ne fondent jamais. Le Shaljzadèh en faisait l’expérience. Parti d’Amôl, où fleurit la grenade et où mûrit le citron, il fut enveloppé soudain, dans les défilés qu’il dut traverser et sur les plateaux qui leur faisaient suite, par des brouillards épais qui se résolurent bientôt en tempête de neige non-seulement très-incommode, mais redoutable au plus haut degré pour les hommes et pour les animaux.
Les nomades du Laredjân, qui composaient la force principale de l’armée, avaient trop l’usage de ces bour-
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rasques pour ne pas prendre de leur mieux les moyensde s’en préserver. Sans souci de l'expédition, ils se dispersèrent, courant où ils savaient devoir trouver soit des anfractuosités de rochers, soit des ouvertures de plaines plus favorablement exposées que le reste du pays et où l’ouragan leur ferait moins de mal. Bref, ils pensèrent trèsbien à leur sûreté personnelle et ne s’occupèrent en aucune façon ni de la personne morale de l’armée, ni du but qu’ils poursuivaient, sinon, peut-être, pour maudire de leur mieux le chef qui les amenait dans un tel embarras.
Moulla Housse'in-Boushrewyèh et son collègue Hadjy Mohammed-Aly surveillaient de près les mouvements de l’ennemi. Us comptaient sur la tempête; elle était de saison et ils s’étaient arrangés pour mettre à profit les occasions qu’elle présenterait. Servis à souhait, ils n’auraient jamais pu espérer aussi bien. Moulla llousse’in, averti par ses éclaireurs, quitta le château à la première veille de la nuit. C’était le 15 du mois de Sefer; il était suivi de trois cents hommes, sans plus; mais des hommes résolus à tout, inébranlables comme lui-même; et malgré les ténèbres et le trouble général de la nature, il jeta ce monde sur le dos de l’armée royale, qui ne s’attendait pas à un tel surcroit de péril, et qui, dispersée partout, ainsi que je l’ai dit, avait surtout fini par s’accumuler dans le village de Daskès, au milieu de la montagne, où le prince, très-fatigué, s’était retiré dans la meilleure maison, avait soupé, s’était couché et dormait.
Moulla lloussein avait marché aussi rapidement que la nuit, la tempête, la neige, qui tombait en abondance, et l’état de la route le permettaient. A tous les hommes, cavaliers ou piétons de l’armée du Shahzadèh que l’on
rencontrait, on disait : « Nous sommes des gens d’Abbas- Kouly-Khan Laredjany, qui nous a envoyés à votre aide, et lui-méme arrive derrière nous avec plus de monde. » A ce discours, les soldats de l’armée royale perdaient tout soupçon et laissaient passer la troupe des bàbys, sans songer à donner l’alarme ni surtout à faire résistance. L’ennemi parvint de la sorte jusqu’à Daskès, entra dans les rues du village et prit ses mesures pour entourer la maison où se trouvait le prince endormi. On avait sans doute placé des karaouls ou sentinelles autour de cette demeure ; mais, suivant un usage immémorial en Orient, usage en vigueur au siège de Béthulie comme autour du tombeau de Notre-Seigneur, une sentinelle est un guerrier qui dort de son mieux auprès du poste qu’il est chargé de garder. Les soldats de Mehdy-Kouly-Mirza ne dérogeaient pas à cette règle. Roulés dans leurs manteaux de feutre, ils étaient étendus par terre, la tête bien couverte, afin de ne pas sentir la neige qui tombait sur eux. Quelques-uns pourtant se réveillèrent au bruit. Ils demandèrent de quoi il s’agissait; mais, ayant entendu la réponse convenue, que c’étaient les gens du Serdar Abbas- Kouly-Khan, ils se remirent en devoir de continuer leur somme. Ainsi, la maison fut promptement et sûrement cernée, et les entrées de la rue bien occupées, afin que personne ne pût venir au secours du prince. Alors Moulla Housse'in donna le signal et tous ses gens se mirent à crier : « Le prince est mort I le prince est tué 1 sauve qui peut! »
Aussitôt la porte de la maison fut entaillée rapidement à coups de hache, tandis qu’on faisait main basse sur les karaouls. Le passage forcé, et il le fut bientôt, Moulla Housseïn et ses gens se précipitèrent en furieux sur les
officiers du prince, qui accouraient épouvantés, déjà démoralisés, et les assommèrent, tandis que quelquesuns de leurs compagnons mettaient le feu en plusieurs endroits. Le désordre, le trouble, la terreur peuvent s’imaginer. Les misérables, ainsi surpris, ne savaient pas même à qui ils avaient affaire et songeaient aux diables autant qu’aux bâbys. On se poussait de chambre en chambre; on trébuchait sur les terrasses. Le feu s’était rapidement communiqué à un Imamzadèh ou oratoire en bois contigu à la maison du prince et dont les vieilles poutres flambaient à merveille. Les musulmans purent voir alors briller les sabres, les khandjars, les gamas, les fusils de leurs adversaires, aux clartés lugubres des flammes qui les menaçaient. Tous ceux qui .tombaient sous les coups ou sous les balles, les bâbys les lançaient au milieu de l’incendie. — • Brûle, impie 1 » disaient-ils. C’était une scène effroyable : bravoure, -fureur, exaltation religieuse s’y heurtaient contre l’incertitude, le courage qui désespère, le renoncement désolé à la possibilité de sauver sa vie. Les toufenkdjys de Sewad-Kouh, qui défendaient l’intérieur de la maison où s’était retiré le prince, se conduisirent en braves gens. Cependant, les bâbys les rompirent et entrèrent.
D’abord furent tués les deux princes. Sultan Housseïn- Mirza, fils de Feth-Aly-Shah, et Daoud-Mirza, fils de Zell-è- Sultan, oncle du roi. Leurs deux corps allèrent rejoindre dans le foyer brûlant ceux de leurs défenseurs. A côté d’eux tomba Mirza-Abdoul-Baghy, conseiller d’État. Il fut aussi jeté dans le feu. Un instant après, le chef de l’armée, Medhy-Kouly-Mirza, se vit assailli. Un bâby, à cheval sur la muraille de la cour, fit feu sur lui et le manqua. Un autre, se laissant tomber dans la petite cour
intérieure où il était, vint en courant tirer à bout portant sur lui et le manqua encore. Le prince comprit que toute défense était impossible. 11 sortit de la maison, et plus heureux que bien des victimes de cette nuit, il réussit à s’échapper du village et à gagner le désert.
En quelques instants, son armée, déjà si fort en désordre, était dissipée par les trois cents hommes de Moulla Housseïn. N’était-ce pas l’épée du Seigneur et de Gédéon? Tandis que la plupart des fugitifs couraient au hasard, des hommes d’Ashref, moins épouvantés que les autres, résolurent et de ne pas se séparer et de ne point aller chercher la mort presque certaine qui les attendait dans la montagne, devenue impraticable par ce temps de frimas. Us se bornèrent à s’écarter un peu du village et faisant ferme dans une position assez forte , ils roulèrent autour d’eux un cercle de grosses pierres superposées et s’en bâtirent un retranchement.
Des bâbys avaient aperçu ces braves précipitant leur travail, et avaient couru en donner avis à Moulla Houssc'in. Celui-ci ne voulut pas que sa victoire restât inachevée, et il détacha Iladjy Mohammed-Aly Balfouroushy pour aller détruire le groupe insolent qui le bravait. Le Hadjy, le sabre à la main, courut avec les siens sur les gens d’Ashref. Mais, à la première décharge de ceux-ci , une balle lui entra par la bouche et le jeta sur le carreau . Les musulmans remarquent avec intérêt que c’est par la bouche que la balle est entrée, punissant, à leur avis, tant de blasphèmes proférés contre la religion du Prophète. Quant aux bâbys, ils suivirent leur chef, et les Ashréfys auraient obtenu la récompense de leur courage, si une autre bande d’ennemis n’était accourue les attaquer avec une nouvelle fureur.
Le combat reprit donc, mais les Ashréfys ne cédaient point. Sûrs de mourir s’ils se rendaient, et puisant dans leur résolution une généreuse espérance, ils redoublaient leurs feux, et bons tireurs comme tous les Mazendérânys, rendaient le jeu terrible aux assaillants. Le jour vint et éclaira leur résistance. On pouvait voir de loin — car le lieu où ils s’étaient fortifiés était entouré d’un amphithéâtre de montagnes — cette poignée de jeunes gens multipliant ses efforts pour échapper à une mort qui semblait certaine. Les débris de l’armée n’ayant pu forcer les passages encombrés par les neiges et n’étant encore qu’à peu de distance autour d’eux, les contemplaient, et probablement faisaient des vœux pour eux ; mais pas un des chefs, pas un des soldats n’essaya un effort qui eût pu les dégager. La vue de l’héroisme est tout aussi bonne à glacer les courages qu’à les animer. Enfin les Ashréfys succombèrent un à un. La victoire des bâbys était complète. Us réunirent le butin qu’ils purent tirer du village, les bagages du prince et ceux de ses troupes, en chargèrent les bêtes de somme, et regagnèrent en paix leur château en présence de l’armée royale pétrifiée d’épouvante, bien que incomparablement plus nombreuse et plus forte. Mais tel était l’abattement, qu’un corps de six cents hommes qui n’avait été ni entamé ni attaqué, et qui savait seulement par simple ouï-dire ce qui était arrivé pendant la nuit, averti que les bâbys, dans leur mouvement de retraite, allaient passer sur le terrain qu’il occupait, s’enfuit d’inspiration et à l’unanimité longtemps avant que ceux-ci eussent paru. La vérité est que ces musulmans n’étaient nullement éloignés de considérer Moulla Housseïn comme un prophète.
Nt)us avons laissé Mehdy-Kouly-Mirza courant loin de saunaison incendiée et errant seul dans la campagne, à travers les neiges et les ténèbres. A l’aube il se trouva dans un défilé inconnu, perdu en des lieux horribles, mais en réalité éloigné seulement d’un peu plus d’une demi-lieue du lieu du carnage. Le vent apportait à ses oreilles le bruit des décharges de la mousqueterie.
Dans ce triste état et ne sachant que devenir, il fut rencontré par un Mazendérâny monté sur un cheval assez bon, qui, en passant près de lui, le reconnut. Cet homme mit pied à terre, fit monter le prince à sa place et s’offrit à lui servir de guide. Il le mena dans une maison de paysans, où il l’installa dans l’écurie; ce n’est pas un séjour méprisé en Perse. Tandis que le prince mangeait et se reposait, le Mazendérâny remonta à cheval, et, battant le pays, alla donner à tous les soldats qu’il put rencontrer l’heureuse nouvelle que le prince était sain et sauf. Ainsi, bande par bande, il lui amena tout son monde, ou au moins un r-assemblement assez respectable.
Si Mehdy-Kouly-Mirza avait été un de ces esprits altiers que les échecs n'abattent point, il eût peut-être jugé sa situation médiocrement modifiée par le malheur de la nuit précédente ; il eût considéré l’affaire comme le résultat d’une surprise, et, avec les troupes qui lui restaient, se fût efforcé de sauver au moins les apparences en maintenant son terrain, car, de fait, les bâbys s’étaient retirés et on n’en voyait plus nulle part. Mais, le Shahzadèh, loin de se piquer de tant de fermeté, était un pauvre caractère, et il s’empressa, quand il vit sa personne si bien gardée, de sortir de son écurie pour se diriger vers le village de Gâdy-Kela, d’où il se rendit en toute hâte à Sâry. Cette conduite eut pour effet d’aug-
raenter encore dans toute la province l’impression produite par la première nouvelle de la surprise de Daskès. Partout on perdit la tète : les villes ouvertes se crurent exposées à tous les périls, et malgré la rigueur de la saison, on vit des caravanes d’habitants paisibles, mais fort désolés, qui emmenaient leurs femmes et leurs enfants dans les solitudes du Demawend, pour les soustraire aux inévitables dangers qu’indiquait manifestement, pour tout ce monde, la prudente conduite du Shahzadèh. Quand les Asiatiques perdent une fois la tête, ce n’est pas à demi. Cependant cette situation ne pouvait indéfiniment se prolonger, pour le prince moins que pour personne. 11 ne suffisait pas d’avoir peur, il fallait surtout ne pas irriter contre soi le terrible Émyr-Nizam, qui, lorsqu’il aurait appris les nouvelles, ne serait certes pas satisfait. Encourir le châtiment de ce ministre sévère, c’était peut-être pis que d’avoir affaire à Moulla Housse’in-Boushrewièh. Ainsi, perplexe et ne sachant où se tourner, le Shahzadèh, pauvre homme, donna des ordres pour qu’on réunit de nouvelles forces et qu’on mit sur pied une autre armée. L’empressement était faible de la part de la population des villes à aller servir sous un chef dont on venait de voir le mérite et l’intrépidité à l’épreuve. Toutefois, moyennant quelque argent et beaucoup de promesses, les moullas surtout, qui ne perdaient pas leur cause de vue et qui étaient assurément les plus intéressés dans toutes ces affaires, s’agitant beaucoup, on finit par rassembler bon nombre de toufenkdjys. Quant aux cavaliers des tribus, du moment que leurs chefs montent à cheval, ils en font autant et n’en demandent pas davantage. Abbas-Kouly-Khan Laredjany obéit sans hésiter à l’ordre d’envoyer un nouveau con-
lingent. Seulement, cette fois, soit par défiance de ce que l’ineptie du prince pourrait faire courir de risques inutiles à ses parents et à ses sujets, soit par une certaine ambition de se signaler lui-méme, il ne confia plus à personne la conduite de ses gens. Il se mit à leur tète, et, par un coup hardi, au lieu de rejoindre l’armée royale, il s’en alla tout droit attaquer les bâbys dans leur refuge, puis il donna avis au prince qu’il était arrivé devant le château du Sheykh Tebersy et qu’il en faisait le siège. Du reste il annonçait qu’il n’avait aucun besoin de secours ni d’aide, que ses gens lui suffisaient et au delà, et que seulement, s’il plaisait à son Altesse Royale de se donner de sa personne le spectacle de la façon dont lui, Abbas- Kouly-Khan Laredjany, allait traiter les rebelles, il lui ferait honneur et plaisir.
Les nomades turks et persans passent leur vie à chasser, souvent aussi à guerroyer, et surtout à parler de chasse et de guerre. Ils sont braves, mais non tous les jours, et ils tomberaient sous le coup de la remarque de Brantôme, qui, dans son expérience des guerres de son époque, avait beaucoup rencontré de pareils courages, qu’il nomme assez bien journaliers . Mais ce que sont ces nomades d’une manière très-uniforme et constante, c’est grands parleurs, grands démanteleurs de villes, grands massacreurs de héros, grands exterminateurs de multitudes; en somme, naïfs, très à découvert dans leurs sentiments, très-vifs dans l’expression de ce qui échauffe leurs tètes, extrêmement amusants. Abbas-Kouly-Khan Laredjany, homme très-bien né assurément, était un type de nomade accompli.
Mehdy-Kouly-Mirza n’aurait pu se donner, lui, pour un guerrier bien téméraire, on vient de le voir; mais il
remplaçait l’intempérance de l’intrépidité par une qualité utile aussi à un général : il ne prenait pas au pied de la lettre les fanfaronnades de ses lieutenants. Craignant donc qu’il n’arrivât malheur à l’imprudent nomade, il lui envoya immédiatement des renforts. Ainsi partirent en toute hâte Mohsen-Khan Souréty avec ses cavaliers, une troupe d’Afghans, Mohammed -Kerym-Khan Ashrefy avec des toufenkdjys de la ville et Khélyl-Khan, de Sewad- Kouh, avec les hommes de Gâdy-Kela. Ces chefs, soit par esprit de contradiction à l’égard du prince, soit qu’ils se souciassent médiocrement de voir leur rival ordinaire, le khan duLaredjân, s’illustrer par l’exploit qu’il avait annoncé, s’empressèrent de donner à celui-ci les plus sages conseils et les plus propres à refroidir son ardeur. Ils lui remontrèrent qu’il ne fallait pas trop présumer de soiméme et que Moulla Housseïn n’était pas facile à forcer. On savait, du reste, jusqu’à quel point ce maitre des • bâbys était redoutable dans ses résolutions impétueuses; il fallait tâcher de s’en garantir, et, pour cela, la première des opérations devait être d’élever, en face des murailles qu’on voulait faire tomber, un fort retranchement en pierre où l’on pourrait être à l’abri des coups de main.
Abbas-Kouly-Rhan Laredjany répondit comme aurait fait un gentilhomme français du moyen âge. <■ Jamais, dit-il aux autres chefs, jamais il ne sera dit que des hommes de ma tribu se soient cachés derrière des tas de pierres quand ils avaient l’ennemi en face. Nos seuls retranchements à nous, ce sont nos corps 1 » 11 ne fut pas possible de rien obtenir d’autre du Serdar et on dut en passer par ce qu’il voulait. Le camp fut donc établi .sans autres précautions que les sentinelles somnolentes à
l’usage du pays, et l’on resta ainsi en face et autour du
château des bàbys.
Ceux-ci semblaient frappés de terreur. Ils ne paraissaient pas sur leurs murailles; ils ne se montraient pas aux meurtrières des étages supérieurs; ils ne faisaient pas le moindre bruit. Bien plus, ils envoyèrent des parlementaires pour demander grâce. Le Serdar enchanté leur promit de les pendre. Sur cette parole, des négociations s’engagèrent et plusieurs députations furent envoyées à Abbas-Rouly-Rhan . Il ne voulait pas démordre de sa sévérité ; mais les autres chefs ne dissimulaient pas qu’ils seraient disposés à en finir à meilleur compte; de sorte que , soutenus de ce cété , les députés argumentaient, acceptaient, cédaient et retournaient au château pour prendre de nouveaux ordres. De cette façon, plusieurs jours se passèrent en pourparlers, et le Serdar se tenait pour bien assuré que ce n’était pas du temps perdu, tout au contraire : que c’était du temps admirablement employé pour sa gloire. Il va sans dire que la surveillance était devenue, de fort médiocre, tout à fait nulle, et que les troupes étaient étalées devant le château aussi bien à la bonne foi que si elles eussent été chez elles.
Une nuit — ce fut la dixième de Rébi-Oul-Ewwel — trois heures avant le jour, Moulla Ilousseïn-Boushrewyèh, à la tête de quatre cents toufenkdjis, sortit du château dans le plus profond silence. Il s’avança rapidement vers le camp, et se portant sur les groupes de dormeurs, lui et ses gens commencèrent à égorger de leur mieux. Ils avaient affaire aux contingents de Ilézar-è-Djerib et de Sewad-Rouh. Ces miliciens, ainsi assaillis, se jetèrent du côté où campaient les hommes de Gâdy et ceux de Souréty et d’Ashref, et les uns épouvantant les autres, toute cette
foule mélée se mit à courir comme un troupeau de moutons du côté du quartier du Serdar. Pour augmenter la confusion, les bâbys, tout en frappant et en poursuivant, mettaient le feu aux cabanes, aux abris, et des cris horribles, tant ceux qu’ils poussaient eux-mémes pour effrayer leurs adversaires, que ceux dont les assaillis n’étaient pas ménagers dans leur épouvante, portaient le désordre à son comble. On ne se reconnaissait plus; on ne savait plus où l’on était. Troublés par l’éclat fulgurant des flammes ou aveuglés par l’obscurité, on tirait les uns sur les autres et les balles atteignaient plus d’amis et de confédérés qu’elles ne frappaient d’assaillants.
Le Serdar réveillé, surpris, envahi tout à coup par la foule qui affluait de son côté, eut peine à trouver un cheval et, après l’avoir trouvé, à se mettre dessus. Furieux, mais forcé de reculer, il gagna, en combattant, la limite du camp opposée à celle qui faisait face au château, et ne pouvant se décider à fuir, resta assez longtemps à faire le coup de feu au milieu de quelques-uns de ses parents, qui l’avaient rejoint et tenaient bon avec lui. Parmi ceux-ci, Mohammed-Sultan, yaver — titre que nous traduirons par celui de major, — se jetait en avant dans la foule et suppliait les fuyards de s’arrêter, promettant de les rendre vainqueurs de l’ennemi. Dans ce moment, Moulla Housse’in apparut à cheval, excitant les siens et frappant plus fort qu’eux tous. En l’apercevant, le yaver redoubla d’énergie dans ses supplications et dans ses apostrophes : « Arrêtez-vous! arrêtez-vous! criait-il; le voilà ici, cct homme sans religion et sans foi ! Venez le prendre! frappons-le! C’est lui qui doit craindre et non pas vous! • Tandis que le brave gentilhomme tâchait ainsi de ranimer des courages éteints, les bâbys l’entou-
rèrcnt; personne ne le défendit, et, en quelques minutes,
malgré sa résistance, il tomba haché de coups de sabre.
Cependant cet exemple ne fut pas stérile et trouva quelques imitateurs. Mirza Kérym-Khan Asbrefy, Aga- Mohammed-Hassan du Laredjân et quelques toufenkdjys d’Ashref, se firent à la hâte un petit rempart de pierres et, jurant qu'ils ne fuiraient pas et ne se laisseraient pas prendre vivants, se mirent à combattre avec cette intrépidité absolue que des résolutions semblables font toujours naître chez les soldats asiatiques. Tandis qu’ils étaient ainsi occupés, Mirza Kérim-Khan dit à Aga-Mohammed-Hassan Laredjany : • Tu vois bien, parmi les bâbys, cet homme en turban vert : tire dessus! » Ce qu'il fit lui-méme immédiatement. ^
L’homme au turban vert, c’était Moulla Houssei’n luiméme. On le vit porter la main à sa poitrine et on comprit que la balle l’avait frappé là. Au même instant, Aga- Mohammed-IIassan, qui avait entendu les paroles de son camarade et vu l’effet, abaissa son arme à son tour et lâcha la détente. Le coup partit et atteignit encore Moulla Housseïn dans le côté. Ainsi blessé, le chef bâby n’en continua pas moins à donner des ordres et à conduire et activer les mouvements des siens jusqu’au moment où, voyant que la somme des résultats possibles était acquise, il donna le signal de la retraite en se tenant lui-méme à l’arrière-garde.
Le retour au château ne se fit pas sans encombre. Les toufenkdjys d’Ashref, retranchés derrière le petit mur, sortirent avec leurs chefs et harcelèrent les bâbys. Mais ils étaient trop peu nombreux pour leur faire grand mal, quoique, en somme, ce combat eût coûté aux gens du château une centaine d'hommes tués ou mis hors de combat,
et leur chef blessé. Cependant le camp était détruit. Il s’en fallut toutefois que le désastre fût comparable à celui de Medhy-Kouly-Mirza. Une partie de l’armée se débanda sans doute, mais il resta encore quelques groupes qui purent se rejoindre au point du jour et le reste fut rallié dans la journée. Abbas-Kouly-Khan Laredjany avait été rejeté à une extrémité du camp avec une cinquantaine d’hommes. Abdoullah-Khan, l’Afghan, n’avait gardé près de lui que trois hommes, mais il avait tenu bon. .Mohsen-Khan avait fait de même avec quelques fantassins d’Ashref.
Quand le jour parut, il se trouva que les bâbys étaient rentrés dans leur fort, et Mirza Kérym-Khan Ashrefy, avec ses compagnons, était maître du champ de bataille. Ils se mirent à pousser de grands cris pour prévenir et faire arriver leurs compagnons au cas où il s’en trouverait qui fussent restés dans le voisinage et pussent les entendre; aussitôt, en effet, le Serdar et ceux qui s’étaient maintenus çà et là se réunirent. On parcourut le champ de bataille ; on rassembla et on enterra les morts, en tant qu’ils furent reconnus pour musulmans. Quant aux cadavres bâbys, on leur coupa la tète ; on mit ce butin de côté comme trophée, et à quelques jours de là, on expédia ces dépouilles à Balfouroush et dans les autres villes du Mazendérân, afin de montrer que les bâbys n’étaient pas invincibles. Le Serdar, cependant, envoya Abdoullah-Khan, l’Afghan, au prince, pour lui raconter comment les choses s’étaient passées et mettre, autant que possible, lés apparences de son côté.
La tâche n’était pas trop difficile. Il est certain que les bâbys étaient rentrés dans leur château sans achever leur victoire; qu’ils s’étaient laissé poursuivre par une
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poignée d’hommes, et que, pendant la journée du lendemain et les jours suivants, ils avaient souffert que l’ennemi enterrât ses morts et qu’il décapitât honteusement les corps des leurs. Voici ce qui avait causé dans leur courage cette défaillance peu attendue : les deux blessures de Moulla Housseïn étaient graves; il perdait beauboup de sang. A force d’énergie, il put se maintenir à cheval et donner encore ses directions et ses ordres pendant quelque temps ; mais il sentit bientôt que ses forces s’épuisaient, et qu’il ne pouvait s’obstiner davantage à lutter contre la douleur sans aller au-devant d’une catastrophe déplorable pour lui-méme, plus déplorable encore pour les siens, qui ne pouvaient se passer de lui. Il ordonna donc la retraite, bien à contre-cœur, et abandonna une victoire déjà plus que sûre. 11 était temps; car lorsqu’il atteignit la porte du château, ses forces l’abandonnèrent complètement et il tomba de cheval au milieu de ses soldats épouvantés.
On le porta mourant sur son lit. Alors il réunit ses officiers et leur recommanda la fermeté la plus inflexible. Il leur défendit de croire qu’il pût réellement mourir; c’étaient là de pures apparences qui ne devaient pas les tromper; en effet, pas plus tard que quatorze jours après une mort transitoire, il allait renaître. 11 les engagea à ne jamais abandonner la foi et les préceptes qu’il leur avait communiqués, et à conserver toujours une fidélité, un amour et un respect absolus à l’Altesse Sublime. En ce qui concernait ce qu’on devait faire de son corps, il recommanda à ses plus affidés confidents de l’enterrer en secret et de telle sorte que personne ne pût savoir où il aurait été mis. Nul doute qu’il ne voulût ainsi soustraire son cadavre aux outrages des musulmans, et sa tête
à l’exposition sur les places publiques. Enfin il expira, et la religion nouvelle, qui reçut en lui son proto-martyr, perdit du même coup un homme dont la force de caractère et l’habileté lui auraient rendu des services bien utiles , si sa vie avait pu se prolonger. Les musulmans ont naturellement une profonde horreur pour le souvenir de ce chef; les bâbys lui vouent une vénération correspondante. Ils ont raison des deux parts. Ce qui est certain, c’est que Moulla Housseïn-Boushrewj'èh a le premier donné au bâbysme, dans l’empire persan, cette situation qu’un parti religieux ou politique ne gagne dans l’esprit des peuples qu’après avoir fait acte de virilité guerrière.
Après l’enterrement de Moulla Housseïn , qui eut lieu avec les précautions prescrites par lui, les bâbys du château eurent encore à enterrer les blessés qu’ils avaient ramenés avec eux et dont une bonne partie succomba. Ensuite, ils exécutèrent une nouvelle sortie. Mais le Serdar avait quitté la place et était retourné chez lui avec ses hommes. Débarrassés ainsi du soin de combattre, ils ouvrirent les tombes des musulmans, en tirèrent les cadavres, les décapitèrent, et ayant planté de grands pieux devant la porte principale de leur château, ils fichèrent les têtes sur les pointes. Quant aux corps, ils allèrent les jeter dans le désert, afin que les bêtes et les oiseaux pussent en faire leur proie. En même temps, ils recherchèrent avec soin les restes de leurs compagnons mutilés par les gens du Serdar et les ensevelirent avec respect. Cela fait, ils rentrèrent dans leur forteresse.