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nouveautés, il n’était ni tolérant dans la discussion, ni modéré dans la dispute. Tantôt il prolongeait indûment le jeûne du Ramazan pour des motifs que personne n’avait donnés avant lui; tantôt il réglait les formes de la prière d’une façon tout inusitée. Il était désagréable aux gens paisibles, odieux aux routiniers. Mais, on l’avoue aussi, il comptait de nombreux partisans qui le considéraient comme un saint, prisaient son zèle et juraient d’après lui. A s’en faire une idée tout à fait impartiale, on peut voir en lui un de ces nombreux musulmans qui, au vrai, ne le sont pas du .tout, mais que presse un fond très-ample et très-vivace de foi et de zèle religieux dont ils. cherchent l’emploi avec passion. Son malheur était d'étre moudjtehed et de trouver, ou plutôt de croire trouver un emploi naturel de scs forces dans le bouleversement des idées reçues en des matières qui ne comportent pas cette agitation.
Il en fit tant que, malgré ses nombreux appuis et peut-être même à cause d’eux, scs collègues se mirent en guerre ouverte avec lui, l’accusèrent à Téhéran, firent agir le haut clergé de ceUe ville, bien payé pour suspecter tous les instigateurs de nouveautés, et il fut mandé à la capitale par le premier ministre. On était encore sous Mohammed-Shah, lladjy Mirza Aghassy, comme c’était son usage, causa avec lui, chercha à l’embarrasser, s’en moqua, lui dit des injures, lui fit des cadeaux et lui ordonna de se choisir un logement à sa guise, de vivre en paix, autant que possible, avec tout le monde, mais de ne pas penser à Zendjân, où il ne voulait pas qu’il retournât.
C’était l’cpoquc oiiMouHa Ilousse'ni-Boushrewyèh était lui-même à Téhéran. Le moudjtehed, mécontent, eutavec
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lui des conférences et devint bâby du fond de râme. Après le départ de l’apôtre, il se mit en communication directe avec le Bâb et puisa dans cette correspondance sacrée un enthousiasme qui ne le cédait à celui d’aucun des chefs de la secte. Les nouvelles du Rhorassan, puis celles du Mazendéràn, le remplirent d'une joie, qui allait jusqu’à la frénésie. La gloire, les mérites deMoulla Housseïn lui parurent dignes de devenir aussi ses mérites et sa gloire. Mohammed-Shah était mort, son ministre en fuite. Un nouveau règne, de nouvelles maximes lui parurent faciliter ses projets. Profitant de ce que le capitaine des gardes du palais, Émyr Aslan-Khan, était nommé gouverneur de Zendjàn,il résolut de braver les défenses qui lui avaient été faites d’y retourner. Un soir, il ôta son turban, prit un habit de soldat, se glissa hors des portes de Téhéran, et, montant à cheval, se dirigea rapidement sur la ville où il avait gardé toute son influence.
11 y fit une entrée triomphale et telle qu’il ne l’aurait pas eue quelques mois auparavant. En effet, devenu bâby, il vit s’ajouter à tous ses anciens amis ceux de la doctrine nouvelle. Une grande quantité d’hommes riches et considérés, des militaires, des négociants, des moullas même, vinrent à sa rencontre à une ou deux stations de distance et le conduisirent à sa demeure, non comme un réfugié qui rentre, non comme un suppliant qui ne demande que le repos, non pas même comme un rival assez fort pour se faire craindre : ce fut un maitre qui apparut. Dès le premier moment, il fit appel aux armes. Ne se souciant ni du gouverneur ni des moullas, il parcourait les rues à la tête d’une forte troupe d’hommes armés. 11 prêchait dans les mosquées et les faisait retentir d’accents non moins véhéments que ceux dont Moulla Housseïn avait
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troublé les voûtes des temples de Nishapour. En peu de temps il avait réuni sous sa main quinze mille hommes, et en réalité, il régnait.
On avait appris à Téhéran une partie de ces détails, et comme l’affaire du Mazendérân n’était pas encore terminée, le nouveau premier ministre, Mirza Taghy-Rhan, extrêmement inquiet de cet autre commencement d’incendie, expédia à Émyr Aslan-Khan l’ordre de s’emparer de la personne du perturbateur. Mais il était plus facile ici de commander que d’exécuter. Le gouverneur comprit qu’au moindre mouvement suspect de sa part, la lutte s’engagerait. 11 n’avait rien pourla soutenir ; lui, les moullas et le petit nombre de musulmans restés fidèles succomberaient certainement. On se consulta et l’on dut se résigner à attendre. Il se passa ainsi quelque temps en observation mutuelle.