‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 102 sur 113 · ISRAËL ET LE? NATIONS · texte numérisé non relu

ISRAËL ET LE? NATIONS

Tes richesses, ton trafic, tes marchandises tes marins et tes pilotes,...

tomberont au sein des mers

au jour de ta chute !

Au cri de tes pilotes les plages dalentour trembleront !..

Maintenant tu as été brisée par les mers (et jetée) au fond des eaux, tes marchandises et toute la multitude

ont sombré avec toi.

Tous les habitants des îles sont dans la stupeur à cause de toi ; les rois sont saisis d'épouvante, leurs visages sont bouleversés.

Les marchands des autres peuples sifllent sur toi ; tu es devenue un sujet deffroi; ("en est fait de toi, pour toujours I » [Ezéchiel, 27, 4-3G].

L'honneur du nom de lalivé, s'il exige la ruine d'Israël lapostat, exige aussi la ruine des nations qui se sont raillées d'Israël : elles apprendront à connaître lahvé ^ !

D'autre part, la ruine de Jérusalem, aggravant le scandale de Mégiddo, exaspère dans la conscience des croyants la douloureuse stupeur et la révolte angoissée: aujourd'hui plus que jamais, le problème du mal Lobsède. Quoi que dise souvent le psalmiste, il n'est pas vrai qu'ici-bas le bonheur récompense toujours la vertu, le malheur punisse toujours le vice ! Faut-il admettre que telle soit la volonté de lahvé ? Comment se concilient avec la justice et la bonté et la

' Ezéchiel. 35, 36.

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puissance de Dieu, toutes ces « désliarmonies » qui troul)lentle monde ? N'est-ce donc pas la seule Pensée de rKlernel que reflMe le cosmos ? ' Faut-il croire

' Le livre de Job traite explicitement du problème du mal ; Satan y joue son rôle. Avec la permission de Dieu, Satan accable dï'i)reuves abominables un juste, Job : et Job, sans se révolter tout à fait, se plaint amèrement de Dieu [Kn dehors du prologue de Job. il n'y a, dans toute la Bible, que deux passages où soit nommé Satan: Zacharie, 3, 1-2: I Chroniques, 21, 1 *]. — Le livre de Job se compose de deux parties : un admirable poème, 3-42. 6, encadré dun prologue [1-2J et dun épilogue [42, 7- 47 1 en prose. 11 est quasi certain que les discours dElihu [32-37 sont une interpolation : ils développent cette idée que la souffrance est une épreuve, dont la vertu éducative est très grande : on sauvegarde ainsi la justice et la puissance de Dieu. — On discute la question de Ihomogénéité de ce qui reste : le cadre en l)rose est-il du même auteur que le poème ?

Il est permis de croire que Job était un personnage légendaire fameux i)ar sa vertu et ses infortunes : son histoire avait peutêtre été d'abord adaptée en vue de résoudre le problème suivant: la vertu est-elle désintéressée ? Plus tard, aux temps où nous sommes, un poète voulut en tirer parti pour résoudre le grand problème : il écarte la solution traditionnelle [la vertu assure le bonheur: cf. Dent.. 6,18: 11, 13] parce qu'elle est contredite par les faits ; mais les incertitudes de Job, ballotté entre ladoration et le blasphème, reflètent très fidèlement les hésitations de lame humaine. Un court passage [19, 25^ fait peut-être allusion à l'autre vie. [Le poème a certainement reçu plusieurs retouches, 39, 13-18 ; 40. lo — 41, 26J. Le livre semble trahir une influence égyptienne [Behemoth: Léviathan; forme dialoguée, d'après Gunkef, 26].

Le texte massorétique doit être corrigé par un fréquent recours aux Septante. Le poème est nuancé daramaïsmes. « La richesse et la diversité des images donnent au style de Job un éclat et un attrait exceptionnels. La concision du langage mérite d'être signalée: l'auteur sait en quelques mots exprimer une pensée ou tracer un tableau » [Gautier, 11. 160].

Cf. Loisy. Le livre de Job. Paris. 1892; Budde. DasBuch Hiob.,

* Comparer II. Sariiuel, 24. 15, Les Chroniques écrivent Satan, où II Samuel écrit Tahvé : Vauteur des Chroniques ne peut pas admettre que la peste vienne de Dieu Xf. Isale. 6, 9-10; Ezéchiel, 14. 13-21\

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qu'un (Hre néiasle y contrario son action? Voici paraître le Satan, incarnation du mal, créature révoltée de lahvé, qui poussait jadis à la révolte Eve et Adam î En même temps semblent, sinon apparaître, du moins se mulliplier les anges ou se préciser l'idée qu'on s'en forme ^ De tout temps, les Juifs admettaient l'existence d'êtres surhumains qui habitaient au ciel, et qui descendaient sur terre annoncer les volontés ou exécuter les ordres de lahvé. Mais cette croyance n'avait pas pris beaucoup de relief dans les temps qui précèdent lexil. Il n'en est plus de même aujourdhui. C'est un ange qui transmet, un ange qui explique àEzéchiel et à Zacharie les volontés de Dieu : l'ange est le « fds de Dieu » d'autrefois, investi de fonctions nouvelles. Dans la perte définitive de leur liberté, on l'a vu, les Juifs prennent un senti-

1896 [admet Tauthenticité d'Elihu]; J. Royer. Die Eschatologie des Bûches Job..., Fribourg, 1901 : K. Kaiitzsch. Das sogeiiannte Volksbuch von Hiob., Tûbingen, 1900 [admet l'homogénéité du livre]; Delitzsch. Das Bach Hiob., Leipzig, 1905; Van lloonaker. Une question touchant la composition du livre de Job [R. Bibl.y 1903, 161] ; Ilontheim. Das Buch Job, Freiburg, 19Û4.

* Dans les vieuxrécits, lemotwaZ'aA- désigne souvent laforme sensible que prend Dieu dans une théophanie. Mais l'expression lahvé des armées semble impliquer l'existence d'esprits célestes [cf. supra p. 212. note]. — Sur l'Ange de lahvé, cf. un article de Lagrange : Revue Biblique, 1903, 212. — Sur l'angélologie juive, cf. l'article de Davidson dans le dictionnaire Hastings, un court article de Hackspill dans la Revue Biblique. 1902, 527 ; Kautzsch, loco citato, 643, 679. Les sept anges [Tobit, 12, ih] se rattachent à la tradition de Ezéchiel, 9 et de Exode, 25, comme ils annoncent les sept flambeaux de l'Apocalypse. Gunkel pense qu'ils ont été suggérés par les sept dieux-planètes (-?) de Babyione [op. laud., 41 : Cf. Hénoch, slav., 27, 3].

mcnllrès vif de leur faiblesse humaine : au tond de leur détresse, ils trouvent leur néant. S'ils se sentent perdus et petits, c'est que la grandeur de lahvé les oppresse : leur conscience creuse de plus en plus profondément l'abîme qui, de l'homme, sépare Dieu. Et de là, les cris désespérés des psaumes; et de là, la peur nouvelle qui saisit les croyants et qui les retient de prononcer le tétragramme sacré ; de là, enfui, le besoin de Dieu qui crie dans leurs âmes. Comment donc sortir de cette alternative d'épouvante? C'est de toute la hauteur de l'infini que Dieu s'élève au-dessus de l'homme; et pourtant, 1 homme renonce à vivre plutôt qu'à tendre vers Dieu ! Cette angoisse mêlée d'incompressible espérance répand de plus en plus l'idée que des êtres intermédiaires ont été crées par l'Éternel: sans se souiller par le contact du péclié, par eux l'Eternel parle à l'homme ; sans être accablé par son péché et enseveli dans son néant, par eux l'homme communique avec Dieu.

Il faut ajouter qu'à ce moment certaines idées apparaissent, encore confuses et complexes, mais qui sont appelées à un étrange avenir. La Sagesse parle dans les Proverbes : elle semble, d'abord, une simple abstraction de l'auteur; peu à peu, néanmoins, elle s'anime, elle prend un tel relief qu'elle paraît être, plus qu'une qualité divine, je ne sais quelle puissance de Dieu, distincte de lui. — Et tout de même, EzéchieP et

* 36, 27. Je mettrai au dedans de vous (Juifs) mon esprit, et je ferai que vous suivrez mes ordonnances ; — Isa'ie, 63, 10. Mais eux (Juifs) se révoltaient, ils affligeaient son esprit saint: —

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