‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 103 sur 113 · LES FINS DERNIÈRES · texte numérisé non relu

LES FINS DERNIÈRES

JoëP et le second et le troisième Isaïe parlent d'un Esprit mystérieux qui parait être de Dieu, tout en étant extérieur à lui : on croit entrevoir que cet Esprit est un principe de sainteté, de force et particulièrement de prophétie. Ce qui est sur, c'est que s'exaspère alors le sentiment de la transcendance de Dieu, et que par là s'épanouit la croyance aux médiateurs célestes.

La doctrine destins dernières se développe en Israël, semble-t-il, en même temps quela doctrine des anges. Les Juifs croient, comme tous les peuples du reste, que le corps n'est pas tout l'homme, et donc que son être ne périt pas tout à la mort ; ils croient, maintenant, que lahvé punit ceux qui violent sa Loi et récompense ceux qui lui sont Hdèles. Ils croient aussi que le jugement individuel n'est pas le seul qu'aient à redouter les hommes et qu'un jour le grand Jugement viendra, où sera organisé le nouvel Israël,

Isaie 44, 3. Je répandrai mon esprit sur ta postérité (de Jacob) et ma bénédiction sur tes descendants : — Ezéchiel, 39, 29. Et je ne leur cacherai plus ma face, parce que j'aurai répandu mon esprit sur la maison dTsraél. [Dans les textes Ez., 11, 19: 36, 26; Ps., 104, 30, le mot esprit na que le sens de principe vital dans rhomme. Mais les deux idées, sans doute, sont solidaires],

* 2, 29. « Et il arrivera après cela que je répandrai mon esprit sur toute chair: vos fds et vos filles prophétiseront... » — Joël est un prophète dont l'histoire est très obscure : il vivait peutêtre à l'époque perse. Le discours qu'il nous a laissé prend occasion d'une invasion de sauterelles pour inviter le peuple à la pénitence : à l'annonce du pardon divin, Joël entonne ensuite un hymne d'allégresse et chante les bénédictions qui précéderont le jour de l'Eternel et l'appel des nations : « Quiconque invoquera le nom de lahvé sera sauvé ». — Voir aussi Isaie, 11, 22 : Sur lui (le Messie) reposera l'esprit de lahvé, et Xombres. 11, 23 : 24. 2.

OÙ les nations seront domptées et converties, où les morts ressusciteront, où la justice et le droit prendront pour jamais possession du monde. L'eschatologie juive est tout entière pénétrée par lidéemorale^ A partir de la captivité, en raison de l'évolution individualiste commencée par Jérémie et dont les Psaumes marquent les progrès, lidée de l'immortalité individuelle- prend

* XoivPs., 37, 49,73.

' D'après Lods., La croyance à la vie future et le culte des morts dans Vantiquité israélite, 1906, 2 volumes, Paris, les Israélites auraient cru, alors, que le souffle de vie est un principe impersonnel, commun à tous les êtres, tout en n'admettant pas que la mort fat suivie dun anéantissement complet. Voir Ps., 104. 29: 146, 4 : Job. ,3^, 14. Lagrange conteste absolument cette thèse, avec raison semble-t-il. — On croit toujours que l'âme, ou souille de vie, réside spécialement dans le sang, et que les animaux, comme les choses, ont une âme.

Lidée de vie et l'idée de mort n'ont, chez les Juifs, qu'un contenu purement expérimental : ils partent de la personne, une dans ses deux parties, corps et âme (voir supra les deux noms, les deux aspects de l'âme, 197. n.] ; la vie résulte de la communication, la mort du retrait par Dieu de l'esprit de vie ; la mort, du reste, n'est pas l'anéantissement : c'est une vie très atténuée, silencieuse, oublieuse, la même pour les bons et les mauvais, loin de Dieu et loin des hommes, au fond du S/ieo^ [étymologie inconnue] [Job, 7, 9 ; 14, 12 : Is. 38, 18].

Cette eschatologie individuelle primitive se transforme au temps des Psaumes : on croit désormais que la vie future de l'impie diffère de la vie future du juste. Le juste sera éternellement avec lahvé : la vie morale et sainte apporte à qui la pratique la vie éternelle ; lahvé est le Dieu des vivants, non des 7norts. Dieu, c'est la vie.

(Aux méchants...)

Le Shéol sera leur demeure.

Mais Dieu me rachètera de la main du Shéol,

car il me prendra [4945-16. Voir aussi 11,7 :17, 15:73,23-28].

Cette croyance, cette foi est aussi affirmative en son objet qu'elle est obscure en ses développements : au fond, elle ne veut

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