‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 109 sur 113 · LES POINTS DE CONTACT · texte numérisé non relu

LES POINTS DE CONTACT

apparaît partout la physionomie des corps sacerdotaux, interprètes des révélations divines ^

Transcendantalisnie, historicisnie : ces deux traits caractérisent la religion juive; elle conçoit lahvé, à la fois, comme très haut et très près de Ihomme; selon la foi juive l'Absolu agit dans VHisloire.

îahvé est unique. Soit que les Juifs aient inventé le monothéisme, soit qu'ils l'aient seuls conservé alors que les autres Sémites le laissaient perdre, ils adorent en El, puis en Iahvé, le Dieu suprême, El Eliyon, le Dieu maître de tous les dieux, Dieu. — Iahvé est le Dieu de la justice, de la pureté, de la sainteté; il exige de ses adorateurs la pratique de toutes les vertus, l'obéissance à sa Loi. — Iahvé est extérieur et transcendant au monde ; lors même qu'il parle dans l'orage et dans la nuée, il est distinct de la nuée et de l'orage; il habite par delà les cieux. — Un fait exprime ces caractères du monothéisme hébreu et manifeste combien, au regard des Juifs, l'idée du divin est unie à l'idée morale et chargée de l'idée d'Absolu : il n'y a pas une magie juive -, comme il y a une magie égyptienne et une

' Noterque les morts sont conçus un peu partout de semblable manière : ce sont des vivants atténués, et très misérables.

*« J'envoie chez vous des serpents, des aspics, contre lesquels il n'y a pas d'enchantements, ils vous mordront, dit Iahvé »

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magie ckaldéenne, tandis qu'il n y a pas toi dog)ne chaldéen et un dogme égyptien, comme il y a un dogme ^ juif; les Juifs ne croient pas qiiil y ait pour eux aucun moyen de contraindre lahvé à faire ce qu'ils veulent; ils croient quils ont le devoir de le servir par la vertu. 11 semble que, pour tous les Païens, hommes et dieux soient également nés du sein de la Nature ; et qu'avec un peu d'adresse ceux-là puissent annuler la supériorité native de ceux-ci. A l'illusion autonomiste des Païens, les Juifs opposent la conscience de la dépendance humaine. C'est la maîtrise de Dieu sur l'homme, c'est l'usurpation de l'homme sur Dieu qui se lisent, gravées en traits profonds, aux deux faces du diptyque antique.

lahvé agit dans l'histoire. Les Juifs croient que leur nation a été créée par lui au pied du Sinaï et qu'elle a

[Jércmie. 8, 11]. Les prophètes combatteiU la magie sans trêve : haïe, 2, 6 : Deut., 18, 11 ; Jérémie, 27, 9 : Michée, 5, 11 : Exode, 22, 18; Nombres, 24. 1. Soutenue par le paganisme ambiant, elle survivait toujours dans le peuple. II, Rois, 9, 22; II, C/ir., 33, 6.

Sur cette magie Israélite, combattue par le lahvéisme, cf. Davies. Magie. Divination and Demonolorjy among the Hebrews, 1897 et Blau. Das altjiidische Zaubenvesen, 1898. — Voir ce que dit Fustel de Coulanges : pour les Anciens « le mot religion ne signifiait pas ce qu il signifie pour nous: sous ce mot, nous entendons un corps de dogmes, une doctrine sur Dieu, un symbole de foi sur les mystères qui sont en nous et autour de nous; ce même mot, chez les Anciens, signifiait rites, cérémonies, actes de culte extérieur. La doctrine était peu de chose ; c'étaient les pratiques qui étaient Timportant : c'étaient elles qui étaient obligatoires et impérieuses »[Cite' antique, III, 8, p. 194-195. 17» éd.).

* Philon semble en avoir eu conscience. Voir le début du de Mundi opificio et la VitaMosis, II, n» 9, II, p. 141 (Mangey-Tauchnitz).

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été tuée par lui dans les ruines, de Jérusalem : il se servait ici fie Moïse et là de Xabouchodonosor ; il agissait également lors du passage de la Mer Rouge et lors de la déportation en Dabylonie. Et les Juifs croient encore que l'avenir de leur nation répondra à son passé ; le Dieu d'Abraham et de Moïse relèvera la hutte de David et les murailles de la ville sainte ; ccsl l'honneur de son nom qui l'exigé. Et les Juifs soupçonnent entin que Ihistoire de l'humanité est parallèle à l'histoire d'Israël : appelée par Dieu, Ihumanité s'est révoltée contre lui, les nations seront punies par lui et finalement se convertiront à lui. 11 arrive même que la perspective nationale et la perspective mondiale se confondent : le môme Serviteur de lahvé expie les péchés d'Israël et porte la lumière aux nations. — Vn fait exprime avec force ce caractère historique de la religion juive : aucun dieu païen n'a éveillé dans les dnies une foi aussi profonde, aussi ardente, aussi tenace que la foi suscitée par lahvé dans Vànie Juive ; 011 trouver ailleurs qu'en Israël cette lignée de Prophètes qui flagellent le peuple, flétrissent le présent, rappellent le passé, lisent dans l'avenir la conquête du monde ?Et je remarque combien les désastres de son histoire soulignent l'ampleur infinie de ses espérances : quel peuple fut jamais aussi foulé, démembré, lacéré que le peuple juif ^ ? Aujourd'hui les Païens sont maîtres; lahvé est maître de demain.

' En général, les progrès d'un dieu suivent les conquêtes de son peuple.

Et sans doute les religions païennes se rapprochent en certains points particuliers de la religion juive. Les idées qui caractérisent le monothéisme hébreu se retrouvent éparscs dans les religions égyptiennes ou sémitiques et dans les doctrines quinspirel'Orphisme : unité, sainteté, transcendance de Dieu, eschatologie, théorie de la sagesse, théorie dune faute originelle. Le fait est certain. Ce qui est aussi sur, c'est que ces hautes idées voisinent ici et là avec des obscénités ou des inepties, qu'elles ne sont jamais parvenues à se dégager de cette gangue ou de cette fange, et que l'histoire juive atteste, au contraire, un progrès doctrinal nettement marqué. Ici, agitation trouble ; là, marclie sùreK Lors même qu'elle emprunte, lame juive transforme profondément ses emprunts. Le rapport des religions païennes et juive jusqu'au temps d'Alexandre se détinit d'un mot : divergence.

* Noter qiip, de la crise cananéenne [lahvé sera-t-il conçu comm? Baal], lahvé, grâce aux Prophètes, est sorti vainqueur. Quel est le dieu païen qui n'en représente pas plusieurs autres?

PnÉFACE

Introduction a l'histoire du « Passé chrétien •■

bibliogrvphie (jénérale 1

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