LA VIE DES MORT
daieiit à « rouverture de la bouche et des yeux w : le mort pourrait jouir ainsi des offrandes qui lui seraient faites, et d'abord du repas rituel qui terminait la cérémonie. — Il fallait, pour que ces précautions ne fussent pas vaines, que la momie fût en sûreté dans le tombeau : ce devait être sa « demeure éternelle «. Un tombeau normal était solide, bien meublé, et cachait bien son mort : il défiait les injures du temps et les coups de sape des voleurs ^ Derrière une chambre antérieure, où se dressait la table d'offrandes, s'allongeait un long couloir dont on dissimulait soigneusement l'entrée : il menait à la chambre du sarcophage. On garnissait le tout de meubles usuels ; on portait aux iours de fête les offrandes consacrées. Mais la momie pouvait disparaître ! En vue de cette éventualité terrible, on poussait ki précaution jusqu'à garnir de statues très ressemblantes- un petit réduit distinct de la chambre du sarcophage, et qui communiquait avec la chambre
' A l'origine, ce sont les fils [voir l'inscription de Ekhnoum- Hotep. Amélineau : Ev. Idées morales, 132-135] et les oncles qui prennent soin des tombeaux. Peu à peu, ils se déchargent de ce soin sur des serfs ou des parents ; souvent, les grands personnages suivent l'exemple des rois et. par une fondation perpétuelle, assurent le service de leur tombe. La tombe de Mereruka était desservie par 47 prêtres. Les petites gens veulent suivre l'exemple des grands; ils ne le peuvent guère. Alors le roi leur vient en aide. — On comprend que, malgré ces efforts, les tombes étaient à la longue délaissées, même les tombes rovales [Erman, 123-127].
- Le mort doit soigneusement se rappeler qui il esL et éviter les serpents [Erman, 100-101]. — Sur les tombes anciennes, cf. Erman, ll.o, sq.
34 LES RELIC.IOXS ÉGYPTIENNES
anlérieure. — Ainsi survit lame. Son plus ancien nom esl Ka, le double ; elle est connue comme le double du corps, ou comme son ombre, Khaibit : c'est un corps fluide, aérien, qui se moule exactement sur le corps matériel et le reproduit. Le double a besoin d'aliments pour vivre ; sa misère est parfois telle qu'il en est réduit à manger ses excréments ; alors, il sort du tombeaux, il rôde, c'est un spectre : mallieur à qui le rencontre ! Le double a besoin de protection : il y a des dieux mauvais, les dieux morts,, qui le peuvent anéantir ; mais de bonnes formules magiques ont le pouvoir de le sauver. Du reste, la vie des doubles est fort triste : le pays où ils liabitent est situé à l'ouest, en plein désert libyque ; il n'y a pas d'eau ^
Dieux animaux, dieux humains, dieux des morts, quels rapports unissent ces trois groupes? Il semble qu'ils tendent, sinon à se confondre, du moins à s'orQ:aniser et à se hiérarchiser. Et cette tendance est le quatrième élément que Ton distingue dans les plus anciennes religions de l'Egypte. On a dit de quelle manière fusionnent les dieux animaux et les dieux humains ; la théorie du Ka, la stricte solidarité
* Sur la primitive religion funéraire, cf. Erman, p. 13, sq : elle est plus hétérogène encore, senible-t-il, que la religion des dieux du ciel. Le dieu chacal, Anubis, est devenu de bonne heure, et naturellement, un dieu des morts ; il préside bientôt à l'embaumement. Les deux dieux Wep-wawet sont les guides qui montrent le chemin aux âmes dans le sombre royaume. Dans les environs de Memphis, le grand dieu des morts est Sokaris, à la tête d'épervier : son fameux sanctuaire de Ro-Setau est une porte des enfers.