‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 21 sur 113 · LES TRIADES LOCALES · texte numérisé non relu

LES TRIADES LOCALES

constituées par divers dieux adorés à lintéiieur dun même nome ; parfois aussi, ce sont des dieux voisins qui s'unissent. Le mariage dOsiris, dieu de Mendès, avec la déesse de Bouto, Isis, na sans doute pas dautre cause que la proximité de Mendès et de Bouto.

On conçoit entin, si telle est la nature des cultes et des dieux locaux, que l'unification politique de l'Egypte nait pas pu s'accomplir sans favoriser le mouvement d'organisation théologique . L'œuvre politique de Mènes et des deux premières dynasties thinites a dû entraîner des conséquences religieuses. D'autant que le roi, dès cette époque sans doute, était adoré comme un dieu^ : on l'identifiait avec Horus ; il prenait un

autres, et autonome. Parfois le dieu protecteur du nome s'éclipse devant un autre : dans le nome thinite, c'est ainsi que Anher cède la place à Osiris ; Apuat dieu de Siout disparaît devant Anubis. Parfois, des émigrants ou des conquérants font déborder le culte du nome en dehors de son domaine primitif : il y a lutte entre le nouvel arrivé et l'ancien possesseur : le vainqueur s'adjoint souvent le nom. les titres, la nature du vaincu. Ce qui explique la complexité de chaque physionomie divine : on y retrouve superposés les visages de multiples dieux. Ce qui explique encore que des dieux homonymes ne soient pas identiques [Horus dEdfou est différent de Horus de Letopolis ou de Horus le fils d'isis] : ce ne sont pas les mêmes dieux qui se sont successivement logés dans le même nom. — [D'après Amelineau : Ev. idée mor., les triades dateraient de la xvni* dynastie.]

• Le roi tout entier est dieu, corps, âme et nom. H est, physiquement, fils de Rà. C'est pourquoi il ne peut se marier qu'avec une fille de Rà, déesse par nature : il épouse donc sa sœur. Sur la divinité des rois, cf. le livre sacré intitulé la Pupille du Monde: Maspéro, I, 257-263. Noter pourtant que le roi est dit « dieu bon », non « dieu grand » comme les autres dieux : en outre, il n'est pas, au début du moins, formellement adoré, dans un

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nom dTIorus, que nous lisons encore sur les inscriptions ; il devait imposer partout, avec le respect de ses ordres, l'adoration de sa divinité. Et sans doute le dieu patron do sa vilh^ béiiéficiait-il de son ])restig'e. Les cultes locaux s'atténuent quelque peu. Un monothéisme mi-politique mi-religieux va apparaître.

Ce sont les prêtres de lantique métropole d'Onou (lléliopolis) qui constituent ce monothéisme. Beaucoup, sans doute, ont entrepris une œuvre analogue. Mais, dès le temps de Snoiroui et de Khoufoui, dès le temps des Pyramides S la théologie héliopolitaine l'emporte sur ses rivales : elle donne au dieu soleil, — le dieu local d'Onou — la première place dans le panthéon 011 elle introduit les dieux des clans voisins. « Au début Rà (le Soleil) était sorti des eaux ])rimitives, du Nou, dans lequel il reposait inerte de toute éternité ; et, par sa seule énergie, il avait tiré de lui-

tomplc, par dos prêtres [Ermaii, 39|. — Sur le caractère sacerdotal des rois, voir infra p. 5:2-53.

^ Au plus tard vers l'an 4000.

- Son orjf^ine est évidemment beaucoup plus ancienne cl date de l'hégémonie d'Onou, antérieurement h Menés. — Les pharaons de la cinquième dynastie semblent avoir beaucoup favorisé le culte de Rà : ils disaient descendre d'un de ses prêtres: ils lui construisirent un tcm|)le fameu.x, à Ilélio|)olis. d'une forme particulière : au fond d'une cour spacieuse, sur un socle pyramidal, s'élevait un obélis(nie rpi'on tenait pour le siège du dieu: devant l'obélisque, le grand autel [lîlrman, p. 45J.

TFIÉOLOGIE d'ONOU : RA 39

même un couple divin, Shou et Tafnouit, les maîtres de laurore et du crépuscule, de l'atmosphère et de la pluie. Shou et Tafnouit avaient engendré Sibou- Gabou, le dieu-terre, et Nouit,. la déesse-ciel, ou plutôt Shou, se glissant entre ces deux êtres qui étaient endormis dans les bras lun de Tautre, les avait séparés pour former de Gabou la terre, de Xouït le ciel. Gabou et Xouït avaient eu pour enfants Osiris et Typhon, Isis et Nephthys qui avaient introduit dans le monde la civilisation, la mort et la résurrection. Cette première Ennéade, la grande, avait été complétée par deux Ennéades moindres, dont la seconde, commençant avec Horus, fils disis, comprenait les dieux civilisateurs et vivitlcateurs, Thot, Anubis. Hathor, et ainsi de suite, tandis que la troisième se composait des dieux de la mort et des mânes ^ »

Le plus souvent, les diverses villes adoptent le nouveau système ; elles se contentent de donner à leur patron la place deRà. C'est ainsi qu'Anhouri dirige l'Ennéade de Thinis, Minou celle de Coptos, Haror-ris celle dEdfou, Sobkou celle dOmbos. Phtah celle de Memphis, Isis celle de Bouto, Hathor celle de Denderah, Xit celle de Sais. Seuls, les théologiens dHermopohs montrèrent quelque originalité dinvention. Leur patron Thot, dieu lunaire à l'origine, était un sorcier aussi puissant que bienfaisant : il prit la direction de lEnnéade; ses quatre assesseurs primitifs se dédoublèrent

' Maspéro. Petite i//5/()//'e. 40,

en mâles et femelles afin que le nombre sacré fût atteint ; ils perdirent même leur physionomie distincte au point qu'on les appela les Huit, Khmounoii ; l'ancienne « demeure des Cinq » devint « la ville des Huit )) ; l'Ennéade d'Hermopolis se composa bientôt de deux seuls termes, Thot et « le dieu Huit » (Khomninou)*.

Mais, quelle qu'en fût la composition interne, les Ennéades divines n'avaientjamais cessé de s'occuper de riiomme. L'homme avait surgi de Xou au même instant que Rà et de la même manière. Comme il ne savait parler, les dieux firent son éducation et le gouvernèrent tour à tour, durant plusieurs milliers d'années. Celait Y-A^Q d'or; Râ et ses successeurs faisaient

^ Noter que, dans les mythes cosmogoniqiies cl'lléliopolis. la création (Xdnyeir actes divins; clans les mythes d'Hermopolis, elle résulte ù.Gparoles divines, magiques ;et beaucoup d'autres mythes sont conçus d'après ce dernier modèle. Lu fait s'explique par les croyances égyptiennes relatives au nom. Cf. infra. p. G2-63 n. Les principaux dieu.x créateurs sont, outre Thot, Phtah et Chnum [lirman. 19-20; Wiedeniann, Relic/ion of Egypl., Dict. de Hastings : Extra Volume. 181. S"y reporter |)our les questions cosmogoniques]. — Le poj)ulaire voit dans le ciel le ventre d'une vache, debout sur la terre, — ou la poitrine et le ventre d'une femme qui se soutient au-dessus de la terre par les mains et les })ieds, — ou, plus souvent, une mer sur laquelle naviguent les étoiles, dans des bateaux : le ciel re])Ose sur quatre piliers, quatre montagnes. Si, pour rEgy|)tien, le ciel est féminin (pel), la terre est masculine (/o) ; il voit en elle le dos d'un homme que couvrent les plantes. Le soleil est l'enfant qui, chaque matin, s'échappe du sein maternel de la déesse-ciel et meurt chaque soir; ou bien, c'est l'œil droit d'un dieu, dont la lune est l'œil gauche ; ou bien, il navigue avec la lune et les étoiles sur la mer du ciel [Erman. Die iu/yptisdie Religion, Berlin, 1U05, 5-7].

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