‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 22 sur 113 · CREATION, REVOLTE DE L HUMANITÉ · texte numérisé non relu

CREATION, REVOLTE DE L HUMANITÉ

régner la paix et l'abondance. Pourtant l'homme oublia ce qu'il leur devait; il se révolta contre eux; et les dieux, sur le conseil attristé de Pià, se vengèrent durement. Tafnouit, la déesse à mufle de lionne, massacra les coupables « et baigna ses pieds dans leur sang, plusieurs nuits durant, jusqu'à la ville de Khninsou. » ; Pià, apaisé, arrêta le carnage. Mais, dégoûté de la terre, il s'envola au ciel. Son iils Shou prit sa place ; et trois dynasties de dieux se succédèrent depuis lors jusqu'au temps de Menés ^

La théologie de Pvà est une intéressante fantaisie : il ne semble pas qu'elle ait eu beaucoup de succès ailleurs que dans les cercles officiels. rVu contraire, on peut croire que la doctrine d'Osiris exerça une vive influence sur les âmes.

A l'origine, Osiris était le patron de Mendès, dans le delta. C'était un dieu bienfaisant, qui personnifiait le Xil, ou la terre fécondée par l'inondation du Nil-. Il était entré de bonne heure en relations avec les dieux voisins, Isis la patronne de Bouto, Sit le dieu du désert. La terre de Bouto était aussi grasse et féconde que la terre de Mendès. L'aridité du désert, tout

* L'eschatologie égyptienne est dominée, semble-t-il, non par l'idée d'une conflagration universelle, mais peut-être par l'idée d'un déluge [Lipsius. Denkmiilev, YI, 118: Naville. Proceedings S. B. A., l9Ûi, XXYI, nos 6 et 7, et T. S. B. A. IV, 1: YIII, 412. — Pour plus de détails, cf. WMedemann. Loco cilato, 182].

- Dieu de la végétation et dieu du Nil, telle est peut-être la physionomie primitive d'Osiris. — Sur les origines de l'Osirisme, cf.'Erman, 99.

proche, contrastait avec la richesse de ces nomes. A la longue, Osiris épousa Isis, et Sit apparut son ennemi. Osiris entra dans la grande Ennéadc héliopolitaine, il régna en Egypte en compagnie de ses autres confrères. Même, on racontait qu'il avait connu l'infortune. Son frère Sit-Typhon, le maudit, lui fit la guerre et parvint à l'enfermer dans un cercueil, qu'il expédia à Byblos : Isis, impuissante, accouchait d'IIorus. Sitôt ses relevailles, elle se met en quéle de son époux, le retrouve et le cache. Mais Sit accourt, qui le retrouve aussi, et, furieux, le tue et le lacère. Il faut dire que Sit n'avait pu avoir d'enfants de Nephthys sa femme, et quOsiris n'avait pas résisté aux prières de celle-ci : il avait consenti à la rendre mère. Isis se lamente sur son veuvage, appelle à l'aide Horus, son fils, et le dieu des morts Anubis : elle parvient cà rassembler et à ranimer les membres du cadavre; Horus attaque Sit; et, après quatre cents ans de guerre, il le contraint à lui céder une moitié de TÉgypte, cependant qu'Osiris ressuscité devient le modèle que les dieux mêmes cherchent à reproduire.

Sa bonté, ses luttes, sa défaite passagère, sa résurrection victorieuse rappelaient singulièrement aux Egyptiens l'histoire de Râ, ses luttes contre Apophis, sa mort et sa résurrection quotidiennes : ils identifièrent bientôt Osiris et Ra. Et la lutte que le dieu soutenait contre son ennemi, comme elle symbolisait la vie divine, symbolisait aussi la vie humaine. Celle-ci n'était pas confinée sur la terre, elle ne se déroulait pas tout

THEOLOGIE D ARYDOS : OSIRI> 43

entière au cours d'une seule existence : au moment de la naissance, Tàme a déjà vécu; après la mort, elle doit vivre encore. Tel, le soleil, après quil a disparu, doit rej>araitre le lendemain dans sa gloire. Chaque vie d'homme répond à une journée du Soleil : la naissance de l'homme, c'est le lever, sa mort, le coucher de lastre; une fois mort, l'homme est identifié avec Osiris, comme Rà lui-même, et s'enfonce dans la nuit ; mais il renaîtra, comme Rà, un autre jour.

On le voit : Osiris est désormais en contact avec la religion funéraire. Et c'est de là que lui vient sa puissance. Peu à peu, on ne sait comment, il attire toute cette religion à lui ; il absorhe en lui les autres dieux (les morts ; il devient le roi de l'autre monde, le protecteur et le sauveur des âmes. La stèle qui se dresse au fond de la chambre funéraire est le plus souvent dédiée au Dieu grand, c'est-à-dire Osiris.

Et cette évolution, aussi certaine à son point d'arrivée que le cours en est mystérieux, est en rapports, selon toutes les vraisemblances, avec deux faits : la transformation des théories deTàme, l'avènement d'une ville sainte.

L'àme n'apparaît plus seulement comme un double, une image très exacte du corps ; elle n'est plus enfermée dans un tombeau souterrain. Elle est imaginée sous la forme d'un oiseau, haï, ou dune flamme lumineuse, Khou. A la mort, le haï sort du tombeau ; il y peut y rester, mais il en peut sortir. Le Khou, « instruit ici-bas de toute satresse humaine et muni de tous les

talismans nécessaires pour surmonter les périls surnaturels, abandonne noire monde afin de n"y plus revenir et se joint au cortège des dieux de lumière. Ces diverses définitions sont contradictoires et elles auraient dû se détruire Tune l'autre ; mais les Égyptiens, à mesure qu'ils modifiaient leur àme, ne surent pas « se débarrasser^ » de leurs anciennes théories. ^— La doctrine de la destinée de l'âme se transforma naturellement à son tour: elle vivait après la mort dans un monde nouveau ; ses vertus décidaient de son sort. Devant Osiris et ses quarante-deux assesseurs, elle comparaissait solitaire ; et sa conscience — les Egyptiens disaient : son cœur — témoignait pour ou contre elle. Lïime impie tombait dans Tenfer; après daffreux supplices elle subissait l'anéantissement total. L'âme juste était confirmée dans sa science et sa vertu ; elle pouvait s'incarner à son caprice dans l'un des animaux divins, phénix arabique ou épervier d'or; mais il fallait qu'elle s'identifiât à Osiris pour triompher des dieux perfides qui l'attendaient au passage. Lorsqu'elle avait ainsi déjoué leurs manœuvres, elle parvenait aux champs d'Ialou, où, mêlée à la troupe des dieux, elle marchait à leur suite dans l'adoration de Râ -.

* Maspéro : Etudes égypliennes, 1, 491-192 [petite Histoire, 44].

* C'est la doctrine osiiienne qui a, la première en Egypte, seml)le-t-il, associé l'idée de vie future à l'idée de moralité. « Le Livre des Morts, dont chaque momie portait un exemplaire plus ou moins complet, était un recueil de prières à l'usage de l'autre; monde» [Maspéro : petite Histoire, 40 1. Les i)rincipales recensions qu'on en connaît sont celles des pyramides de Saqqarah [vi'dynj,

Page 1