L IDEE DE SAINTETE
qu'il a très vite évolué et s'est profondément transformé sous l'influence de l'idée morale. On mettra donc en rapport l'idée de paternité divine que Ton constate fréquemment parmi eux avec ce sentiment si remarquable de la grandeur de Dieu qu'atteste l'histoire de El S sinon de Baal.
Comme l'idée de père, les Sémites attachent à Dieu l'idée de saint-. Chez les Babyloniens, sainteté équivaut à pureté : « le mot quddsu^ saint, se rencontre comme adjectif équivalent àe^/?^ « clair, pur, brillant», soit dans la nature, soit selon le rituel. Ebbic, synouyme d'ellic a le même sens-^ ». — Les Cananéens, les Araméens et les Arabes ont des idées un peu différentes : à leurs yeux la sainteté est une restriction du droit de l'homme au libre usage de toutes choses; le saint est le défendu, le réservé, le sacré, Haram ; c'est tout ce qui touche au dieu de si près, de si intime et mystérieuse manière qu'il est impie et dangereuxdy porter lamain ; c'est donc ce qui est, quant à l'essence, séparé du monde. « Saint, Saint, Saint est lahvé des armées '' », parce qu'il est radicalement distinct du monde en raison de son absolue perfection, parce qu'il est absolument trans-
' Lac^range, op. laud., 70-83.
* Robertson Smith. Rel. Sera., 4i6. — D"après Clermonl-Ganneaii [Etudes d'Arcli. Or., II. 1896, 104], l'épithète ayio;, extrêmement rare dans Ihellénisme païen, trahit presque toujours une influence sémitique. Cf. quelques autres textes recueillis par Cumont. Relig. orientales, 289, note 45.
^ Lagrange, op. laud., 141-142.
* Isa'ie, 6: cf. Ezéchiel, 1.
cendant au monde quant à sa nature. 1\)ut ce qui, par destination spéciale, participe à la nature du dieu, est saint comme lui, séparé comme lui, intangible et infranchissable comme lui. Tout ce qui ne participe pas à cette nature doit se tenir à distance de lui et de ce qui est à lui. Prostitués et prostituées sont des saints et des saintes, qedeschini et qedeschol, parce que consacrés au dieu et, en quelque mesure, consubstanticls à lui. De cette notion complexe dérive Tidée de l'impur, sans qu'on puisse, de celle-ci, faire sortir celle-là. Le cadavre est impur; à certains moments, la femme est impure; ni le cadavre, ni la femme nont jamais été réputés saints. L'idée d'impur découle de certaines expériences et de certaines impressions qu'il n'est pas malaisé d'imaginer. L'idée de saint dérive directement de l'idée de dieu, dieu étant conçu, soit comme le maître des choses auxquelles on ne peut toucher sans avoir obtenu son consentement, soit comme l'inlinie pureté et la clarté inlînie^
Chez certains dieux chaldéens, le caractère de sainteté devient particulièrement éclatant. Le dieu du soleil, Samas, est par excellence « le dieu transcendant,
' La^rango, op. laud., ^i0-lu7. — 11 ne semble pus que la notion babylonienne de sainteté soit très semblable à lidée des Cananéens, des Aramécns ou des Arabes. On a pu soutenir que la distinction entre les viandes j)uies et impur-es était inconnue à Babylone : on n'y a pas d'exemple d'imj)uieté relative aux femmes. Peut-être l'idée de saint a-t-elle été influencée par les théologies astrales. — Selon beaueouj) de savants | Smend. sinon Smith], saint et impur ne sont j)rimitivement qu'une même idée.