SAMA
trônant au ciel, qui entre tous est une divinité morale : il est lejuge du monde céleste et terrestre, car sa lumière dissipe les ténèbres depuis le haut des cieux jusquaux profondeurs les plus inaccessibles de la terre. Il est« le grand juge des dieux, le juge du ciel et de la terre ». Et il règne avec justice dans son tribunal. 11 est naturellement l'ennemi de tout ce qui cherche la nuit et l'obscurité. Ses deux enfants, Kcttu et Mesaru, personnitîent la justice et le droit. Faire le mal, c'est « franchir la frontière de Samas ». Les criminels, voleurs et brigands tremblent devant lui. Le mensonge s'évanouit, les fantômes, magiciens et démons sont chassés par sa lumière éclatante... Il est encore le dieu protecteur des faibles et des opprimés. Il peut délivrer les prisonniers, rendre la santé aux malades; aussi est-il exalté comme « celui qui fait vivre les morts ». Dieu secourable, il passe pour aider le voyageur dans les chemins difficiles. Dans la fable du serpent et de l'aigle, le serpent cherchant assistance et protection contre l'aigle se tourne vers Samas. Tous ces traits réunis montrent combien la conception morale de l'activité du dieu solaire était profondément enracinée^ ; combien l'idée
' Jeremias, op. laucL, 137. — Cf. le Code de Hammourabi passim : notamment V, 15-24, p. 22. Quand Marduk. pour gouverner les hommes, l'univers pour conduire et enseigner, m'eut investi. — Droit et Justice dans la contrée, j'instituai... »
Ainsi commence à peu près le Code : et voici comment il se termine : « Décrets d'équité que Hammourabi, roi vaillant, a établis,... moi-même!... Les grands dieux m'ont élu. moi-même, pasteur sauveur, dont le sceptre est droit:... sur mon sein la gent de Sumer et d'Accad j'ai serré; dans ma sagesse je les ai
88 LES RELIGIONS SEMITIQUES
morale, parfois, s'associait étroitement à Tidée du divin. « Puisses-tu avoir devant ton dieu un coeur pur,
abrités ; afin que le fort le faible n'opprime pas, l'orphelin et la veuve pour conseiller,... pour la reddition de la justice du pays, les sentences dans le pays pour formuler, et pour l'édification du faible, mes volontés les plus chères sur ma stèle j'ai écrites, devant mon image de roi de justice je les ai placées, roi pacifique, roi de la ville capitale, le très grand, moi-même!... Par ordre de Samas, le grand juge des cieux et terre, que justice dans la contrée resplendisse !.., L'opprimé qui a un litige, devant mon image de roi de justice, qu'il vienne! et ma stèle écrite, qu'il lise 1 mes ordres précieux, qu'il écoute ! que ma stèle, l'affaire lui éclaircisse î sa cause, qu'il comprenne ! que son cœur se dilate en disant : Hammourabi, c'est un maître qui, comme un père, un vrai parent, pour ses sujets se montre ! la volonté de Mardouk son seigneur, il a fait craindre : la gloire de Mardouk en haut et en bas, il a poursuivie ! le cœur de Mardouk, son seigneur, il a délecté ! et le bien-être des hommes pour jamais, il a procuré! et la contrée, il a bien gouvernée !... Hammourabi^ roi de justice, à qui Samas la rectitude a octroyée, moi-même ! mes volontés sont nobles! » [trad. Scheil, 117-123, op. laud.\. Puis vient une longue malédiction contre celui qui oserait les enfreindre : « fùt-il roi, seigneur, patési, ou personnage de grand renom, que El, le grand, le père des dieux, qui a décrété mon règne, la splendeur de la royauté lui retire ! » [p. 124].
Ce droit « est celui d'une société déjà vieillie, où le pouvoir central a brisé depuis longtemps toute velléité d'indépendance féodale, où les conventions écrites... règlent les plus menues transactions... Le régime démocratique a prévalu, sous un maître tout-puissant... La constitution de la famille repose presque sur la monogamie... ; la polygamie n'intervient que si la première épouse n'a pas d'enfants... Il n'existe peut-être pas dans toute l'antiquité, sauf en Egypte, un droit aussi favorable à la femme... Le père... n'a pas sa femme m manu. Son pouvoir sur ses enfants est aussi beaucoup moindre qu'à Rome... Ce droit se présente à nous comme un vigoureux effort de la raison pour réaliser la justice » [Lagrange. Mélh. hist., IGO].
Je rappelle que le Code de Hammourabi, découvert en décembre l'JOl-janvier 1902, à Suse, sur un cylindre de diorite haut de 2"',2o, et dont la circonférence mesure 1",90 à la base et l'»,Gd au sommet, comptait 282 articles environ dont il nous
l'idée de péché 89
c'est là ce qui convient à la divinité^ », lit-on dans une prière assyrienne.
On ne sétonnera pas, dès lors, que l'idée de péché soit très vivante en Babylonie : plus saint l'homme conçoit Dieu, plus coupable il se sent soi-même. Les psaumes de la pénitence sont des incantations émouvantes où Ihomme invoque Dieu « comme une flûte, comme une colombe, comme les roseaux gémissants, comme une vache sauvage ; les larmes sont sa nourriture, les pleurs sa boisson, aussi longtemps que la divinité est irritée, jusqu'à ce quentm elle lui dise : Paix à ton cœur. C'est dans ses rapports avec sa famille, dans les actes de la vie journalière, dans Tomission d'actes de bienfaisance ou de miséricorde, dans l'omission de cérémonies religieuses, que lorant recherche la cause de sa pei^ie, et c'est avec la plus profonde soumission qu'il présente sa prière; ses péchés sont nombreux et il y en a de cachés qu'il
manque 31. C'est le Code civil et criminel de la Chaldée vers lan 2050 avant Jésus-Christ : [il est certain que la plupart de ses dispositions sont beaucoup plus anciennes]. Aucun ordre systématique ; on y trouve : 1-4, peines contre les sorciers, les témoins corrompus, les juges prévaricateurs: 5-25, les voleurs : 26-41, condition des officiers et des serviteurs du roi : 42-67, condition des cultivateurs ichamps, vergersi: lOO-iU, condition des négociants (débits de boissons); 112-127, dettes et dépôts; 128-191, organisation de la famille (mariage, dot. succession, adoption) ; 192-214, coups et blessures : 213-240 situation des médecins, architectes et bateliers; 241-282, condition des travailleurs agricoles [Dareste. Nouvelle revue historique de droit, 1903, 1].
* K. 7897 [Beitrage zur Assvriologie. V, d"aprés Revue Biblique, 1906, 657].
ignore^ ». Il est juste d'ajouter que l'occasion de ces instantes prières nest jamais que la maladie, et que le pardon qu'on implore ne se distingue guère de la guérison. Les tendances morales de cette pensée religieuse n'en sont pas moins très remarquables- : est-ce que les psaumes hébreux ne sont pas, souvent aussi, en rapport avec une maladie du fidèle, ou avec un
' Jeremias, op. laucL, 151. — Cf. ZimniLM'ii. Babylonische Dusspsalmen, 1885: Dhorme. Choix de textes relifjietix assyro-babyloniens. Paris, 1906.
* D'après la léfjcndc clialdécnne [Gilf/amès. Xh tablette. — Smilh. The eleventh Tablet of Ihe Jzdubar Legend (Transactions of A. B. S. III, 534-507) ; Lenormanl. Origines de l'histoire, l (1880), 601; Jensen. Kosmologie der Dabylonier, 365: Maspéro- Histoire, I,5G6], un déluge est survenu 691.200 ans après la création du monde : « les honimes devenaient méchanis: ils perdaient l'habitude d'offrir des sacrifices aux dieux, et les dieux, indignés justement de cette négligence, résolurent de se venger. » Le roi de Shourippak, Ut-napishtim est sauvé seul, grâce à la protection d'Ea, le dieu des eaux, lequel Taverlit de se construire un navire et d'y embarquer avec lui « toute semence de vie ». Le déluge dure six jours et six nuits : le septième jour, le navire s'arrête sur le mont Nasir, et Ut-napishtim sort, offre un sacrifice aux dieux qui accourent, enchantés, « reniflant l'odeur excellente ». Ishtar surtout est heureuse que l'humanité n'ait pas |)éri toute: mais Bel est furieux contre Éa ; c'est Bel, l'auteur du déluge. Ea se défend : « Le pécheur, rends-le responsable de son péché ; le criminel, rends-le responsable de son crime,... mais ne retranche pas tout.... ne noie pas tout*. » A la fin, Bel se calme, et confère môme la nature divine au protégé de Ea. — « Par son fond, le mythe du déluge n'est pas sans ra|)port avec la cosmogonie; mais jusqu'à présent, on n'a pu donner de ce raj)port (jue des explications fort incertaines. Cf. Gunkel. Genesis^ 70 » [Luisy. Revue d'histoire et de fittcrati/rr rrlirjievscs, lilOi. 373. n.].
* Noior liiidividualismc des conceptions morales cl juridi(|ucs qui sexprimeiil \<\. Atiièiies n'y viendra que jicaucnup jilus lard.