LA IJTURGIE DE> VIVANT
des enceintes sacrées, des sacrifices pour les vivants et pour les morts. Son sacrifice est essentiellement une offrande qui procurera à l'homme la protection du dieu : le dieu est le maître des choses ; on lui fait sa part afin de pouvoir en paix jouir de tout le reste; la « consécration » de la victime est en réalité une « désécration )> de tout ce qui nest j)as elle. Les Arabes « sacrifient « les prémices des récoltes et le préciput du butin, afin de pouvoir, sans danger, jouir de tout le reste de leur récolte et de tout le reste de leur butin. Ils sacrifient aussi des victimes vivantes : comme ils sont unis entre eux par le lien du sang, comme aucune alliance n'est stable sans échange de ce sang qui est le principe de la vie, ils tâchent à s'unir au dieu par le lien du sang qu'ils répandent au pied de son autel, et par la manducation de la victime qui est sienne et qu'il est censé manger.
Les Phéniciens et autres Cananéens connaissent de même, et le sacrifice pacifique (huile, lait, céréales ?, vin parfumé), et le sacrifice sanglant (bo:^uf, veau, bélier, homme...). Tantôt tout est consummé ; tantôt le prêtre prélève sa part ; tantôt le prêtre et l'offrant
dans une caverne, tout au liaul de la colline ; le long du senlier qui y conduit, près de la caverne, salignaient des pierres ; non loin, des cercles de pierres s'arrondissaient, à liulérieur desquels pouvait s'étendre une personne, et parfois un groupe de trois ou quatre. Les fidèles venaient dormir là, près de la déesse, avec l'espoir d'en obtenir un songe qui guiderait leurs recherches dans les mines. (Plus lard, on construisit des édicules plus confortables pour les pieus dormeurs, contre l'enceinte sacrée : ou en a retrouvé les restes). Ils lui oll'raient, nou pas des holocaustes, mais le sang et la graisse des victimes dont ils mangeaient la plus grande partie. — Cf. Feirie : Besi^arches in Sinaï London, Murrav, 1906'. et Vincent : R. B. 19Û7. 138. — Sur les songes, cL Dhorrae. 119, 201, è.39.
98 Î^ES RELIGIONS SEMITIQUES
partagent av.^ ' le rli'^-i. L'offrant est tantôt un chef de famille et tantôt un clan tout entier. Il semble que certains sacrifices aient été offerts chaque jour, dautres tous les mois (peut-être sous l'influence de lEgypte), d'autres à perpétuité.
Les Chaldéens offrent indifféremment aux dieu.x — réserve faite du chien — tous les animaux (même le porc), et tous les produits agricoles qu'ils connaissent. La combustion et surtout la libation sont très fréquemment employées. La signification du sacriiice est, à la fois, plus manifeste chez eux et plus mystérieuse qu'ailleurs : c'est un repas offert aux dieux, et qu'on les invite expressément à manger ; c'est-à-dire, sans doute, que c'est une offrande symbolique qui prouve la bonne volonté de l'homme et contente le cœur du dieu^
* D'après Lagrange : op. Imid. 224, sq. — Cf. ce qirécrit Guyau : « On ne croit ])as en général que (les offrandes) répondent à un réel besoin des dieux; on pense qu'elles seront plutiM agréées par eux qu'acceptées avec avidité » [Irrélir/ion de l'avenir, 44].
R. Smith a exposé. — d'après la théorie catholique de l'Eucharistie, pense Fra/.er — une curieuse théorie du sacrifice. Le sacrifice est une communion : l'homme se considère comme le fils de son dieu, l'animal totem : il mange la chair, il boit le sang du totem afin de renouveler sa parenté substantielle avec lui. — Nulle part, chez les Sémites, — réserve faite des époques où le syncrétisme domine — on ne voit que hi victime soit regardée comme dieu. — (Smith fait valoir un récit de saint Nil, ])réfet du prétoire, à Gonstantinople. qui se relire au Sinaï vers 390 et meurt vers 430 : Nil raconte que les Arabes lient un chameau sur un autel de ])ierre, l'égorgent, boivent son sang, le lacèrent et le dévorent, entre le lever de l'étoile du malin et sa disparition devant réclal du jour).