BESOINS DES MORTS
l'àme, qui est dans le sang, sera à jamais fixée et ne sera pas un danger pour les hommes ; ainsi, le défunt pourra aisément recevoir de ses descendants les aliments qui lui sont nécessaires et qui ne peuvent lui parvenir que par 1 intermédiaire du tombeau ; ainsi, surtout, l'àme sera introduite,, par le corps et avec lui, dans les régions souterraines où elle doit désormais vivre. Autrement comment y aurait-elle accès ? Si elle n'y a pas accès, que deviendra-t-elle ? Seuls, les morts tombés sur le cliamp de bataille sont privilégiés : ils ont des lits pour se coucher et de leau pure pour se désaltérer.
Et que deviendra-t-elle encore, si on ne la nourrit pas ? De là, les offrandes que les parents vivants font aux parents morts. De là, la demande que Panammou adresse à ses héritiers : au moment du sacritice, quils fassent mémoire de son nom et prient Hadad de partager avec lui les aliments apportés.
Parfois d'autres croyances se font jour. L'àme du défunt doit être jugée, et jugée d'après ses mérites : (iilgamès est juge des. morts; certains noms propres expriment l'espérance de voir Samas, et d obtenir cette (( récompense » [Samas-lùmur; Lûmur-gimil-Samas] î Ce qui est plus fréquent, en Babylonie surtout, c'est l'idée de la résurrection. Un jour viendra où l'àme quittera le triste et sombre royaume de Xergal ! Le Chaldéen aime « à invoquer son dieu comme celui qui ressuscite les morts h).
' et. le mylliL" (.rishtar et de Tammouz. et. peut-être, laibie de
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Soil qu'il recoure à 1 exorciste, prêtre officiel, soit qu'il s'adresse au sorcier, prêtre proscrit, le Clialdéen croit de tout son cœur à l'efficacité de la magie ; il croit qu'il peut contraindre les puissances surnaturelles.
La magie que pratique le sorcier est certainement la plus ancienne ; son objet est d'enchaîner ces mille démons invisibles qui peuplent l'air et qu'on craint si fort. Ses procédés reposent surles deux principes qu'on a dits ^ : on emploie des talismans et des amulettes, on pratique l'envoûtement ; on recourt souvent aux rites de combustion et aux libations.
La magie officielle est née sans doute du désir de supplanter la sorcellerie : elle a exactement le même objet, elle use le plus souvent des mêmes procédés. Pourtant, la magie officielle est moins contraignante que sa rivale et son aînée : l'exorciste n'obtient la victoire qu'en recourant aux dieux ; c'est à sa prière qu'ils accordent le charme efficace. Ces dieux sont Samas ou Sin ou Ishtar ; ce sont, surtout, Ea, Mardouk et Gibil. Ea est le grand magicien qui sait tous les secrets; il les communique libéralement à son lils Mardouk- et le délègue à sa place; Gibil est le feu,
vie. — Sur tout ceci. cf. les lon,fj:s dévelo])pcmcnts de Lagrangc : op. laud. :>69-296.
* Voir supra p. 62.
- Parfois Nabou, le dieu de Borsippa proche Babylune, le dieu des prêtres et de l'écriture et des formules magiques, remplace Mardouk. Nabou rappelle assez bien Tégyptien Thot. — Dans le poème de la création. Mardouk use de formules magiques.
L APPORT DE- SUAIÉRIEAS 103
le destructeur des impuretés dangereuses qui recourt naïvement à Mardouk lorsqu'il est lui-même impuissant. Cette magie officielle est relativement récente : peutêtre ne remonte-t-elle pas plus liant que le temps de Gudéa ^ ou de Sargon. Ce qui est sur, c'est que les temples n'ont pas de rapport avec elle ; que nos textes des incantations sont assez modernes et qu'on y discerne, sans trop de peine, des hymnes liturgiques tout à l'ail indépendants des croyances et des conceptions magiques-.
Quel a été le développement de chacun des trois éléments qui constituent les religions sémitiques ? Quelle a été Tinfluence de chacun d'eux sur l'ensemhle de la vie religieuse, parmi les différents peuples, aux différentes époques de leur histoire .' Il est aujourd'hui impossible de répondre à ces questions. — Voici ce que l'on entrevoit de révolution religieuse des ChaldéoxVssyriens.
Il est])ossible, — certains savants disent : il est très vraisemblable — que les Chaldéens dérivent de deux peuples confondus l'un avec l'aulre : un peuple sémitique, un peuple non-sémitique qu'on appelle sinné-
' Vers 3000.
- Cf. Jeremias : op. laud. 161-162, làO-lbS; Fussey : La maf/ie assyrienne 1902: et Hastings, III, 208.
rien ^ La religion des Sumériens était caractérisée, peut-être, par limporlance des démons. On expliqueraitainsiquelesdémonssoient beaucoup plus nombreux et beaucoup plus influents chez les Babyloniens et les Assyriens que chez les autres Sémites. On expliquerait encore par là cette hostilité de lexorciste contre k sorcier, cette dualité de la tradition magique qui semble bien attestée.
Quel a été l'apport religieux des Sémites ? Les traditions monothéistes sont- elles leur fait; — et la conception du dieu local, appropriation du Dieu suprême; — et l'importance religieuse des astres, images des divers dieux locaux ? 11 n'est pas tout à lait impossible. L'hypothèse expliquerait avec quelque vraisemblance ce que nous croyons aujourd'hui savoir de El et de Baal ; elle rendrait assez bien compte de la suprématie que le Soleil et la Lune ont exercée en Chaldée sur les autres dieux et du crédit qu'y a toujours rencontré l'astrologie'-. (( La Lune note le temps, distingue les mois, conduit les années; la vie entière des cités et des hommes
' Sur la religion sumérienne, cf. Maspéro. I, 038. — Sur les Sumériens, cf. Woissbach : Die sumerisclie Frar/e, i89S: Delilzch : Die Entslehung der dlteslen Schriftsystems J 897-98 ; Lelimann : Hamassumukin, Kônifj von Babylonien 1892 : Maspéro : Histoire. I, 550. L'hypothèse sumérienne vise à expliquer l'origine de récriture cunéiforme, qui semble bien n'avoir pas été créée par des Sémites. Seul, Ilalévy leur en attribue l'invention.
- Elle constate l'ordre merveilleux du monde céleste et le met en rapport avec les événements de ce monde : ce sont les démons qui y introduisent le désordre. — Mais il est faux que la religion babylonienne ait eu dés l'abord un caractère sidéral [Jeremias, op. Unid., ■1:29].
LA THEOLOGIE D OUROCK 105
dépend de la régularité de ses mouvements : on fait d'elle, ou de l'esprit qui 1 anime, le père, et le roi des dieux ; mais elle obtient presque partout une suzeraineté de convention plutôt qu'une supériorité réell«^, et le Soleil, son vassal théorique, compte plus de lidèles que cette pâle et froide majesté. Les uns l'adorent sous son titre courant de Samas, les autres rappellent Mardouk, Xinib, Xergal, Doumouzi, pour ne citer que les plus connus de ses noms... (Un mouvement continu entraine les divinités) chaldéennes à muer peu à peu de nature et s'ensoleiller. Chacune d'elles fut d'abord un soleil complet...; elles perdirent ensuite ce caractère uniforme et s'en partagèrent les attributs^ ; )) mais leur physionomie solaire persista.
Une seconde période s'ouvre avec l'épanouissement de la théologie d'Ourouk- : la date en est récente, les caractères bien assurés. Les prêtres qui l'ont construite visent à organiser et hiérarchiser le panthéon national. A sa tète, ils placent Anou, Bel et Ea, puis une seconde triade, Sin, Samas et llamman (ou Ishtar) : Anou, Bel et Ea sont les dieux du ciel, de la terre et de
' Masperu : Histoire..., I, 646.
- Anou, le grand dieu suprême, était le dieu local d'Ourouk. — Cf. Maspéro, I, 649, sq. et Jeremias : op. laiul., 133, sq. — La théologie d'Ourouk est antérieure au temps de Gudea, de plusieurs siècles sans doute. — Anou, Bel, Ea, sont issus du couple Ansar (le ciel), et Kisar (la terre», qui sont les rejetons de Lahmou et Lahamou. couple produit par Apsou et Tiamat (l'eau douce et l'eau salée). La terre est considérée comme une montagne pointant vers le ciel, et qui repose sur Teau douce (du Tigre et de l'Euphratei.
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rOcéan qui entoure le monde; ce sont les personnifications des trois parties de la nature. Mais ils semblent participer à l'immobilité des choses éternelles ; ils agissent peu, et cest sur les dieux de la seconde triade quils se déchargent du soin de conduire les hommes. La lune (Sin), le soleil (Samas), la planète Vénus (Ishtar) jouent un rôle beaucoup pîus actif dans la vie religieuse, bien qu'on trouve la preuve de leur situation subordonnée « dans la régularité imjîlacable avec laquelle la lune agrandit et décroît son disque ou le soleil monte sur Ihorizon et en descend chaque jour»; on explique cette sujétion en faisant de Sin le fils de Bel, de Samas le lils de Sin, de Uamman le llls d'Anou. Ramman, sans doute identique à lladad, a remplacé Ishtar à une époque inconnue; Sin a décliné en même temps qu'Ourouk, sa patrie; seul Samas a grandi toujours, son caractère sidéral s'est accusé en même temps qu'il devenait une divinité morale'.
« 0 Soleil, au milieu du ciel quand tu te couches, puissent les verrous du ciel éclatant te saluer en paix, et la porte des cieux te bénir !
Puisse Misharou, ton serviteur bicn-ainié, guider droit
[ton chemin, pour qu'en Ebarra. le siège de ta domination, ta grandeur
[se lève, et que A, ton éijousc chérie, faccueille joyeusement !...
' Cf. supra, p. 86-87. — Noter encore que la i)lui)ai't des mythe: hahvloniens sont desnivlhes solaires.