‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 47 sur 113 · LA THEOLOGIE DE BABYLONE · texte numérisé non relu

LA THEOLOGIE DE BABYLONE

O Soleil, pousse clr<,»it ta route le Ioul;- de la voie stable

[qui test fixée, o Soleil, toi qui es le juge du pays et Tarbitre de ses

[lois* î »

A la longue, on associa aux six grands dieux six déesses, dont une seule, l'épouse du Soleil, Sirrida ou A, jouissait d'un réel prestige. Mais les cinq dieux qui animent et dirigent les cinq planètes , Mardouk Jupiter), Ishtar (Vénus), Xintb (Saturne), Xergal (Mars), Xebo (Mercure) tirent aux enfants dAnou une concurrence plus sérieuse : ils étaient les interprètes du destin ; leurs danses, rythmées et mystérieuses, enchaînaient ses décrets et liaient la vie des hommes. Les cinq se marièrent à leur tour. On identifia les dieux non classés avec ceux qui avaient eu cette chance. « Un dieu du ciel comme Dagan se mêla naturellement avec Anou..., Ishtar absorba toutes ces compagnes... Grâce à ces compromis, le système prospéra et s'étendit : la vanité locale trouvait toujours le moyen d'y loger le dieu féodal en bonne vue, et de concilier ses prétentions au rang suprême avec l'ordre de préséance déterminé par les théologiens d'Ourouk-. ».

L'œuvre de Hammourabi et la restauration de Babylone -^ inaugurent une troisième époque dans l'histoire

' (Maspêro : ///^/oîz-e, I, 608). Pinches : The Antiquities found b>j... {Sippara) [Transactions of Archeol. Bibl. Society, VIII,

- Maspéro : Histoire, I, 674.

•' Vers :2050.

religieuse de ces pays. Le sacerdoce de Babylone achève de concentrer le divin dans les astres qui errent parles plaines dulirmament. Le dieu de Babylone, surtout, bt3néticie de lexaltation de sa bonne ville : sans détrôner Anou, sans supprimer Samas, Mardouk Ues éclipse l'un et 1 autre. « Hammourabi dit de lui-même : Roi de Babylone, il a fait triompher Mardouk ». C était dabord, semble-t-il, le dieu du soleil levant et le dieu du soleil prinlanier, le dieu qui donnait les céréales et faisait pousser les plantes, le dieu de la sagesse qui révélait les mystères d'Ea. Le début de l'année est lîxé au début du printemps, à la fêle de Mardouk {Zahmoukou). Un poème est composé qui, sous couleur de raconter la création, ne vise quà la glorification de Mardouk : cest Mardouk qui a sauvé les dieux, menacés par un monstre abominable, et les dieux, en retour de cet insigne bienfait, lui ont cédé l'empire universel par un contrat en bonne et due forme; il a reçu en partage la science d'Ea; vainqueur de Bel, il lui a dérobé la puissance de son verbe ; il a réglé l'ordre admirable du cosmos, créé les hommes, promulgué la loi morale - :

> Sa ]jerèdre est Sarpanitou, son fils Nabou (le dieu-héraut, de Borsippa), son temple l'Esaggil (la maison à la tète élevée).

- Hypothèse de Delitzsch, que Lagrange incline à admettre : op. laud.y 330. — Les « tôtes noires » désignent, soit les Babyloniens, soit tous les hommes. Sur cc^^poème de la création, cf. Dhorme, p. 3 et Lagrange : op. laud., 325, et Loisv : les Mythes Babyloniens et la Genèse. Paris, 1901. [De ce poème, rapprocher la Cosmogonie chaldéenne, autre poème qui chante également la

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11 a créé l'humanité pour la traiter avec miséricorde, le Clément qui a le pouvoir de donner la vie ! Que ses paroles demeurent et ne soient pas oubliées dans la bouche des tètes noires que ses mains ont

]créées^ ! ->

Lorsqu'Asour succède à Babylone, Asour rivalise avec Mardouk : c'est la quatrième phase de l'histoire religieuse chaldéo-assyrienne. Asour est le dieu local de la ville Asour, primitive capitale delà jeune Assyrie, qu'un jour détrônera Ninive. En tant que dieu de la nature, c'est un dieu du ciel, bienfaiteur des hommes, parfois même créateur de la terre. Peut-être est-il identique au dieu babylonien xVnsar, qui apparaît dans le poème de la création. Ce qui est sûr, c'est qu'il « est à la tète du panthéon assyrien comme roi de tous les dieux». En lui se reflète l'unité delà cité assy-

gloire de Mardouk, mais dont le caractère est plus abstrait et théologique. — Lagrange, 3:2:2]. Le monstre qu'a vaincu Mardouk est Tiamat, la mer ; mais Mardouk, ici, représente l'ordre, la force intelligente, et Tiamat, le chaos, l'anarchie. Mardouk et Tiamat sont deux frères ennemis, nés de la Mer cl de l'Océan, père et mère des dieux. Ces idées sont évidemment antérieures au poème de la Création, où nous les atteignons. Elles s'appliquaient primitivement, semble-t-il, à Bel ou à Ea. — Noter que les hommes ont été créés afin de donner aux dieux une habitation « qui réjouisse le cœur » et le service dont ils ont besoin. Mardouk pétrit son propre sang avec de la terre pour former Ihomme, et il le crée à l'image des dieux [Dhorme, p. xxxi, 87, 65, 189, 139, 337]. La mort seule distingue l'homme de Dieu. Cette légende se retrouve chez les Juifs [Tiamat s'appelle Rahab ou Léviathan]. Cf. Job. 9. 13: 7. 12: 38. S; Second haie, 51, 9 [Amos, 9, 3]: Psaumes : 74. 12-17 : 89. lU-U: 104, 5-7 : Isàie. 27. 1.

' Jeremias : op. laud., 149.

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rionne. [IF est le « père du pays ». Les ennemis du pays sont ses ennemis ; il les détruit; il est le chef de guerre. Le roi reçoit de ses mains la couronne et met à ses pieds les trophées de ses victoires... Sur les vêtements du roi, sur le sceau et sur les images royales se trouve l'emblème d'Asour :... la figure du dieu, munie d'ailes de chaque côté et terminée par une queue d'oiseau, tient un arc bandé ou a la main tendue-. » La déesse Achera est peut-être sa parèdre. Ishtar la guerrière est la patronne de Xinive et d'Arbèles; les Assyriens aiment à l'invoquer, tout de même que Ramman, et Xinib et Xer^-al: ce sont les dieux de la c^uerrc et de la victoire ^

Que si Ton cherche à marquer les traits propres aux religions sémitiques, on n'insistera pas sur l'importance qu'y a prise la magie : pareil fait a été déjà constaté en Egypte. On attirera l'attention sur trois faits. Dieua été souvent, clicz les Sémites, l'objetde croyances et de spéculations dont la hauteur et la noblesse nous frappent encore aujourd'hui : il semble, en ])articulier, qu'on l'ait volontiers conçu à part et en deliors de la nature, et que l'homme, conscient de son impureté et de sa faiblesse, ait parfois douloureusement souf-

' Quant an reste, les Assyriens copient fidi'lement les Babyloniens. Néanmoins, ils n'ont jamais laissé leurs i)rélres exerrer une forte influence. Noter encore que l'Assyrie eut i)eut-ètre son Kou. niatonou : il semble que Ramman-Ninari III [811-782] ait voulu imposer à tous le culte exclusif de Nabou [Jeremias, 149).

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