LES DIEUX PER>E
des sources ont peut-être tenu la première place dans leur panthéon ; peut-être le mythe fondamental autour duquel il s'est ordonné racontait-il la lutte du dieu du feu contre le dracron Azlii Dahaka, le dieu des ténèbres et du froid. Sur les liants plateaux de l'Iran, le froid est le mortel ennemi de Thomme ; et la sécheresse est le terrible auxiliaire du froid. Ces dieux de la nature, — qu'on appelle sans doute ahuras (dieux bienfaisants) et dévas (dieux malfaisants' — portent des noms; mais la plupart sont inconnus. Xous pouvons seule-
Tuut ce que nous savons de 1 histoire des Perses au temps de Cyrus et de Darius atteste que leur politique religieuse s'inspire d'une tolérance très grande — Cyrus sacrifie à Mardouk et à lahvé — , et que leur religion, loin d'être un moralisme abstrait, est un naturalisme franc : les cultes perses les mieux attestés sont ceux de Mithra, un dieu solaire, et d'Anàhita, une Artemis, dont la liturgie comporte des prostitutions sacrées. Hérodote, tous les anciens auteurs grecs, ignorent VAvesfa : le texte du livre sacré n'apparaît pas fixé avant Sapor I [251-27:2 après J.-C.]; l'orthodoxie mazdéenne n'apparaît pas victorieuse avant Sapor H [.304-379] : sans doute, c'est ici une évolution qui s'achève : mais comment la rattacher à ce Zoroasire mythique que les Perses datent artificiellement du temps de Cyaxareetde Yishtaspa, père de Darius I [vers 6001, les Grecs de l'an 6000 avant la mort de Platon? — Tout porte à croire que la réforme mazdéenne est l'œuvre d'un propliètc, qui s'est abrité sous le nom vénéré de Zoroastre, et du parti national perse qui prépare l'œuvre des Sassanides [du ii« siècle avant au ii« siècle après J.-C.]. Cf. Blochet : L'Aiesfa de J. Dannestefer [Revue archéologique, XXXI, 1897, 38]; Renan. Rapport sur les travaux de la Société asiatique^ 1880, VII ; Lagrange : La Religion des Perses [Revue Biblique, 1904]; — Lehmann : (Religion des\ Perse-s [Manuel de Chantepiede la Saussaye, trad. fr. 433] ; Spiegel : Eranische AUerthumskunde, 3 vol. 1871-1878: Jackson : Zoroasler, the prophet of ancien t Iran. New- York. 1899 ; Maspéro, op. laud.. III (1899-, 571. Lehmann et la plupart des savants allemands admettent les traditions perses touchant la date de l'Avesta.
ment parloi' dv Aluira-Mazda, de Millira et d'Ana- Iiita. Ahiiramazda est un dieu bienfaisant, que les Assyriens ont emprunté à leurs voisins durant la période cassite^: c'est le dieu de la voûte céleste. Mitlira est aussi favorable aux hommes ; et sa fortune, on le verra-, sera plus brillante encore que celle de son rival; il désig-ne un des aspects (tu soleil; on célèbre sa fête au solstice d'hiver. Anàhita fut également adorée hors des frontières du royaume perse, en Arménie, en Gappadoce, en Lydie : elle devint la divinité tutélaire de Sardes '. Mais le succès même de son culte ne permet pas d'en lixer très sûrement la physionomie primitive : celle que les Sémites identiiièrent avec Ishtar et les Grecs avec Arlémis est sans doute une déesse de l'Oxus, qui sest transformée en une déesse des eaux, cest-à-dire de la fécondité et de la richesse*. Son culte — comme le culte de Mithra — atteint une grande extension sous Artaxerxès 11. Ahriman
' 1700-1^00 av. J.-G. — liuiiimcl : P/oceedinf/a Soc. liibl. Arch., 1891), 127, 137 ; Lagrange : li. Uihl.. l'JU4, 39.'
- Cf. le Passé chrétien, t. i\
^ Radct. Comptes rendus de l'Acûd. des Inscr.,2] uclubrc 1904. — Revue des Et. anciennes, 1904,1905.
* Cumont : Textes et mon. figurés relatifs auj: mystères de Mit/ira. I, 130-131, 148-149 ; article Anaitis, dans le l'auly-Wissowa ; Sotes sur le culte d' Anaitis [liev. ArchéoL, 1905, t. V de la série 4, p. -4|. — Cf. aussi l'article de Meyer dans le Hoscher. Au temps de la conciuèle |)erse, Anàhita fut confondue avec Ma, forme de la déesse Terre des tribus anatolicpies [cf. infra p. 130. n. 2| : on ladorait dans les gorges du Taurus et la vallée de llris ; son culte étail très sanguinaire.
LES DEMiiNS PERSES Ho
'Angra >.fainvu est le plus redoutable des dieux méchants.
Au-dessous de ces grands dieux, on en discerne d autres qui paraissent moins forts : ce sont les génies des choses et des plantes, des animaux et des hommes, des vivants et des morts, et même des déesses et des dieux ! On les appelle les frahcashis. Selon toutes les vraisemblances, ils se répartissent en deux troupes, comme les dieux eux-mêmes : 1 une secourt les hommes, lautre leur est hostile.
L'existence de cette double série de démons nous rappelle les Babyloniens. 11 faut ajouter que. chez les Perses ainsi que chez eux, la vie de l'homme est une lutte incessante contre les dieux mauvais : doù l'importance énorme des jjuritications et des sacrifices. Innombrables sont les occasions où 1 homme contracte les impuretés dangereuses : contact des cadavres, contact de la femme à certains moments, retard à jeter les cheveux coupés, les ongles rognés; et c'est un crime que de cracher ou d'uriner dans l'eau sacrée des lIeuves^ un crime que d'enfouir un cadavre dans le sein sacré de la terre. Que si l'on a commis ces crimes, ou contracté ces souillures, il faut que les sacrifices concilient au coupable lappui des dieux bienveillants : on leur immole donc des chevaux, des moutons ou des bœufs. Le feu est, par excellence,, l'agent de la puritication.
' De même en Babylonie. Voir aupia, p. y4, n. 1.
116 LES KELIGIONS ARYENNES
Limporlancc clos puriticalions fait pressentir limportancc du sacerdoce. Les prêtres s'appellent les Mages; ils sappuient sur l'autorité d'un sage légendaire, personnage mylhiiiuc sans doute, qu'ils nomment Zaralhustra Zoroastre,. Ils forment une tribu à part; tous les membres de cette tribu ne se vouent pas aux clioses de la religion, mais tous ceux qui se vouent aux clioses de la religion sortent de cette ^.ribu*. Leur injluence semble avoir été très grande. Sacriticateurs et purilicateurs, ils sont encore des devins et des philosophes : ils pénétrent les desseins et interprètent les volontés des dieux; ils expliquent l'origine des choses et prévoient la lin du monde-. Knlin, ils se mêlent de politique. La religion des mages est une religion nationale. Les dieux des mages sont les protecteurs des clause Darius invoque l'appui d'Ahura-Mazda. Tel, Ilammourabi invoquait Mardouk'.
' Maspéro : o;3. cit., III, 577.
" D'après Lagrange [R. Dlbi., l'JOi, l'JO|, le niyllie de Yinia se rallachc à la religion primitive. Ahura-Mazda a disposé dans une enceinte [vara] souterraine conslruilc par Yima les germes de toutes choses, cpii se reproduisent tous les (piarante ans: par là se repeuplera le monde, après que le grand froid y aura détruit la vie. — Rien ne prouve que les Perses admissent la résurrection.
•' Weissbach et Bang: Die allpersischen Keilinschriflen. Leipzig, 18'.)3, p. 3o, S 3, de l'inscription a de Na(ich-i-Roustem; Lagrange: loco cilato, 198.
* Faut-il ajouter que Ahura-Mazda avait, comme Mardouk, un caractère moral .' — Il semble cjue l'horreur du mensonge ait été un trait du caractère perse. Il est encore assuié que les unions incestueuses étaient courantes en Perse.
LES DIEUX MYCENIENS li'
Comme l'histoire générale de la Grèce, l'histoire de la religion grecque ^ se divise en deux époques : durant la première, qui s'achève avec le viu*^ siècle et se reflète clairement dans les poèmes homériques, s'épanouit un naturalisme mythologique; il est fortement attaqué, durant la seconde, par le courant d'idées qu'on appelle généralement l'Orphisme et qui in-pire la littérature de l'âge classique.
La Crète semble avoir été le principal siège de la civilisation hellénique durant l'époque mycénienne : les fouilles merveilleuses qu'on y a faites naguère permettent d'entre voir les vieux cultes qui s'y sont développés. Les dieux animaux n'étaient pas rares : tels, la colombe, le taureau (?), le hibou, le cheval. Les dieux
* Cf. Gruppe: Griecldsche Ciille und Mythen, I. 18S7: Griechische MyUtoloQÏe und Religionsgeschichie [manuel d'Ivan Millier. Y, 2]; Roscher, Pauly-Wissova, Daremberg-Saglio, Chantepie, Rohde : Psyché, 2« éd. 1898: Decharme : Mytholoyie de la Grèce aulique, 2" éd. 1886: La critique des traditions relifjieuses chez les Grecs, Paris. 1904: F vazer : Pausanias' s description of Greece,' xo\. 1898, elles lahrestjerichte de Bursian.
On a discuté de tout temps la question des influences étrangères, et particulièrement sémitiques, sur l'origine de la civilisation grecque. M. Bérard a récemment soutenu la thèse qui leur fait une grande place [De l'origine des cultes arcadiens, Paris, 1894] ; « presque tout lOlympe grec, dit-il p. 364, est peut-être d'origine sémitique », à commencer par Zeus Lycaios et les dieux de PArcadie occidentale. — M. Salomon Reinach combat résolument cette théorie.
118 LES RETJfilONS ARYENNES
arbres étaient sans doute plus fréquents : le figuier était adoré en l.aconie et près d'Eleusis ; le laurier à Délos, le palmier dans la vallée de T(mipé; les chênes, les cyprrs. les frênes avaient aussi leurs fidèles. Le culte de la hache double, de l'autel à cornes et des pierres sacrées est attesté solidement : on trouve à Gnossos des traces des deux premiers; et Pausanias nous a fait connaître les trente pierres de Paros, la j)ierre de Tégée, etc. . Les Hermès de lépoque classique, selon toute apparence, ne sont que d'anciennes j-)ierres sacro-saintes, à demi-façonnées en statues. — Mais les Mycéniens connaissent aussi les dieux à forme humaine : « c'est ce que suffisent à démontrer la fameuse bague en or de Mycèncs, oii figurent les déesses, et la peinture dune maison mycénienne où un personnage armé du double bouclier en (orme de liuit est adoré par deux femmes^ .» Tous ces dieux sont des êtres puissants, tantôt aimables — les dieux des cliamps, — tantôt terribles — les dieux de la mort — ; leur vie, c'est daccomplir tel et tel phénomène de la nature. Damia et Auxesia sont des déesses d'Epidaure, (Ml bois (rolivi(M', (jiii empêchent la stériHlé «h» la terre; à Athènes, Thaliaet Karpo font pousser et mûrir
' s. Roinach : La Cvèle avant l'his/oire [1002, 19, et 1904, 257, An//iropolof/ie\. Gruppe tlafo de colto époque l'épanouissement du cuite des revenants et de la mapjie. Cf. Dussaud .• Queslinns mycéniennes [Revue Ilisf. Relig., 51, 1'.»05. 2i|: Evans : T/ie Mijcenuean Tree and Villar Cull {Journal of hell. Sludies, 1901): Kars : Al/cre/Isclie KuUslallen [Arc/i.HelJf/. Wiss., 190i, 117] : l'ei rot et Chipiez : Hisloire de VAiL Yl, passim el Lagran^e : Revue Biblique, l'JOT.