‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 57 sur 113 · L ŒUVRE DE ?OLON · texte numérisé non relu

L ŒUVRE DE ?OLON

Mais rOrpliisme a aussi des racines indigènes. Le démembrement de la famille patriarcale, \'v^o;, s'opère au vn^ et au vi*^ siècle au profit de deux nouvelles puissances : l'individualisme et la cité. Dracon, Solon surtout brisent le joug de la solidarité familiale qui écrasait l'individu et arment la cité pour sa défense. Mais le droit criminel fondé sur la solidarité desgenètes s'affaiblit plus vite que ne s'organise le système répressif de la cité ; la coercition pénale s'énerve, les délits se multiplient; afin de réprimer ceux-ci. afin de restaurer celle-là, on confie aux dieux les fonctions que ne remplit plus le yévo; et que n'a pas encore usurpées le Sa-T'.Aîj: en chef. Le crime devient un péché, et ce sont les dieux qui le châtient ; l'homicide, surtout, entraine une souillure qui frappe de mort. Dans YAilhiopis d'Arctinos de Milet on voit qu'Achille est obligé, après le meurtre de Thersite, daller se purifier à Lesbos. Le culte d'Apollon rayonne avec plus de force qu'autrefois, Apollon, « le dieu jeune et beau des rites cathartiques, capable de laver les mortels de la tache dont il s'est lavé lui-même dans la vallée de Tempe ^ ». Le sentiment religieux interdit le meurtre :

ques]. Le culte thraco-phrygien de Cybèle et Attis-Dionysos conserva et accentua même ses tendances orgiastiques et extatiques [Cumont : Les religions orientales dans le paganisme romain. i'aris, 190G. 59-75 ; Ramsay : Stiidies in tlie Easlern Roman provinces, 1906: aies and bislioprics of Phrygia, 1893 et Hepding : Atlis, seine Mythen und sein KnlL, Giessen, 1903] [M. Graillot prépare un important travail sur Cybèle].

* Cf. Glotz. La Solidarité de la famille dans le droit criminel en Grèce. Paris, 1904. Arctinos de Milet vivait dans la seconde moitié

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il limite le droit absolu et la souveraineté de bon plaisir du père sur ses enfants, du mari sur sa femme, du maître sur ses esclaves; il devient un frein moral. Mais, parce que révolution sociale brise l'omnipotence des chefs du génos, elle émancipe lindividu, elle favorise son émancipation. Les personnes, libérées du joug patriarcal, prennent une plus claire conscience de leur valeur individuelle ; le problème du salut simpose à leurs méditations avec plus de force qu'autrefois. Individualiste et morale, messagère de salut en ce monde et surtout dans l'autre, tels seront les caractères de la religion à laquelle ils aspirent. Tels ne sont-ils pas les caractères de TOrphisme?

Cette doctrine de la misère de Diomme et du néant

du viiF siècle : le lexte se lit dans Kinkcl : Epie. Qrœcor. fragm.. I, 33.— Le mouvement individuali stogrec des viif-vi« sit^cles est en rapports avec la constitution de la propriété individuelle [biens mobiliers, acquêts, propres. Cf. P. Guiraud. La propriété foncière en Grèce. Paris, 1893], avec l'extension de la navigation et de la ])iratcrie, avec les luttes ])olitiques du démos contre les nobles. Il est très remarquable qu'il n'ait jamais triomphé tout à fait du vieux droit patriarcal, non plus que lOrphisme de la mythologie : « la croyance à la justice de l'au-delà ne fut jamais poi)ulaire en Grèce », car elle contredit la croyance à la responsabilité héréditaire : la remarque est de Plutarque. Au jugement de la conscience grecque, l'individu expie, non ses fautes personnelles, mais les crimes de ses lointains ancêtres [Glotz, 595-597]. Noter que l'Orphisme. nettement individualiste en son fond (théorie des récompenses et des punitions dans l'Hadès), retient l'inspiration anti-individualiste des temps primitifs (théorie de la chute originelle, -raXaiov -ivOoçi. Gomment s'accordent la théorie des punitions dans l'IIadès et la théorie des punitions par transmigration de l'àme? A vrai dire, celle-ci semble n'avoir été intégrée dans l'Orphisme qu'au iv siècle [Glotz, 589].

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