MIGRATION DES BENE-ISRAEL
entraînés, àla lin S clans la vallée du Nil. Dès longtemps, les Pharaons accueillaient avec faveur les Syriens qui venaient chez eux ; lorsque ces Pharaons furent les rois des Pasteurs-, le courant d'émio-ration sémitique alla s'accentuant : c'était, pour les Hyksos, un renfort éventuel en vue des luttes à venir. Les Benè-Israël, — tel est le nom que se donnent les enfants dAbraham — sétablissent donc au nord-est d'Héliopolis, dans la vallée de Goshen, sur la route du désert. Selon toutes les vraisemblances, Apopi P"" régnait ^ Peut-être, suivant Texcmple de Pépi % donna-t-il de grands pouvoirs au chef des Israélites, qui s'appelait Joseph.
Enfant de la Chaldée, établi sur une terre que dominait la civilisation de la Chaldée, Israël emprunta naturellement à la Chaldée les premiers éléments de sa vie religieuse. Israélites et Chaldéens voient et adorent en Dieu l'agent qui produit directement les phénomènes : la théorie animiste inspire ceux-là comme ceux-ci. — Israélites et Chaldéens voient et ado-
* Sans doute au cours du xvii« siècle..
*Cf. supm, p. 20-21. Cf. Maspéro. Histoire, II, 51-89. ' Maspéi'O, II, 70-73.
* Sur Ouni, premier ministre de Pépi. cf. Maspéro. L 417-418. '( D"abord simple page au palais, il obtint un poste dans l'administration du trésor, puis dans l'inspection des bois du domaine royal. Pépi le prit en amitié dès les premiers temps de son règne et lui conféra, avec le titre d'ami, les fonctions de chef de cabinet, dont il sacquitta fort bien... Pharaon lui octroya, comme preuve de sa haute satisfaction la garniture d'un tombeau en calcaire blanc de choix... » Voir aussi Améiineau : Evol. idées morales, p. 79. La fortune d'Ouni fut confirmée par Merenra I.
rent en DicMi 1(^ protecteur du groupe social, ici cité, là liibu : au jug-emeut de ceux-là comme de ceux-ci, la religion est déjà, en quelque mesure, chose nationale K
Et peut-être faut-il ajouter que le monothéisme aussi a été emprunté par Israël. Il n'est pas impossible que les croyances monothéistes aient été vivantes en Chaldée au cours du troisième millénaire : ce que nous savons de El- nous autorise à le croire.
Elles trouvèrent un défenseur en Abraham : apôtre de El, l'histoire babylonienne et la tradition juive nous invitent à concevoir ainsi ce personnage mystérieux ". El prend, ou reprend, grâce à lui, l'aspect dun Dieu moral, d'un Dieu solitaire et très puissant : le Dieu qu'il adore et qu'il adopte ne connaît pas de compagne, il ne connaît pas de collègue; loin de les accueillir dans son culte, il flétrit les prostituées. Ce
' Cf. siipra, p. 68-6'J.
- Cf. supm, p. 81-82.
■'■ El, comme nom j)roprc, ai)paraîl deux fois dans la Bible, (7e- 7ièfte. 46, o et 33. 20; et il doit être restitué en plusieurs autres endroits. La haute idée qui est attachée à ce nom est attestée, jiour l'éporpic pré-mosaïque, indépendamment des documents babyloniens, par les épithétesqui y sont accolées. Je passe sur.El- Roï [C;e7i., 16, i3J; mais il est certain que El-Olam [Gen.. 21, 33] si^'nilie Dieu éternel, que El-Eliyon si^nilie le Dieu Très Haut, le Dieu supéi'ieur à tous les autres dieu.v, le Dieu suprême [(ie?i., 14, 18, 19, 20, 22], et que El-Chaddaï [on dira un jour Chaddai tout court] sie^nifie Dieu i)roducteur ou créateur tout-puissant [l'épithète araméennc chaddai date sans doute du tem])s où les Bené-Israël séjournaient en Aram]. Pour |)lus de détails, cf. Lai,n"an£?e. El et Inhibé, R. B., 1903, 302. — Tous les voisins d'Israël sont polythéistes : Moab adore Gamos et sa parèdrc
EL ITo
qui ne permet pas, du reste, (FalTirmer que, au yeux d"AJ)raham, les dieux des peuples voisins soient lietion pure ^ Certainement même, parmi ceux qui le suivent, la plupart n'ont d'autres croyances que les plus grossières croyances de Babylone et de Syrie ; les ancêtres de la tribu de Siméon semblent avoir adoré des dieux animaux-.
Faut-il ajouter que Abraham transfère à El certaines croyances qui s'attachaient en Chaldée aux dieux les
Asthar-Camos. Edom adore >'ebo et Kaiish ou Kas [Davidson, dans Hastings. II, 200].
' Les premiers Chrétiens voyaient dans les dieux des démons. Il est possible qu'Abraham ait eu des idées analogues. Cf. de Broglie. Monothéisme, Hénothéisme, Polythéisme. Paris, 1905: et Kautzsch. Loco cilato, 625.
- Le mot Siméon [racine Shim" on] semble désigner un hybride de loup et d'hyène, Léah une vache sauvage. Rachel une brebis [Kautzsch, apud Hastings. E. V., 613]. Sur le totémisme des Israélites à l'époque primitive, voir Zapletal. Der Totemismiis und die Relirjion Israëls. Freiburg, 1901 : Germain Lévy. Du totémisme c/iez les Hébreux [Revue des Etudes juives, 1902, 13].
Le culte des ancêtres divinisés et rivaux de lahvé [Lods : La croyance à la vie future et le culte des morts dans Vantiquite israélite. Paris, 1906, 2 vol.] et R.-H. Charles : .1 critical history of the Doctrine of a future Life IsracL in Judaism and im Christianity. London, 1899] est extrêmement douteux : il n"y a pas trace de culte spécial aux tombeaux de Joseph à Sichem, de Josué à Timnath-serah, de Gédéon, ni de Samson. ni des petits juges. — En revanche, l'existence d'un culte des morts ne fait pas doute, qui rappelle fort ce qnon trouve ailleurs dans le monde sémitique [voir supra, p. 99-101]. Le mort est. à rencontre du dieu, un être misérable, qui a grand besoin d'être soigné par les vivants el nourri par eux [offrandes alimentaires] ; malheureux, le mort est donc redoutable, et c'est pourquoi on doit éviter son contact, direct ou indirect [fermer ses yeux : les parents du défunt doivent se voiler, ne pas se laver pendant le temps du deuil...].
176 LA RELir.ION JUIVR
plus puissaiils ? Comme Mardouk organise le monde •, a-t-il cru dès lors que le monde a été organisé par El ? A-t-il même dégagé dès ce moment l'idée de la création ? A-t-il emprunté au Gilgamès l'histoire du déluge punissant les hommes pécheurs? Il est certain que Gilgamès et le poème de Mardouk sont antérieurs à Abraham, comme il est certain que la tradition israélite de la création et du déluge est tributaire de ces deux textes. Le {)lus vraisemblable est que, dès cette époque, ils ont inspiré les croyances d'Israël.
Conformément aux plus hautes tendances de la religion babylonienne, la religion d'Israël au temps des patriarches met « une grande distance entre Dieu et l'homme. Dieu est le Saint, encore que le mot soit pris plutôt au sens matériel qu'au sens étliique ; l'homme est son esclave : soumission, crainte, résignation, tels sont les principaux caractères de la piété. Dans l'Islam la phrase : « iVllah est Allah » coupe court à toute question, à tout étonnement, à tout effort. On trouve l'expression d'un sentiment analogue- » chez les i)lus pieuses familles dlsraid.
« La coutume avait naturellement un caractère religieux : elle était rexj)ression d'une volonté divine, et
« Cf. supra, p.lûS. Sur coUf question, cf. ijunkv\. Sc/iupfunr/ und Chaos, dS'.lo: Dclitzsch. I>as hahi/luiiische Wellschiipfunfisepos, 18'J6 : Loisy. Les M i// lies bahijloniens el les premiers chapitres de la Genèse, l*aris, 1901. Avant la (lôcouvertc des correspondances do Tcll-Aniarna et du code de llammourabi, on tendait îi retardcrjusqu'aux viii»-vi« siècles l'influence de lAssyrie-Ghaldée sur Israël.
- Valeton. {Uelk/ion des) Israëliles^ Chantepie, 497.