A NAPLES
ET SON EXPLICATION SCIENTIFIQUE tirée d'une élude comparée des reliques de sang qui entrent en ébullition.
Les anciens n'ont pas connu le miracle de la liquéfaction du sang ; c’est un prodige proprement catholique. Cependant Horace parle d’une merveille analogue, dans la satire où il décrit, de façon facétieuse, son voyage de Rome à Brindes :
« La journée suivante fut meilleure, le chemin pire encore, jusqu’aux murs de Bari, abondante en poissons. Ensuite Egnatie, bâtie en dépit des eaux, nous prêta fort à rire et à plaisanter : on voulut nous y persuader que l’encens posé
sur le seuil du temple s y liquéfie sans le sr cours du feu. Que le juif Apella le croie, pas moi, car j’ai appris que les Dieux passent au ciel le temps fort tranquillement et qu'au sommet de la voûte éthérée ils ne se soucient pas d’ajouter aux merveilles que produit la nature (1). »
Le prodige de la liquéfaction dans le catholicisme a beaucoup plus grande allure ; il ne s’agit plus d'une simple résine odoriférante, mais du sang du Christ ou des saints martyrs. Il semble que quelque chose de leur anie y subsiste encore, et l’émotion des souvenirs se joint à la surprise que provoque le prodige.
Dans l’église des Frères Prêcheurs de la ville de Saint-Maximin, en Provence, on conservait jadis une petite fiole en cristal, dans laquelle il y avait quelques petites pierres teintes du sang du Christ, ainsi que des fi agments de verre de la première fiole qui avait contenu ce précieux sang. Ces petites pierres,
(1) Postera tempestas melior, via pejor ad usque Bari niœnia piscosi. Dehine, Gnatia, lymphis Iratis exstructa, dédit risusque jocosque :
Dum flamma siue, thura liquescere tiinine sacro Persuadere cupit : credat Judseus Apella,
Non ego; namque Deos didici sœcurum agerc æMim Nec, si quid miri facial natura, Deos id Tristes ex alto cccli demittere tccto.
(Horace, Satires, libr. I, sat. V, in fine.)
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
recueillies jadis par Madeleine sous l’arbre de la croix et ces fragments de verre paraissaient rouges extraordinairement le Vendredi Saint, depuis midi jusqu’à une heure, et cette merveille attirait chaque année plus de cinq à six mille pèlerins (1). Le peuple était persuadé que ce sang se détachait des pierres et du verre, s’élevait et bouillonnait visiblement (2).
Le prodige cessa vers la fin du dix-septième siècle : sans doute n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination de gens suggestionnés. L’abbé de Marolles a pu examiner soigneusement une relique analogue et probablement rapportée aussi par la Madeleine, puisqu on en faisait l’exposition le jour de la fête de cette sainte pécheresse. Or, voici ce qu’il en dit .
« Le prieur de la collégiale de Neufvi-Saint- Sépulcre me fit beaucoup de civilités ; et comme j’eus jeté ma vue dans son église sur une forme de chapelle extraordinaire, il me dit que c était
le lieu saint, où l’on gardait la précieuse relique du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en l’honneur duquel cette église avait été dédiée ; et que ce même jour, qui était la fête de la
(1) R. P. Vincens Reboul (du couvent des FF. Prêcheurs de Saint-Maxirnin), Histoire de la vie et la mort de sainte Marie- Maudeleine, Marseille, 1682, in-18, p. 13.
(2) Collin de Plancv, Dicl. critique des^ Reliques et des Imaijes miraculeuses, Paris, 1821, in-8, I, 19-20.
Magdeleine, étant l’un des plus solennels qu'ils eussent en toute l’année, ils avaient le privilège de la faire voir à ceux qui en avaient la curiosité, et que si j’étais touché d’un pareil désir, lui et Messieurs ses confrères seraient bien aises de me la montrer; mais que je serais étonné de voir ce sang liquide et vermeil se partageant toujours également en trois gouttes dans le reliquaire de verre, où l’on le voyait, et qu’ensuite il se réunissait, comme feraient trois gouttes d’eau ou de quelque autre liqueur. Je lui dis qu’à la vérité cela était merveilleux, mais qu’il était bon de le voir pour en être davantage persuadé. Là-dessus, pour m’obliger, il se revêtit de surplis et d’étole, on alluma les cierges, et les charbons s’excitèrent dans les encensoirs, pour y mettre les parfums sacrés. Le sacristain ouvrit la chapelle obscure, puis une espèce de tabernacle, d’où M. le prieur tira une boîte d’argent, et de cette boîte un reliquaire de verre porté par un ange d’argent doré.
« x\près la cérémonie, il approcha ce reliquaire de mes yeux en plein jour. Je le considérai attentivement et j’en remarquai, ce me semble, assez bien toutes les circonstances. Puis, l’ayant resserré, il attendait de moi sans doute plus de marques de mon étonnement que
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
je ne lui en fis paraître ; et me pressant de lui en expliquer mes sentiments, je lui dis devant le peuple et ses confrères, pour le contenter, que les choses dont il m’avait donné tant d’assurance pouvaient bien être, mais que je n’en avais rien vu, et que ce que j’avais remarqué dans le reliquaire n’était ni vermeil, ni liquide, mais qu’il était d’un tanné obscur et dur, et qu’au lieu de trois gouttes égales, dont il m’avait parlé, je pensais avoir compté quatre grains mal polis de grosseurs différentes. Il s’ébahit de mon aveuglement aussi bien que tout le peuple qui était là, de sorte que, pour me confondre, on fut d'avis de retirer le reliquaire une seconde fois et de me le faire toucher. La résolution fut assez hardie; mais quoique c’en soit, le reliquaire fut confié entre mes mains; je le considérai encore plus soigneusement que la première fois et fis voir à Messieurs les Chanoines, et à toute la compagnie, ce qu’ils n’avaient peut-être jamais vu jusques-là, et purent croire, à mon avis, qu’ils s’étaient beaucoup plus trompés que moi, qui ne laissai pas de leur débiter force choses sur ce sujet, qui ne leur déplurent pas, selon l’opinion des docteurs les plus éclairés, qui estiment que Jésus-Christ reprit tout son sang en la résurrection ; de sorte qu’il n’en est resté tout au
plus des marques sur la terre; ou bien que, s’il y avait véritablement du sang de Notre- Seigneur ici-bas, outre celui de l'Eucharistie, c’était du sang miraculeux, sorti de quelque image outragée par la violence des impies comme on en a raconté plusieurs histoires ; sur quoi je leur citai un passage du cardinal Bellarmin, écrivant sur cette matière. La chose se passa donc ainsi fort doucement (1). »
Il y eut d’autres reliques du sang de Jésus- Christ qui se sont réellement liquéfiées :
« On croyait posséder à Billom, en Auvergne, un flacon du sang de Notre-Seigneur, que l'on promenait tous les ans en procession, le troisième jour de mai. La marche était ouverte par quelques jeunes garçons, vêtus en anges et portant les mystères de la passion en peinture. Venaient ensuite douze hommes représentant les douze apôtres, avec les instruments de leur martyre; après cela les capucins, les pèlerins et différents ordres de pénitents, parmi lesquels se mêlaient des femmes qui marchaient pieds nus et en chemise, la chandelle à la main. Le prêtre qui portait, la divine relique du précieux sang se tournait sans cesse de tous côtés, pour la montrer aux dévots et renversait à tout ins-
(1) Mémoires de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, Amsterdam, 1766, in-12, I, 280-288.
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tant le cristal, pour faire voir que la liqueur conservait sa fluidité (1). »
Les trois reliques apocryphes de Saint-Maximin, Neufvi-Saint-Sépulcre et Billom ont disparu du sol français; niais la dévote Belgique conserve encore aujourd’hui du sang de Jésus- Christ. Ce sang aurait été rapporté de Terre Sainte par Thierry d’Alsace, qui le donna a l’abbaye de Saint-Basile-les-Bruges.
De l’an 1148 à l’an 1310, il s’est liquéfié tous les vendredis depuis la pointe du jour jusqu’à 3 heures de l’après-midi, mais depuis lors le miracle ne s'est pas reproduit (2). Le sang du Christ a donc cessé de se liquéfier, mais il n’en est pas de même du sang des saints.
On possède en Irlande du sang de saint Pa-
(1) Collin de Plancy, Dicl. critique des Reliques, II, 450- 451. — Dulaure, Histoire des environs de Paris, t. V, p. 429.
(2) [Grosley], Observations sur l'Ilalie el sur les Italiens, Londres, 1770, in-12, III, 267 [K. 7.211]. La cessation du prodige n est pas sans cause. Voici du moins celle cju en a donnée le P. Meulenyzer, chanoine de l’église Saint-Sauveur : « Un scélérat s’était mêlé à la foule des fidèles qui, tous les vendredis, s’empressent de rendre hommage au Saint Sang. Il s’approcha, comme les autres, pour baiser la précieuse relique, mais pendant qu’il s’inclina, comme par dévotion, sa bouche impie osa proférer les plus horribles blasphèmes et contre le Saint Sang et la mort du Christ. Dieu voulut donner, à l’instant même, un témoignage de son indignation pour ce sacrilège : le Saint Sang se cailla et s’endurcit. » (Abbé A. Durand, l'Écrin de la Sainte Vierge, Desclée, Lille, 1885, in-8, II, 203-204).
trice, qui se liquéfie à certains moments de l’année. Le sang de saint Wit partage aussi ce privilège. Les moines de Saint-Amand, en Flandre, conservent le sang de leurs confrères martyrisés au neuvième siècle par les Normands. Ce sang se liquéfie tous les ans à la troisième fêle de la Pentecôte (1).
En Italie, le miracle est très répandu. Le sang de saint Jacques de Compostelle, conservé à Rome dans la basilique des Douze-Apôtres, demeure toujours liquide 2).
Le sang de saint Laurent est conservé dans la cathédrale d’Avellino. C’est un grumeau durci enfermé dans un vase de cristal entouré d’argent ciselé ; il teint en rouge les parois du verre pendant les huit jours du mois d’août où l’on en fait l’exposition (3). Les Bollandistes, qui parlent fort longuement des miracles de saint Laurent, ne disent rien de celui-ci. Mais en revanche ils parlent, d’après Aringhi, dans sa Home souterraine , d’un miracle pareil qui s’opère annuellement dans l'église Saint-Lau-
(1) [Grosley], Observations sur l'Italie, Londres, 1770. in-12, III, 267. — Les Délices des Pays-Bas, La Haye, in-12, t. II, pp. 63 et 85.
(2) D’aucuns prétendent que ce sang demeurait toujours liquide. Carlo Signori, les Miracles authentiques et permanents de l'Italie. (Je n’ai pu me procurer cet ouvrage.)
(3) Swinburne, Voyage dans les Deux-Siciles en 1777-1780, Paris, Didot, 1786, in-8, 1, SI [K. 1,177],
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rent-hors-les-Murs, et qui dure depuis les premières vêpres de la fête du saint martyr jusqu’à la fin de l’octave. Ils rapportent que le pape Paul V s’en fit remettre une parcelle, qu’il plaça dans son oratoire particulier, à Sainte- Marie-Majeure. Cette église de Saint-Laurent, dans la campagne de Rome, est maintenant une collégiale qui dépend de Sainte-Marie-Majeure; personne ne saurait dire d’où provient cette relique ni depuis quelle époque elle y est. Il ne parait pas toutefois que ce soit depuis bien longtemps, puisqu’il semble, d’après le rapport d’Aringhi, qu’on n’en avait pas entendu parler à Rome jusqu’au temps du pape Paul V (1).
On conservait encore du sang de saint Laurent dans la cathédrale de Tivoli et dans l’église de l’Assomption à Amaseno où il se liquéfiait le 9 août de chaque année (2).
Un moine de Saint-Pantaléon, qui écrivit peu après la mort de Michel Paléologue une histoire des miracles de saint Pantaléon, raconte une merveille analogue du sang de ce martyr que l'on conservait à Constantinople. Il dit qu’une partie est très rouge et l’autre très noire,
(1) Abbé Lecanu, Dict. des Prophéties ei des Miracles. Paris, Migne, 1854, in-4, II, col. 901. — Mgr Guérin, les Petits Bollandisles. Paris, 1888, in-8, IX, 488.
(2) Carlo Signori, les Miracles authentiques et permanents de i Italie.
et que ces couleurs changent alternativement d’une année à l’autre, de sorte que ce qui était rouge devient noir et rouge ce qui était noir. Or, ajoute-il, le miracle ne se fit pas l'année d’avant la mort de l’empereur Michel, qui devait être si tragique, mais il recommença l’année suivante 1,.
On possédait jadis à Bari une fiole du sang de saint Pantaléon qui venait deBénévent. Une parcelle de ce sang entra un jour en ébullition dans des conditions sur lesquelles nous aurons à revenir (2).
La ville de Lavallo, au diocèse de Bari, possède encore, dans son Église cathédrale, une fiole pleine du sang de ce martyr, que l'on expose tous les ans le jour de son triomphe (27 juillet), et qui, à ce qu'on raconte, devient liquide en ce temps-là, quoique tout le reste de l’année il soit froid et figé (3).
(1) AnnÉ Lecanu, Dicl. des Prophéties et des Miracles. Paris, Migne, 1854, in-4, II. 904. « Le couvent de l'Incarnation de Madrid possède une ampoule contenant du sang de saint Panlaléon. Ce sang se liquéfie le jour de sa fête, 20 juillet, à partir des premières vêpres, et reste liquide jusqu'au coucher du soleil du lendemain, 27. A ce moment, il se solidifie de nouveau et demeure solide jusqu’à la même date île l’année suivante. » (Lettre signée Felipe San Roman, reclor de la Encarnacion à Madrid et datée de Tolède, 10 septembre 1906, dans L. Cavène, le Célèbre Miracle de saint Janvier, Paris, 1909, in-S, p. 298. en note.
(2) A SS., juillet VI, 403 L. — AnnÉ Lecanu, loc. cil.. IL 903.
(3) Mgr Guérin, les Petits liollandisles. P., 1883, in-8, IX, 63.
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Le clergé offre tous les ans à la dévotion des Bisségliens le sang liquéfié de saint Pantaléon et de deux autres martyrs (1). P. Aringhi, des Pères de Saint-Philippe-de-Néri de Valicella, dit qu’il se fait chaque année un prodige semblable à Ravello (in Bavellensi civitcite ), puis il ajoute : « Notre église de la Valicella intra muros , dédiée à la Sainte Vierge et à saint Grégoire, possède aussi une ampoule de ce même sang venant de celle de Piavello, dont Son Eminence le cardinal de Cusa gratifia notre congrégation il y a longtemps. On voyait ce sang sacré, jusque-là coagulé, se liquéfier et bouillir d’une manière admirable, en présence de tout le monde dès les premières vêpres de la fête, et un grand nombre des Pères de notre congrégation en ont été les témoins oculaires. Mais depuis nombre d’années déjà, le saint martyr, par un secret conseil de Dieu, a cessé d’opérer ce miracle. Cependant il reste toujours un merveilleux phénomène, car ce sang, qui, pendant tout le reste de l'année, est demeuré terne et rembruni, prend une couleur vive et claire environ le temps de la fête, sans compter qu’il se conserve incorruptible depuis 1.222 années, nonobstant
(1) Swinburne, Voyage dans les Deux-Siciles en 1777-1780, Paris, Didot, 1785 in 8, I, 1G5 [K. 1,177].
qu’il soit mélangé d’une substance laiteuse 1 ).
Personne n’ignore qu'à Mugnano, au pied des Apennins, le sang de sainte Philomène, s’il ne se liquéfie pas, éprouve des variations tellement extraordinaires, quant au volume, quant à la couleur, quant à la forme, qu’il est difficile de n’y pas voir une action céleste. Voici ce que l’abbé Curicque écrit de cette relique d’après un témoin oculaire : « On sait que le sang de la sainte a été précieusement recueilli avec ses ossements, lors de l’invention de ses glorieuses reliques dans les catacombes. Il était demeuré, par petites parcelles desséchées, adhérent aux parois du vase auquel il avait été primitivement confié par la piété des fidèles. Lorsqu’on en eut détaché et recueilli les différents fragments dans une urne en cristal, les personnages qui étaient présents virent tout à coup, à leur grande admiration, étinceler Vurne où les parcelles sacrées présentaient l'aspect de For , de l'argent et des pierres précieuses les plus brillantes , en sorte que ce sang desséché et d’une teinte brune un moment auparavant, resplendissait de l’éclat des couleurs les plus vives, telles qu’elles brillent dans l'arc-en-ciel.
(1) P. Aringhi, Ronia subterranea, Lutetia1 Parisiorum, 165!), t. I, p. 49 (liv. t, ch. xvi, § 26).— A. SS., 27 juillet, VI, 402-103.
« Or ces précieuses parcelles, toujours conservées avec le plus grand soin dans l’urne de cristal où elles prennent différents aspects sous les yeux des pèlerins, ont été vues par ce missionnaire sous la forme des sacrés cœurs de Jésus et de Marie (?) (avril 1872).
« On fit aussi, sous ses yeux, un signe de croix avec l’urne sacrée à l’intention d’appeler la bénédiction de la sainte, sur la personne de l’auguste Pie IX : or, à ce moment, le sang de sainte Philomène devint tout à coup noir! Que ces âmes pieuses cjuilisent ces lignes redoublent donc de supplications devant le divin Maître afin que le Souverain Pontife, abreuvé des eaux du torrent jusqu’à la lie, relève bientôt la tête, au jour immanquable du triomphe (1) ! »
Après que le corps de saint Thomas d’Aquin eut été transporté de Fossanuova à Toulouse, où il repose encore, un docteur de Piperno « trouva qu’il eût été malhonnête à saint Thomas de se laisser transporter tout entier après avoir contracté une si grande obligation envers les moines de Fossanuova , qui avaient eu la charité de le nourrir pendant quelques jours et de l’enterrer dans leur couvent ». Cette réflexion le détermina à aller tout exprès dans
(1) Arbé Ccricque, Voix prophétiques , Paris, 1872, in- 1 2, I, 355-356.
l'église de Fossanuova, à une heure où il était sûr qu’il n’y avait personne : là, il se mit à conjurer le saint qu’il lui manifestât, s’il était vrai qu’il se soit laissé déterrer tout entier et s’il n’y avait pas du moins laissé quelques restes précieux de son saint corps. Dans le moment que le suppliant était dans la plus grande ferveur de sa prière, il entendit tout à coup frapper trois fois dans un coin de la muraille; il prit cela pour un signal du saint qui voulait lui marquer qu’il y était encore ; mais de peur de l’importuner, il ne voulut pas insister davantage pour cette fois et s’en alla : il y retourna le lendemain et le surlendemain et il entendit les mômes coups dans le même endroit. Cela l’engagea à en faire part au supérieur du couvent, qui, en présence de ses moines, fit aussitôt ouvrir la muraille, où l’on trouva, au grand étonnement des assistants, un vase qui contenait une tête au milieu de deux ampoules. Sur le vase, on découvrit cette inscription : caput divi Thomæ Aquinatis ; sur l’ampoule du côté droit on lisait ces mots : ex sanguine divi Thomæ ; sur l’ampoule du côté gauche on lisait ceux-ci : ex adipc divi Thomæ ; on y trouva aussi un billet qui marquait qu’un moine dont je ne me rappelle plus le nom avait conservé ces précieuses reliques et substitué une autre tète à la place de
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
la véritable, lors de la translation du saint corps. Les moines, pour s’assurer encore mieux de la vérité, approchèrent les deux ampoules delà tête du saint et le sang ainsi que la graisse qu’elles contenaient commencèrent à bouillonner. Cette expérience fut répétée en présence de l’évêque, et réussit également. Les moines et l’évêque de concert en firent alors part au Saint-Père, qui autorisa l’évêque à approfondir le fait, et à statuer ensuite ce qu’il jugerait à propos: car la cour de Rome remet toujours à la prudence des évêques les affaires des saints, qui ne rendent pas cent mille écus, comme les canonisations. Les reliques furent depuis portées en procession; et on institua une fête qui devait être célébrée par les Piperncites le jour de Saint-Thomas.
« Le prieur des Jacobins me fit faire la connaissance du docteur qui a déterminé saint Thomas à faire le miracle. 11 m’a paru un homme simple qui pourrait bien s’être laissé tromper par les moines de Fossanuovci (1). »
Ceci se passait vers 1770 et l’on trouve la relation détaillée de cette « invention » dans un ouvrage contemporain dû à la plume d’un doc-
(1) [Pilati df, Tassulo], Voyages en différents pays de l'Europe, La Haye, C. Plaat, 1777, in-12, t. I, pp. 347-349.
leur ecclésiastique approuvé par le Saint-Office et de nombreux prélats (1 .
Entre toutes les cités de la Fouille, Naples fut privilégiée : le sang de saint Alphonse de Liguori se liquéfie le 2 août à Porta Alba 2 . « Le P. Jean- Baptiste de J. Franchi, dominicain, dans un petit livre composé en langue italienne : la Dévotion aux XV saints auxilialeurs, dit qu’on voit à Naples, dans un couvent de son ordre, connu sous le nom de Saint-Sever, une ampoule du sang liquéfié de S. Pantaléon de Nicomédie. Caraccioli, dans sa Naples sacrée , dit qu’il se liquéfie tous les ans la veille et le jour de la fête du saint; mais ni l’un ni l’autre ne nous apprennent d’où il est venu aux Pères dominicains (3). »
A San Gregorio Armeno, on conserve une fiole du sang de saint Jean-Baptiste (4L « Fran-
(1) Dr Don Tommaso Magnoni Valenti, Discorso inlorno apologetico sopra l'invenzione délia vera testa detF Angelico doltore san Tommaso d'Aquino, e sopra la prodigiosa liquefazione dcl di lui grasso, e sangue, in Bologna, 1772, pet. in-4: cf. un autre ouvrage catholique : E. Cartier, Histoire des Reliques de saint Thomas d'Aquin. Paris, Sagnier et Bray, 1854, in-12, ch. III: Prétendue tête de saint Thomas d'Aquin vénérée à Piperno, pp. 56-91.
(2) John Peter, la Légende de saint Janvier, Lausanne. 1884, in-12, p. 60.
(3) A. SS. .lui., VI, 403. — Arrê Lecanu, Diel. des Prophéties et des Miracles, P., Migne, 1854, in-4, II. 903.
(4) Collin de I’lancy, Dicl. critique des Reliques. II, 19.
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
çois Magistri rapporte que le couvent des religieuses de Saint-Michel ad Bajanum ayant été dépeuplé et abandonné durant quelques années par suite d’une épidémie, vers le commencement du seizième siècle, lorsqu’on vint à reconstruire l’église, en 1530, on trouva dans le trésor des reliques une fiole sans étiquette, contenant une matière inconnue, qu'on rangea parmi les reliques incertaines. Or, en l’an 1554, ce sang et ces reliques étant exposés sur l’autel, pendant les premières vêpres de la Décollation, la fiole se liquéfia et entra en ébullition à l’antienne du Magnificat. On s’imagina alors que ce pouvait être du sang de saint Jean-Baptiste, et on l’a transportée ensuite à l’église Saint-Grégoire, où le miracle se renouvelle toutes les fois qu’on l’expose en public et qu’on dit la messe à l'autel où elle est exposée (1). »
Le sang de saint Laurent, dans l'Eglise du couvent des Franciscains du titre de Saint-Laurent et dans celle du couvent des Bénédictines connue sous le nom de Sainte-Marie de Alvina, a joui de la même propriété (2). On a une bou-
(1) Abbé Lecanü, Dicl. des Prophéties et des Miracles , Paris, Aligne, 1854, II, col. 907. — Nombre de voyageurs ont signalé cette relique : AIisson, Nouveau Voyage d'Italie, La Haye, 1717, in-12, II, 38, la signale à S. Maria Donna Romita.
(2) Abbé Lecanü, Dicl. des Prophéties et des Miracles , Paris, Aligne, 1854, II, 901-902.
teille pleine du sang de saint Etienne dans l’église de Santo-Gaudioso. L’évêque Gaudioso l’aurait apportée lui-même d’Afrique au cinquième siècle mais on ne sait où il l'avait recueillie. Ce sang, qui est coagulé toute l'année, se liquéfie et devient frais pendant la messe que l’on célèbre le jour de l'invention du corps de saint Etienne (i).
C’est à Naples enfin que se perpétue avec éclat le miracle de saint Janvier 2).
(1) Collin de Plancy, Dict. critique des Reliques, II. 19.
(2) G. Wernsdorf, Dissertalio de sanguine S. Jan. fluxu miracoloso, Witebergae, 1710, in-4. — Pltignam. De rediuivo Sang. Divi Januarii, Neapoli, 1723-26, in-4. — Stillting, S. Jan Gloria poslhuma in Acta Sanctorum, sept. 1757, in-P. VI, 828-866. — Fergola, Teorica de' Miracoli.... con un Discorso apologelico sut miracolo di S. Gennaro. Milano, 1353. in-8. — Abbé V. Postel, le Miracle de saint Janvier à Naples, Paris, 1857, in-12. — Le Miracle de saint Janvier dans Vérité historique, 1860, V, 81-100. — Gasp. de Luise, Traltenimenlo apologelico sul corpo di S. Gennaro. e sul miracoloso suo sangue, Napoli, 1863, in-8. — Liquéfaction of Blood S. Januarius dans Leisure hour , 1844, XIII, 767. — G. -G. Montuori, Il sangue di S. Gennaro proletlorc di Napoli. Napoli, 1863, in-32. — La Canel (Ciro), Cenni slorici e crilica sulla vita martirio e miracolo di S. Gennaro. Napoli. 1868. in-16. — Cés. Pozzolini-Siciliani, Il miracolo di S. Gennaro. dans Nuova Antologia, 1878, B. X, 307-27. — Pietro Punzo, Indagini ed Osservazioni sulla Tcca di S. Gennaro, Napoli, 1880. — B. P. Taglialatela, Memoric sloriche sul culto e sangue diS. Gennaro, Napoli, 1893, in-8. — Abbé G. Spertndeo, Il miracolo di S. Gennaro, Napoli, 1901, in-8. — B. P. Pablo Sylva, S. J., Il miracolo di S. Gennaro, Roraa, 1905. — Léon C.avène, le Célèbre miracle de saint Janvier à Naples et à Pouzzoles, Paris, 1909, in-8.
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
On sait que les corps de saint Étienne et de saint Laurent furent trouvés réunis dans le même tombeau et ceci explique déjà que leurs deux sangs jouissent du même privilège (1) ; mais nous savons en outre qu’ils furent parfois honorés simultanément avec saint Janvier. Au dire des habitants d’Augio, Witegovius, abbé d’Augio (Augiensis), dans la première année de sa charge (1485), construisit une chapelle et y fit ériger trois autels ; il dédia le premier à saint Janvier, l’autre à saint Etienne, le troisième à saint Laurent (2).
Cette union, dans le culte, de trois saints dont le sang se liquéfie miraculeusement, donne à penser que toutes les reliques de sangs miraculeux pourraient bien provenir de deux ou trois sources communes. Malheureusement il n’est guère facile, dans l’état des documents, d'élucider cette question par l’histoire.
Mais si nous ne pouvons déterminer la provenance exacte de toutes ces reliques supposées,
(1) A. SS., aug., t. III, pp. 528-530.
(2) A. SS., sept., III, 789.
ne peul-on du moins en déterminer la nature ? Peut-on réaliser expérimentalement, sans aucune influence religieuse, un semblable miracle ? Cela n’est pas douteux. Le sang de saint Janvier se liquéfie parfois solitairement dans sa niche en dehors des dates cultuelles consacrées à la vénération de la relique 1 . Les auteurs pieux, comme M. Cavène, admettent alors qu'il n'y a pas de miracle (2). l’n chimiste berlinois, le docteur Newmann, reproduisait le miracle devant de nombreux convives en 1734 3 . Pilati de Tassulo, qui fut un savant et un jurisconsulte distingué, dit avoir connu à Berlin un habile chimiste (probablement ce même Newmann), qui faisait opérer ce miracle « au sang des luthériens et des calvinistes (4) ».
On trouvera dans les Mémoires de V Académie des sciences de 1762, p. 383, un rapport de La
(1) La liquéfaction a lieu à trois époques de l'année : en mai, durant neuf jours," depuis le samedi qui précède le premier dimanche de ce mois jusqu'au second dimanche inclus ; en septembre, durant huit jours, du 19 au 26 ; en décembre, le 16 et ce jour-là seulement. L. Cavène, le Célèbre Miracle de sainl Janvier , p. 101.
(2) Voir à ce sujet les judicieuses réflexions de L. Wintrebert, Chronique scientifique, dans Revue du Clergé. I" mai 1909, p. 359.
(3) V. Postel. le Miracle de saint Janvier, 1S37, in-12. pp. 372-373.
(I) [Pilati de Tassulo], Voyages en différents pays de l'Europe en 177-1, 1775 et 1777, in-12, I, 350.
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
Condamine, rédigé en 1757, qui décrit un appareil qui permettait de renouveler le miracle: « J’avais regret d’avoir quitté Naples sans avoir été présent à cette solennité, lorsque le hasard me procura une sorte de dédommagement. Un soir que j’étais allé faire ma cour à S. A. R. Mme la margrave de Bareith, on apporta chez cette princesse une fiole enchâssée dans un cercle de bronze ou d’argent doré, monté sur un pied fort richement orné, et qui était surmontée d’un caducée pour distinguer cette monture de celle de la fiole conservée dans la cathédrale. On remit tout cet appareil entre les mains de la princesse; il passa dans celles de Mgr le margrave, dans plusieurs autres et dans les miennes, et voici ce que nous vîmes tous. La fiole paraissait à demi remplie d’une masse ou pâle grise figée, et ses parois ternies de poussière. En l’inclinant alternativement en divers sens et l’agitant pendant environ une demiminute, plus ou moins, la pâle devenait liquide et coulante, quelquefois en partie ; d’autres fois elle se réfrigérait, et en l’agitant de nouveau elle était plus ou moins de temps à se liquéfier. Tout cela se passait, et c’est ce qui est le plus digne d’attention, sans que l’intention ou le désir de la personne qui agitait la fiole pût aidera produire l’un ou l’autre effet à son gré. Voilà ce
que j’ai vu à plusieurs reprises, non seulement le soir dont je parle, en présence de LL. AA., mais depuis en particulier et en plein jour, chez le dépositaire de la machine, où j’eus tout le temps de l’examiner. Je remarquai au-dessous de la fiole deux petits cônes, je ne sais de quelle matière, opposés par leur pointe, qu'il me dit être percés d'une petite ouverture. Il ajouta qu’ils étaient creux, et que le cône inférieur était mobile, en sorte que son orifice rencontrait quelquefois celui du cône supérieur et d’autres fois ne le rencontrait pas, le tout au hasard suivant que le mouvement imprimé à la fiole faisait concourir ou non les axes des deux cônes. Quant à la poussière que je voyais dans la fiole, on me dit que c’était un amalgame de mercure, de plomb, d’étain et de bismuth ; que le bismuth, qui ne s’amalgame qu'imparfaitement, empêchait que le mélange ne devînt une pâte absolument liée et lui donnait la forme d’une poudre trop grossière pour passer par la petite ouverture qui communiquait aux deux cônes. Enfin on ajouta qu'un canal circulaire, caché dans la monture et qui s'ouvrait dans le cône inférieur contenait du mercure coulant, qu’en agitant la fiole irrégulièrement lorsque l’ouverture des deux cônes venait à se rencontrer, ce mercure s’insinuait en plus ou moins
grande quantité et liquéfiait l’amalgame; qu’il arrivait quelquefois, par la variété des mouvements imprimés à la machine, que le mercure introduit ressortait par la même ouverture, et qu’alors l’amalgame cessait d’être fluide. — Je rapporte le plus exactement qu’il m’est possible ce que le possesseur de cette ingénieuse machine me dit alors et que j’écrivis le jour même; tout ce que je puis assurer, c’est qu’elle faisait très bien son ell'et. 11 m’en promit alors une description exacte, avec un dessin de toutes ses parties, pour le communiquer à l’Académie. Il rn’a depuis renouvelé la même promesse, mais elle n’est pas encore effectuée. » Ce reliquaire truqué est amusant, mais ne saurait nous donner une idée du mécanisme du « miracle de Naples ». Il nous faut aborder le problème d’un autre biais. Parmi les reliques miraculeuses que nous avons énumérées, la plupart sont incontestablement des mélanges; tel est le cas du sang de saint Pantaléon conservé à Ravello. Laurent Pepe, chanoine trésorier de la cathédrale, dans une attestation écrite, déclare que « l'ampoule contient trois zones très différenciées : d’abord de la terre mélangée, ensuite du sang terreux et ensuite du sang pur (1) ».
(1) Abbé Lecanu, Dicl. des Prophéties et des Miracles, P., 1854, in-4, II, 903.
Mais quelle est la nature de ces mélanges, nous ne le savons pas. Salverte, en 1829, proposait une recette qui a été depuis fort souvent employée : « On peut opérer ces prestiges, dit-il. en rougissant de l’éther sulfurique avec de l orcanette ( onosma . Linn.); on sature la teinture avec du sperma ceti : cette préparation reste figée à 10° au-dessus de la glace, et se fond et bouillonne à vingt degrés. Pour élever à cette température, il suffit de serrer quelque temps, dans la main, la fiole où elle est contenue 1 . » Je ne doute pas qu’on ait tiré argument d'une expérience analogue, dans la curieuse polémique, qui eut lieu en Angleterre a propos d'une relation du miracle publiée par un catholique anglais en 1831, l’abbé Weedal (2).
Henri Cauvain, du Constitutionnel . ayant assisté à la liquéfaction en septembre 1858, en
(1) Eus. Salverte, Des Sciences occultes ou Essai sur la magie , les prodiges et les miracles, Paris, 1829, in-S, I. 332. Cette recette est reproduite par le Grand Diclionnaire Larousse à l’article saint Janvier. Elle a depuis été souvent employée pour des démonstrations publiques. M. Marcel Hébert réussit parfaitement, sous mes yeux, le miracle avec deux formules un peu différentes : Sperma ceti + Éosine et Essence d’anis vert + Éosine.
(2) The Catholic Magazine and Revie u\ Antonio de Luc a, Sopra una célébré conlroversia debatlula in Inghiltera. Napoli, 1836, in-4, donne un exposé catholique de la controverse anglaise de 1831-1832. Quelque 20 ans plus tard, le docteur Cumming répétait le « miracle » à Birmingham, devant 4.000 personnes : cf. le Lien du 26 janvier 1852.
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publia une sorte de relation apologétique, dans ce journal, au début d’octobre. Ce fut le signal d’une polémique où le Siècle tint le principal rôle. Taxile Delord, d’après les indications d’un chimiste distingué, M. Louis Peisse, publia une recette pour opérer notre miracle, qui ne diffère pas essentiellement de celle de Salverte. Elle a le mérite de la précision :
« Prenez dix grammes de suif (chandelle) et faites-les dissoudre dans douze grammes d’éther ; mélangez-y six gouttes d’une substance colorante sanguine, vermillon, terre de Sienne, à votre choix; remuez le tout dans un récipient et versez dans une fiole qu’on peut tenir dans le creux de la main, serrez-la dans vos doigts (on peut également la tenir dans sa poche), au bout de cinq minutes, ouvrez-les et le tour est fait. » L’abbé Y. Postel, qui a reproduit les pièces de cette dernière controverse (1) et refait luimême l'expérience, objecte (2) que l’éther, n’ayant été découvert qu’au seizième siècle, n’a pu servir au miracle pendant les siècles antérieurs; que le dit composé n’a pas l’aspect du sang desséché (3); qu’il fond difficilement et
(1) V. Postel, le Miracle de saint Janvier à Naples, Paris, J.-L. Paulmier, 1857, in-12, pp. 423-453.
(2) V. Postel, loc. cil., pp. 440-451.
(3) Est-il bien assuré que le sang de saint Janvier luimème a l’aspect du sang desséché ?
n’arrive pas à bouilli r (1); et que l’on ne saurait par suite assimiler les deux phénomènes.
L’éther n’entre certainement pas dans les divers mélanges que l’on a proposés à la vénération des fidèles; mais il me semble non moins certain qu’ils devaient contenir un corps fusible à une basse température, probablement un corps gras minéral ou minéralisé. Nous avons déjà vu que le sang de saint Pantaléon conservé à la Valicella est mélangé d’une substance laiteuse.
Dans la campagne de Home, le sang de saint Laurent est, nous dit-on, plus semblable à de la graisse qu’à du sang; mais dans l'ébullition le sang et la graisse se divisent d’une manière très apparente (2). Ceci est déjà bien net; voici qui est encore plus suggestif. Le R. P. Beatillo. jésuite, écrivait en 1627 : « 1 1 y a quelquesaunées. on trouva dans la ville de Bénévent certaines reliques d’une grande valeur, et en particulier plusieurs ossements et du sang coagulé et durci du glorieux martyr saint Pantaléon. Le recteur de notre collège de Bénévent en reçut quelques fragments de la libéralité de l’évêque et m’en fit part à moi-même. Je déposai ces précieuses
(1) En réalité, le sang de saint Janvier ne bout jamais. On qualifie d’ébullition l’affleurement de quelques bulles qui apparaissent à la surface du mélange après la liquéfaction.
(2) Aimé Lecani-, Dicl. des Prophéties et des Miraeles. 11. 902.
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parcelles dans une petite fiole de verre; or, il arriva ensuite que, ayant mis, je ne sais pourquoi, dans la même fiole un peu de la manne de saint Nicolas, le tout entra subitement en ébullition et se mélangea. Ce sont ces mêmes reliques que l’on vénère maintenant dans la cathédrale de Bari et qu’on y conserve dans une châsse d’argent (1). »
Qu’est-ce que cette manne de saint Nicolas ? N’est-il pas probable qu’il s’agit d’un corps gras blanchâtre propre à certaines sépultures de l’Italie, et particulièrement de la Fouille?
Grâce à l'obligeance de M. M. Hébert j’ai eu entre les mains un flacon du liquide que l’on livre aujourd’hui aux pèlerins sous le nom de « Manne de saint Nicolas ». Le très obligeant M. B. Lespieau, professeur de chimie à l’Ecole normale supérieure, l’ayant soumise à l’analyse, a constaté qu’il s’agit tout simplement d’une eau de source donnant par évaporation à 110° un résidu de moins 0 gr. 17 par litre et constitué en partie par des sels de chaux. Je ne pense pas que l’on ait toujours fourni le même produit sous le même nom (2j.
(1) R. P. Ant. Beatillo (Barese, délia Compagnia di Giesu), Ilisloria di Bari principale Cità délia Puç/lia nel Regno di Napoli, in Napoli, 1627, in-4, pp. 221-222 [K. 2. 485].
(2) Je n’en veux pour preuve que le nom d’huile qui lui a été jadis souvent octroyé.
Addisson écrivait au dix-huitième siècle : « Dans les endroits de la mer qui ne sont pas loin du pied du Vésuve, il se trouve une huile odoriférante, qui est bien chère, et fait un précieux parfum. Quand elle s’élève, on voit la surface de la mer se couvrir de bouteilles : on la rainasse comme une écume que l’on met dans des bateaux, et que l’on sépare ensuite dans des vaisseaux de terre. On me dit que les sources n'en coulent jamais que dans un temps calme et chaud; mais peut-être que l’agitation de l'eau empêche de les découvrir en d'autre temps 1 . » Or la manne de saint Nicolas dut être jadis précisément un liquide analogue.
Outre saint Nicolas de Bari, la bienheureuse Béatrice d’Este à Ferrare, sainte Marie- Madeleine à Pazzi, saint Juvénal à Narni, saint Fortunat à Fano, sainte Catherine à Sienne, plusieurs corps saints de la Campanie : saint Félix à Noie, saint André à Amalfi, saint Mathieu à Salerne et saint Barthélemy <à Bénévent, ont jeté ou jettent encore une sorte de liqueur gélatineuse qu’on appelle de la manne ou du baume (2). La fameuse graisse de saint Thomas
;1) Addisson, Remarques sur divers endroilsd'Ilalie pour servir de supplément auvoyagede M. Misson, p. 1722, in-12, pp. 173-174.
(2) H. P. Cahier, les Carasléristiques des Saints, P., 1S60, in-f°, I, 128-29 ; cf. P. -Théophile Raynaud, Hagiologium Lugdtinense, Lyon, 1662, in-f°,p. 519, ou Opéra, t. VIII, 617-522.
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d’Aquin, découverte en même temps que sa tête et son sang, était certainement aussi un corps analogue; de même le lait de la Vierge, qui se liquélie aux fêtes de Notre-Dame en l’église de Saint-Louis de Naples (1). Et je ne doute pas que, pour reconstituer le miracle, il ne faille d'abord obtenir et analyser de la manne ou du baume qui a illustré le corps de plusieurs saints dans ce pays volcanique.
Quant à l’élément rougeâtre, il pourrait bien se faire qu'il s’agisse de sang embaumé par quelque procédé oublié. L’analyse spectroscopique a démontré en effet que le « sang de saint Janvier » contient réellement du sang (2). Ce sang, probablement en fort petite quantité par rapport à la masse, s’était sans doute mêlé aux substances employées pour l'embaumement du corps : gommes, huiles et aromates.
(1) Misson, Nouveau Voyage en Italie , La Haye, 1717, in-12, II, 33. — Abbé Coyeb, Voyage d'Italie , 1783, IV, 234.
(2) Abbé Sperindeo, Il miracolo di S. Gennuro, Napoli, 1901, in-8, trad. franç., Naples, 1904, in-12. — L. Cavêne, le Célèbre Miracle de saint Janvier à Naples el à I’ouzzoles, Paris, 1909, in-8, pp. 258-259. — M. Cavène prétend que le reliquaire ne contient que du sang, car en cas contraire, dit-il, l’analyse spectrale eût donné un spectre double ou compliqué ; ce qui n’est pas (/oc. c/7., pp. 209-271). On lui a déjà répondu : « Pas nécessairement ; la substance mélangée au sang peut très bien être inactive ou faiblement active au spectroscope. •« L. Wintrebert, Chroniyue scientifique , dans Revue du Clergé français, 10 mai 1909, p. 357.
Le samedi 22 décembre 190G, « dans la Maison du peuple, à Rome, l’ingénieur Arnaldo Giaccio a reproduit le miracle de saint Janvier. Après un bref discours de M. Podrecca et une explication scientifique de M. Giaccio, celui-ci a présenté une ampoule pleine de sang coagulé et le « miracle » de l’ébullition s’est effectué d’une façon identique à celle quia eu lieu dans la basilique napolitaine. M. Podrecca a déclaré qu'il avait étudié longtemps « le miracle », y ayant assisté plusieurs fois dans l'église de Naples, soit seul, soit avec ses confrères, M. Galantara etM. de Nava. Pendant ce temps ils firent trois observations principales, savoir :
« 1° Le sang ne bout pas, comme on dit, mais il fond seulement;
« 2° La fusion s'effectue à la suite des mouvements oscillatoires que le prêtre imprime sans interruption à la « teca » qu’il tient en main la « teca » est un tout petit tabernacle vitré des quatre côtés, où le flacon est enfermé);
« 3° Lin enfant de chœur tient toujours un gros cierge près delà « teca », à la hauteur des vitres, dans le but apparent de laisser voir au public le llacon, mais dans celui réel de faire monter la température à l'intérieur de la teca.
« C’est, en effet, exclusivement au rehaussement de la température qu'on doit la fusion du
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sang qui s'effectue dans un délai moyen de quarante minutes. A la suite de ces observations, a ajouté M. Podrecca, nous nous disposions à faire quelques expériences lorsque nous nous rencontrâmes avec M. Giaccio, qui avait déjà longuement étudié le phénomène et qui avait une expérience toute prête. Vous avez vu aujourd’hui comme elle a réussi. C’est du sang de veau mêlé avec une substance chimique choisie par M. Giaccio, qui a servi à celui-ci.
« M. Giaccio y est parvenu, en étudiant les procédés chimiques employés par les Egyptiens anciens pour la conservation de leurs morts et des restes ou du sang de leurs héros. Il est hors de doute que, pour empêcher le sang de pourrir, les Egyptiens y mêlaient des substances chimiques. C’est à la présence de celles-ci qu’on doit la fusion du sang (1). »
Le mélange miraculeux de Naples est donc très probablement une composition de manne et de baume colorée avec du sang. Celte composition pouvait également revêtir l’aspect de l’encens, il suffisait de la colorer en jaune ou en brun. C’est sans doute ce que faisaient les prêtres d’Egnatie près de Pari, lorsqu’ils opéraient le prodige dont parle Horace. Le solde la
(1) Le Siècle, 27 décembre 1906.
Fouille fournit tous les éléments de ces divers miracles, que ce soit la liquéfaction de l’encens, du lait ou du sang.
Mais comment réalise-t-on aujourd’hui le prodige? Il est tout d’abord à noter que d’après les chiffres fournis par M. Cavène, le phénomène ne s’est jamais produit au-dessous de 19° centigrades (1). Dans le cours du dix-neuvième siècle, il ne s’est présenté que 37 fois sur 100 aux fêtes de- décembre, évidemment en raison de l’insuffisance thermique (2).
On a pu supprimer le cierge qui servaità éclairer la relique, pendant que l’on fait constater le miracle, sans qu’il cessât de se produire 3); mais on ne saurait espérer le prodige avec une température ambiante de 17° centigrades.
Au-dessus de 19° centigrades, il suffit, dit-on, des mouvements imprimés au reliquaire pour déclancher le phénomène. Ce serait une simple action mécanique qui déterminerait le déclic.
(1) Léon Cavène, loc. cil., pp. 239-241.
(2) Léon Cavène, loc. cil., p. 244.
(3) Léon Cavène, loc. cil., pp. 238 et 249.
Gomment peut-on la concevoir ? Une réponse précise ne serait possible que par l’examen scientifique du reliquaire et du mélange. Nous pouvonscependant essayer une explication : dans toute masse composée une polarité ne Larde pas à se manifester; les atomes sont tous en mouvement, quelques-unes des parties composantes deviennent colloïdes, c'est-à-dire prennent la forme de gelée ; d’autres deviennent cristalloïdes et se séparent de la masse colloïde. C’est une loi générale de physique, et il est indubitable que la relique napolitaine subit la loi commune. Lorsque cette sorte de dissociation, par changement d’état, ou de démêlement des substances composantes, est arrivée à un certain degré, il est possible, en effet, que les mouvements imprimés au reliquaire déterminent le phénomène: la manne et le sang sont alors suffisamment divisés, pour que les parcelles des parties composantes réagissent les unes sur les autres, de façon à renouveler l’expérience du R. P. Beatillo.
Cette hypothèse esL confirmée par le fait de la périodicité des liquéfactions et des variations apparentes du volume de la relique. Avec le retour de mai le sang parait augmenter dans l’ampoule; en réalité, le passage à l’état colloïde de l’une des substances composantes se fait alors avec une grande activité, au point que la liqué-
faction peut se produire spontanément. Un ébranlement de la niche y suffit. En septembre le phénomène est inverse, la masse paraît diminuer de volume et le passage de quelqu'une des substances composantes à l’état cristalloïde semble atteindre avec l’hiver son maximum d’intensité.
Le temps opère donc une dissociation, par changement d’état, et, en rendant la liberté aux éléments du mélange, rétablit les conditions nécessaires à leur liquéfaction.
Quand on a voulu reconstituer le miracle on s’est trop préoccupé du truquage du reliquaire (1). Pour ceux qui reprendront désormais cette tâche, je crois qu’il faudra rechercher avant tout, parmi les produits spontanés des sépultures de la Pouille, les substances qui composent le merveilleux mélange (2 .
(1) The far.lilious blood of S. Januarius, dans \ Alhenæam, du 23 octobre 1869. — Wilfrid de Fonvielle, la Physique des miracles, Paris, Dentu, 1872, in-12, pp. 164-180. — A. Debarry, Quatre célébrités : Saint Janvier et scs miracles, Paris, s. d. (1876), in-12, pp. 52-56. — John Peter, la Légende de sainl Janvier, Lausanne, 1S84, in-12, p. 69.
(2) Je n’ai pas cru devoir m’attarder aux tentatives d’explications spirites ou métapsychiques. Cependant on pourra lire avec intérêt une brochure de M. Leigi di Pace, intitulée : Ipolesi scienlifica sulla liquefazionc del sangue di S. Gennaro, Napoli, 1906, in-8, et les articles de M. Mangin, le Miracle de sainl Janvier, dans Annales des Sciences psychiques, 1909, in-4, pp. 207-214 et 252-255: depuis traduit en italien :
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
En attendant cette solution inévitable, nous ne saurions oublier que toutes ces reliques sont des plus apocryphes, à commencer par celle de saint Janvier. Les actes du saint datent de 920 et ont été écrits plus de six cents ans après sa mort, puisqu il aurait été martyrisé en 305. Leur auteur, Jean, diacre de l’église de Naples, qui est aussi le véritable inventeur des reliques, témoigne les avoir rédigés d’après une pièce plus ancienne « mêlée » de choses impertinentes et superflues (1). La légende est donc des plus incertaines, mais combien plus encore les reliques (2) ! L ne telle invention, faite par un ecclésiastique attaché au sanctuaire intéressé, est des plus suspectes et l’utilisation du
Il miracolo di S. Gennaro di fronte alla scienza, Milano, 1910 in-16. M. Cavène a cru devoir répondre au premier dans son Inre le Célèbre Miracle de saint Janvier , pp. 229-231, et au second dans l'Echo du Merveilleux, 15 juin 1910 pp 229-231 Je signalerai encore l'hypothèse spirite d'un p’asleur évangéliste, le Rev. E. Senarega de Florence; cf. : Rivista Chris- 'a"a de 1009 et Filosofia délia Scienza, nos de décembre 190.) et mars 1910. — M. E. Senarega combat très judicieusement h \ p o thèse fluidique de M. Mangin. Ce dernier à son tour réduit à rien l’hypothèse du Révérend Pasteur. C.f • Annales des Sciences psychiques, août 1910, pp. 243-216.
(1) A. Baillet, les Vies des Saints, Paris, 1701, in-8, t. IX Lenajn ue Tillemont, Mémoires pour servir ù l’hisloire ecclesiastique, 2- éd., t. V, p. 365; cf. A. SS., sept. VI ido-7/2. 1 ’ ’
|2) Sur les reliques, A. SS., sept., VI, 782-787 et ment sur la tète et le sang, ibid., 818-828.
spéciale-
prodige au profit de fausses reliques sent la fraude.
La fausseté des reliques de Piperno attribuées à saint Thomas d’Aquin) fait dire à l'abbé Lecanu : « Il en résulte ce fait extrêmement grave, ou bien que des ossements et du sang, qui peuvent bien n’avoir rien de saint, opèrent des miracles, ou bien que de faux miracles ont tout l’éclat de la constatation juridique des vrais. Et si ces ébullitions, si canoniquement attestées, étaient purement artificielles, quel terrible argument contre tant d’autres faits de même espèce (1). »
11 était d’ailleurs parfaitement convaincu de la fausseté de la plupart des reliques analogues. Il écrivait : « S’il ne nous appartient pas de censurer ce que l’Eglise tolère nous pouvons le dire du moins : nous serions heureux, dans l’humilité de nos désirs, de voir retrancher tout ce qui n'est pas amplement justifié. Si l'Eglise perdait en cette circonstance plusieurs reliques véritablement saintes, elle deviendrait invulnérable de ce côté, et il nous semble qu’il y aurait profit (2). »
(1) Aiîbé Lecanu, Dicl. des Prophéties eldes Miracles, II, 912.
(2) AnuÈ Lecanu, Dicl. des Prophéties et des Miracles. II, 899. On trouvera des considérations semblables dans E. Cartier, Histoire des reliques de saint Thomas d'Aquin, P., 1854, in-12. Cet ouvrage a été publié, dans la Bibliothèque dominicaine, avec l'approbation des supérieurs de l’Ordre.
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Ces sages réflexions, qui remontent à l’année 18o4, n’ont pas été écoutées. Toutes ces reliques ne sont pas moins apocryphes aujourd’hui qu’hier, et l’on comprend que même parmi les esprits bienveillants, il y en ait beaucoup qui croient à une fraude permanente.
Le reliquaire une fois empli du mélange miraculeux, il est possible que les montreurs de cette pieuse merveille l’aient exposée avec bonne foi, persuadés eux-mêmes de l’intervention du saint. Ce fut sans doute le cas de bon nombre d ecclésiastiques ; mais depuis le quatorzième siècle, car nous n’avons pas d’attestations antérieures du prodige (1), il dut se rencontrer maints sceptiques, pour peu qu’ils aient eu quelque critique historique. De telles gens ont pu utiliser le prodige à des fins politiques. Il leur suffisait d ailleurs d avoir observé que le miracle ne se reproduisait pas au-dessous de 19° pour en conclure que tout procédé qui maintiendrait le reliquaire à 15 ou 16“ paralyserait la vertu miraculeuse du sang.
ÎNul n ignore que, durant les calamités publiques et parfois à la veille de leur échéance, le sang de saint Janvier refusa de se liquéfier. C’est ainsi qu’à la prise de Rome par le conné-
(1) Léon Cavéne, loc. cil., pp. 119-120.
table de Bourbon, pendant les années 1527 et 1528, le miracle cessa de se produire 1). A cette même époque on vit pour la première fois une image de la Vierge ouvrir et fermer les yeux (2).
« Lorsqu’en 1702 Philippe V, roi d'Espagne, conduit par le maréchal d’Estrées, alla prendre possession de la couronne des Deux-Siciles, Naples se trouvait sourdement partagée entre ce prince et l’archiduc, lequel avait dans son parti beaucoup de gens d’Église.La fête de saint Janvier approchant, le bruit se répandit que la liquéfaction ne se ferait point; ce qui était plus que suffisant pour faire dans le peuple une sensation peu avantageuse à Philippe V. Sur ce bruit, le maréchal d’Estrées ayant mandé les Grands Vicaires, le Doyen et le Syndic de la cathédrale : « Il m’est revenu, leur dit-il, que cette « année le miracle ne se fera point. Arrangez- « vous, si les choses ne se passent pas comme « il convient, dans la nuit qui suivra la fête vous « verrez le feu aux quatre coins de votre Ville « et à la maison de chaque chanoine. « Confor-
(1) A. Caracioli (Théatin), De sacris Fc de sia' Xcapolilanæ monumenlis, Ncapoli, 1645, in-f°, p. 257 [K. 1941. J. -B. Baratta, Admiranda Orbis Christiani, 1695. in-f°, II. 168. — A. SS., 19 sept., VI. 836 E.
(2) Miracles arrivés à Rome en 1796 prouvés aulhenliques, par le docteur Jean Marchetti, Paris, 1801, in-12, pp. 84-87.
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mément à cette menace, le miracle se fit à l’ordinaire (1). »
Kn îéahté, le miracle tarda beaucoup et ne s elïectua que pendant la sixième messe (2). Le sainl céda, mais contraint; aussi, témoignage cei tain de sa mauvaise humeur, le 16 décembre de la même année, le sang ne se liquéfia qu’à moitié (3).
Dès cette époque, les Français étaient persuadés, lorsque le miracle ne se produisait pas, que la mauvaise volonté ne venait pas du saint. « Cela n’est arrivé, écrit Duclos, que lorsqu on a eu intérêt à ne pas le vouloir (4). » Cette opinion était si bien établie que nous voyons, quelques années après, le Comte d’Avaray suivre l’exemple du maréchal d’Estrées.
« Lorsque, dans la guerre de la Succession d Espagne (1701-1713), nous étions maîtres de Naples et que M. d’Avaray y commandait, la saison du Miracle arriva. Les Napolitains coururent à l’église par dévotion, les Français, par curiosité; et M. d’Avaray s’y transporta
(1) [Grosley], Observations sur V Italie et les Italiens , Londres, 1770, in-12, t. III, pp. 263-266.
(2) A. SS., sept., VI, 848.
(3) A. SS., sept., VI, 850 F.
(4) Duclos, Voyage en Italie, dans Œuvres complètes , Pans, Belin, 1820, in-8, II, p. 679.
pour maintenir l’ordre et contenir l'indiscrétion française. Il savait que les Napolitains ne nous aimaient pas, nous voyaient avec peine maîtres chez eux, et que l’Archevêque était tout dévoué à la maison d’Autriche. Il le prouva dans cette occasion. La fiole du sang de saint Janvier était déjà entre ses mains, et il l’agitait depuis un quart d’heure sans que la liquéfaction voulut se produire. Le peuple, après avoir prié Dieu d'intercéder auprès de saint Janvier pour en obtenir ce miracle sans qu'il se fît, commençait à murmurer et en accusait les Français comme hérétiques dont la présence était un obstacle aux faveurs du Ciel. Cette fermentation croissant par degrés pouvait avoir des suites violentes. Les troupes étaient peu nombreuses en comparaison des habitants. Lin grenadier, en toute circonstance, aurait imposé à cent bourgeois, mais si le fanatisme venait à enflammer les esprits, le dernier du peuple aurait affronté cent grenadiers. M. d’Avaray, prenant un parti prompt, envoya un de ses gens dire à l’oreille de l’Archevêque qu’il eût à faire sur-le-champ le Miracle, sinon qu’on le ferait faire par un autre, et que lui, Archevêque, serait aussitôt pendu; et le miracle se fit (1). »
(1) Duclos, loc. c/7., Il, pp. 679-680.
LE MIRACLE DE SAINT JANVIER
En 1796, il y eut en Italie, et à Rome en particulier, plus de cent images dont les yeux se mirent à remuer. Or voici ce que nous lisons dans le Moniteur de l’an V, n° 139, 19 pluviôse (7 février 1796) : « On écrit de Naples que saint Janvier n’a pas fait le miracle ordinaire qu’il devait faire le 14 octobre (sic). Les chanoines les plus adroits de la cathédrale ont inutilement agité la sainte ampoule, le sang ne s’est point liquéfié. Celle obstination du saint a alarmé les lazzaroni napolitains; il a fait changer leur opinion sur la paix conclue avec la France. Les dévots du Pape disent qu’il ne doit pas y avoir de paix entre les bons catholiques et les Français ennemis delà Religion; d’autres prétendent que saint Janvier ne peut approuver une paix qui expose des milliers d’innocents à être victimes, ainsi qu’il le fut lui-même, de l’erreur et du despotisme. »
Durant le siège de Naples par les Français, en janvier 1799, on fit une exposition extraordinaire de la relique. On pouvait redouter que le saint après avoir refusé de ratifier la paix avec la France, en 1796, refusât d’approuver l’occupation de Naples par les troupes françaises en 1799. Grâce à l’artillerie et à la mousqueterie du général Championnet, il n’en fut pas ainsi. Alexandre Dumas a brodé un récit amusant de
l’intervention théâtrale de Championnet (1 . Depuis on a longtemps discuté sur la vérité du fait : il faut bien l’admettre aujourd’hui ; on a retrouvé au ministère de la Guerre, à Paris, deux lettres, l'une de Championnet, l’autre de Bonnamy, qui le mettent hors de doute (2). Voici ce que Championnet écrivait au Directoire à la date du 28 janvier.
« Le gouvernement provisoire républicain est organisé dans Naples, il est en pleine activité. Je l’ai installé le 7 de ce mois : hier tout l’état-major de l’armée a assisté au Te Deum, qui a été chanté par le cardinal-archevêque dans l’église de Saint-Janvier, pour remercier Dieu du retour de la tranquillité et de la régénération politique de l’Etat napolitain. Le 4 au soir, à peine le feu terrible de la mousqueterie et de l’artillerie avait cessé, plusieurs quartiers étaient encore en proie aux flammes des torches républicaines, que l’archevêque fit circuler une déclaration parmi le peuple, pour lui annoncer que le ciel se déclarait pour les Français et que
(1) A. Dumas, le Corricolo, ch. XXII. — Ce récit a été maintes fois repris et développé, cf. .1. Beaujoînt, Saint Janvier : Un miracle républicain, dans les Faiseurs de Miracles, Paris, 18S0, in-4, pp. 23U-248.
(2) E. Bluteaux, Nolizie c documcnli per la sloria di Kapal nelV anno 1799, dans Y Arc h i vio slorico per la provincie A Tapoletane, t. XXIV, 1890, pp. 447-484.
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le miracle de la liquéfaction du sang de saint Janvier avait eu lieu extraordinairement; mon premier soin, après avoir visité toutes les portes de la ville, fut d’aller faire ma prière au pied de la chasse de ce saint à qui j’ai donné une garde d’honneur (1). »
Plus loquace que le général en chef, Bonnamy déclare que le cardinal s’est résigné aux conditions qui lui ont été imposées. Il s’exprime en affreux voltairien :
« Naples est tranquille : nous adorons le grand saint Janvier, nous vivons aussi bien que possible avec les lazzaroni, nous faisons des miracles à l’aide du respectable cardinal qui s’est décidé à opérer : il résistait, il disait qu’il fallait des prières extraordinaires, une foi à toute épreuve; le général en chef a prié comme un diable : il a cru à tout ce qu’il fallait croire, et le sang de saint Janvier a coulé; au même moment le Vésuve a vomi des flammes : ces deux grands événements ont fait chanter un Te Deam pour remercier l’Éternel de l’entrée des Français dans Naples (2). »
A la lin d’avril de la même année de nouvelles inquiétudes surgirent. « C’était le moment où les membres du gouvernement provisoire de
(1) E. Berteaux, loc. cil., p. 467.
(2) E. Berteaux, loc. cil., p.467.
la Ville de Naples, alarmés de toutes les menace." surgissant contre les patriotes, avaient représenté au général Macdonald que, pour leur conserver une chance de salut dans le cas où l'armée s’éloignerait de la capitale, il semblait indispensable de recourir au miracle de saint Janvier et ils avaient sollicité du général en chef la faveur qu’il voulut bien y assister. Une pareille mesure pouvait peut-être retarder des événements fâcheux : le général Macdonald, frappé de son opportunité, s’était hâté de répondre qu’il approuvait la cérémonie et qu'il y assisterait.
« Habituellement ce miracle, une des armes les plus puissantes et les plus terribles que le fanatisme ait jamais pu mettre au service de la politique, ce miracle ne se faisait qu'une fois par an, au jour de la fête de saint Janvier et dans l’église de ce nom (1); mais, au moment de crise ou de danger public, on le faisait faire dans la cathédrale. Ces sortes de consultations solennelles avaient une importance exceptionnelle : le miracle se faisant vite, le peuple enchanté en concluait que le saint était favorable; il en déduisait mille prospérités ; le miracle tardant, celte lenteur devenait, en général, un
(1) C’est une erreur, le miracle se fait trois fois par an, aux dates que nous avons déjà indiquées, p. 24. noie 1.
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motif de doutes et de craintes; mais lorsque le miracle ne se faisait pas, le peuple ne doutait plus de la colère du saint, et se croyait à la veille de désastres tels que la peste, la famine, les tremblements de terre, ou bien il se figurait que l’église renfermait des gens qui déplaisaient au saint. Avant la Révolution française, il s’en prenait, en pareil cas, à des hérétiques, Anglais ou autres : depuis la Révolution, on avait signalé à sa rage les Français et les patriotes.
« Ainsi provoquer ce miracle et y assister, c’était se traduire à un tribunal inexorable dont les sanguinaires arrêts s’étaient parfois exécutés de la manière la plus barbare. En cas de mauvaise alerte, il était prudent de prendre des garanties, et trois colonnes, composées chacune d’une demi-brigade, d’un escadron de cavalerie et de deux pièces d’artillerie légère, avaient été dirigées sur Naples. Ce mouvement avait pour but d’observer et de contenir Naples pendant ce jour, qui, sans être celui de la fête de saint Janvier, était cependant un des trois jours consacrés à la cérémonie de son miracle (1)...
« Ce fut avec peine que le général Macdonald, suivi d’une vingtaine de Français, au nombre
(1) Mémoires du Général Baron Thiébaull , Paris, Plon, 1894, in-8, II, pp. 503-505.
desquels je me trouvais, arriva à l'église; il eut beaucoup de peine pour entrer et parvenir au maître-autel. Les bancs d’œuvre, la chaire, l’orgue et les confessionnaux étaient couverts de monde, des hommes avaient même trouvé moyen de s’attacher aux colonnes, le long des murailles, autour des piliers ; ils formaient de véritables étages : la moitié des assistants semblait porter l’autre (1)...
« Enfin le cardinal Zurlo, religieusement incliné et tenant en ses mains le dépôt sacré, s’avance vers l’autel, et la cérémonie commença par des prières qu’il récita à voix basse. Quant aux assistants ils n’étaient pas dans ce recueillement qui atteste le respect et la résignation à la volonté sainte. L’église retentissait des cris et des hurlements les plus violents; le sens de la plupart de ces cris était la demande, mais la demande impérative, à la sainte Vierge, à Jésus-Christ, au Saint-Esprit, de prier saint Janvier de faire son miracle. De minute en minute, à mesure qu’augmentait la crainte que le miracle ne se fit pas, ces cris redoublaient et devenaient plus aigus de même que les ligures se contractaient d’une manière plus convulsive; il y avait surtout un groupe qui se faisait
(1) Mémoires du Général Baron Thiébaull, Paris, Plon, 1S94, in-8, II, pp. 506-507.
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remarquer par ses transports, groupe d’une trentaine de vieilles femmes conduites par une mégère d’une soixantaine d’années, traînant après elle des lambeaux de taffetas noir et que l’on pouvait dire hideusement ornée de tout le luxe de l’indigence. Cette Euménide, qui se prétendait de la famille de saint Janvier, présidait par ses vociférations unies à celles de ses compagnes le chœur des furies; toutes semblaient transportées par une sorte de rage sacrée : leurs voix cassées glapissaient, leurs joues livides étaient couvertes de larmes, et, comme nous entourions le cardinal, elles se pressèrent autour de nous.
« Jamais la superstition n’a pu s’offrir sous de plus effroyables traits, sous des couleurs plus dégoûtantes. Enfin il y avait onze minutes (1) que durait cette situation, à chaque instant plus menaçante; la foule frénétique en était à son dernier recours avant d’en venir à l’action, je veux dire qu'elle s’abandonnait aux imprécations contre la Divinité elle-même ; alors le président du gouvernement napolitain, la figure altérée, me demanda de lui faire place,
(1) Le procès-verbal du miracle, d'après le Journal du Trésor , confirme : « Le samedi 4 mai 1799... le Seigneur se complut à liquéfier le prodigieux sang au bout de 10 minutes en présence du général en chef Magdonald (sic)... »
s’approcha du cardinal dont je le séparais, lui présenta sous mes yeux un des pistolets cachés par son gilet et d’une voix étoufrée lui cria dans l’oreille : « Si le Miracle ne se fait pas de suite vous êtes mort! »
« Ce cardinal, déjà âgé, n’avait pas peut-être les mains assez fortes pour ouvrir la soupape par laquelle devait entrer dans le Reliquaire l’air atmosphérique dont le contact est nécessaire pour opérer la dissolution d’antimoine qui, d’après ce qu’on m’a dit, forme le liquide rouge que le peuple prend pour le sang de saint Janvier. Peut-être aussi ne voulait-il pas se charger seul de la responsabilité de l'événement. Quoi qu’il en soit, son grand vicaire vint à son secours et le Miracle se fit immédiatement.
« Le cardinal alors, ayant montré au général Macdonald et aux personnes qui l'accompagnaient la matière rougie et liquéfiée, s’avança vers le peuple, la lui présenta, et lui dit : « Vous le voyez, mes frères, saint Janvier veut la Révolution... » Tout souvenir du retard éprouvé s’anéantit ; des applaudissements universels, des cris qui semblaient devoir ébranler les voûtes se mêlèrent au son de plusieurs symphonies et c'est au bruit de cet incroyable charivari et de vivats pour la République, pour le général en chef et
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pour le gouvernement, c’est en laissant cette population dans le délire d’un enthousiasme si brusquement substitué aux plus féroces dispositions que nous partîmes, emportant de cette église un ineffaçable souvenir (1). »
Ces témoignages réitérés de la déférence de saint Janvier à l’égard des Français prouvent à la fois son sens politique et sa prudence. Cependant on peut s’étonner cà bon droit qu’il ne se soit pas associé aux tristesses et aux joies de l’Église.
On comprend son indifférence en 1870, qui vit à la fois disparaître la monarchie pontificale et proclamer l’infaillibilité du Pape; mais il eut dû protester par la dureté de son sang contre l’invasion des États pontificaux en 1848; il eût pu témoigner sa joie par quelque ébullition, plus rapide, plus durable et plus étrange, lors de la proclamation du dogme de l’immaculée Conception, en 1854.
Dans maintes calamités, des images de la Vierge ont ouvert et fermé les yeux. Lors du retour de Pie IX à Piome, en 1850, sous la protection des Français, une image de la Vierge se mit à mouvoir les yeux et à pleurer. La rentrée du pape dans ses domaines ne lui faisait
(1) Mémoires du Général Baron Thiébaull, Paris, 1894, in-8, II, pp. 609-510.
pas illusion ; elle savait que la fin de cette royauté était proche. On disait alors en Italie que c’était la douleur de voir l’Eglise perdre son pouvoir temporel qui arrachait des larmes à la reine des cieux. De 1850 à 1854 d'autres images imitèrent l’image de Rimini jusqu’au jour de la proclamation du dogme de son Immaculée Conception. Or vers le même temps, un prêtre napolitain découvrit une fiole du sang de saint Louis de Gonzague qui possédait la propriété de se liquéfier. En 1853, Don Placido ne cessa pas de quêter pour les âmesdu Purgatoire, tout en promenant dans les rues de Naples et sur les places publiques de la ville la relique qu’il avait « inventée ». Le sang miraculeux se liquéfiait à Amlonté à toute époque de l'année et à toute heure du jour, pourvu que l'on fût généreux. En 1854, Don Placido jouissait d'un tel crédit sur tout le littoral du golfe que le roi Ferdinand crut devoir le nommer recteur de l’Université et du Gesu V ecchio. Quelques années plus tard ce prêtre dévot, j'allais dire ce thaumaturge, qui avait connu la misère, mourait entouré de considération et d'honneurs, laissant à ses neveux cinquante mille livres de rentes (1).
(1) À. Dubarry, Quatre célébrités, Paris, s. d., in-12, pp. 64-65.
Geuxquine croient pas à l’authenticité de celte relique de saint Louis de Gonzague penseront que Don Placido avait retrouvé la composition du fameux sang miraculeux.
Je ne doute pas que les chimistes qui tiendront compte des indications fournies par les documents historiques analysés ci-dessus et qui par suite chercheront les éléments de cette composition dans les produits spontanés du sol et des sépulcres de la Fouille, ne réussissent à leur tour à reconstituer le mélange qu’un Don Placido liquéfiait, il y a quelque soixante ans, dans la cité et à la barbe de saint Janvier.
LES RELIQUES DU BUDDHA
Les corps des fondateurs de religions et des réformateurs religieux furent souvent l'objet d’un culte. Cependant quelques-uns d’entre eux tels Numa, le Christ ou Mahomet sont partis pour le séjour des dieux en corps et en âme, ne laissant presque rien de leur personne corporelle à leurs adorateurs, sauf quelques menues misères : barbes, cheveux, ongles et dents.
Mais ils avaient eu une garde-robe, des objets ménagers ou des objets de dévotion, une habitation. Il restait en certains lieux des arbres, des pierres ou des édifices témoins de leurs miracles ou de leurs bienfaits, ce furent autant de sources de reliques. On en trouve parfois de singulières. Ne put-on pas contempler pendant plusieurs siècles après sa mort l’ombre de Buddha ? Hiouen-Thsang raconte, en effet, qu'il visita deux places où, dit-on, Buddha aurait
LES RELIQUES DU BUDD1IA
laissé son ombre lumineuse, mais qu’à cette époque lointaine, elle n’offrait plus qu’une ressemblance faible et même douteuse (1).
§ 1. — Les reliques mobilières du Buddiia
Le plat dans lequel il mangeait habituellement est conservé à Anurâdhapura ; on montre son pot à eau à Candahar où les Musulmans prétendent qu’il s’agit du pot à eau d’Ali, ce pot à eau est en pierre et contient vingt gallons (85 liti •es) (2). A Baktra, outre son pot à eau, on peut vénérer son balai; à Konghanapoura, à l’autre extrémité de la presqu’île, on gardait précieusement son bonnet. Ce bonnet avait près de deux pieds de haut. Dans le royaume de Nagarahara on conservait son vêtement et son bâton (3).
Toutes ces reliques, qui présentent peut-être un vif intérêt, mais sur lesquelles nous n'avons pas de détails, ne sont d’ailleurs que des reliques secondaires et ne retiendront pas notre attention.
(1) J. Gerson n.\ Cuniia, in Annales du Musée Guimel, in-4 t. VII, p. 434.
(2) Annales du Musée Guimel, in-4, t. VII. p. 434.
(3) Barthélemy Saint-Hilaire, le Bouddha cl sa religion, p. 294.