‹ Les reliques et les images légendairesChapitre 2 sur 10 · II. — Les empreintes du pied du Buddha · texte numérisé non relu

II. — Les empreintes du pied du Buddha

Les Singhalais, les Birmans, les Siamois se vantent les uns et les autres de posséder une ou plusieurs empreintes du pied du Buddha. Ces sortes de marques étaient à peu près innombrables chez les Singhalais. « Comme le Tathâgata (Buddha), selon la tradition, avait visité la plus grande partie de la presqu’île, la crédulité des fidèles ou le charlatanisme des religieux signalait dans une foule de lieux les traces de son passage. C’était ordinairement sur des pierres qu’elles étaient empreintes, et la plus célèbre était celle du Pic d’Adam, dans l’île de Ceylan, ou le Buddha certainement n’est jamais allé. On l’appelait Çrêpâda ou Prahat, c’est-à-dire le pied bienheureux.

« Le roi Âçoka passait pour avoir fait élever des sloùpas dans tous les lieux où le Buddha avait laissé la trace de ses pas: et l’on conçoit dès lors comment la tradition avait pu porter le nombre de ces stoùpas à quatre-vingt-quatre mille, qu’on appelait aussi les quatre-vingtquatre mille édits de la loi (1). »

(1) J. Barthélémy Saint-Hilaire, le Bouddha el fa religion, Paris, 1866, in-12, pp. 295-296. Fa-Hien, le pèlerin chinois

LES RELIQUES DU BUDDHA

M. Fournereau affirme que l’empreinte du Pic d’Adam est une cavité informe (1). M. L. Feer déclare qu’elle n’a été l'objet d’aucune étude (2). Mais Sir John Davy, qui l’avait vue, écrivait à Sir Iiumphrey Davy, qu’il soupçonnait le pied bienheureux d’être un ouvrage de l’art (3).

De tout temps cette empreinte fut l’objet d’un pèlerinage, non seulement des Çivaïtes qui la rapportent à Çiva, des Vichnouïtes qui l’attribuent à Rama, des Musulmans qui y reconnaissent le pas d’Ali; mais des Chrétiens qui y vénèrent le pas d’Adam ou de saint Thomas (4). D’après une inscription gravée sur le Buddhapâda de Sukhôdaya reproduite par M. Fournereau (5) ce dernier pas de Buddha serait une copie du pied sacré du Pic d’Adam (6). S’il en était vraiment ainsi, ce qui est douteux, l’empreinte

(399-414 après J.-C.;, admet sans hésiter, d’après les traditions locales que Fo, le Buddha, est venu à Sinhala, et qu’il y a laissé deux empreintes de ses pieds sacrés, l’une au nord de la ville royale et l’autre sur le fameux Pic d'Adam qui a près de 2.000 mètres de hauteur-. — J. Barthélémy Saint-Hilaire, loc. cit., p. 321.

(1) Lucien Fournereau, le Siam ancien , Paris, 1895, in-4, I, 243.

(2) L. Feer, le Buddhapada, dans L. Fournereau, le Siam ancien, P., 1895, in-4, I, 287.

(3) E. Salverte, Des Sciences occultes, 1829, in-8, I, 28.

(4) Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1890, p. 45.

(5) L. Fournereau, le Siam ancien, Paris, 1895, in-4, pl. LXVI1I.

(H) L. Fournereau, loc. cit., I, pp. 242-245 et 249-254.

du Pic d’Adam serait un ouvrage de l’art analogue aux pieds gravés que l’on rencontre chez les Birmans et les Siamois.

L’empreinte birmane de Ma-day a été dessinée par le peintre qui accompagnait l'ambassade du major Symes. C’est un véritable tableau hiéroglyphique (1)..

Nous connaissons quatre dessins d'empreintes siamoises : celle de Phra-bat, près de Lophaburi, qui nous a été donnée par Baldacus et le colonel Low (2) ; celle qu’a publiée Alabaster. en 1871, photographie du fac-similé conservé dans le grand temple Vât-phô, à Bangkok 3 ; celles qu’a reproduites M. Fournereau, toutes deux conservées à Bangkok, l'une déjà citée, conservée dans un kuti (cellule de moine) du Vât-Vang-nâ, l’autre dans le Mondob ou pavillon) de la même pagode (4).

Ces divines empreintes sont fort différentes les unes des autres soit par leur taille l'une d’elles mesure 1 m. 05 sur 0 m. 58), soit par les nombreux signes dont elles sont ornées. Ces

(1) Symes, Relation de l'ambassade anglaise envoyée dans le royaume d'Ava, Paris, an IX (1S00), Atlas, pl. VI. Sur les figures ou signes de cette image voir L. Feer dans L. Fournereau, loc. cil ., I, pp. 303-304.

(2) Transactions of lhe Royal Asialie Sociely , t. III.

(3) Alabaster. The Phrabal or siamese foot priai of Ruddha, dans The Wheel of llie Law, 1871, pp. 92-112.

(4) L. Fournereau, le Siam ancien, l. I, pl. XXI et p. 103.

LES RELIQUES DU BUDDHA

signes, d’après une vie de Buddha publiée par Alabaster, devraient être au nombre de 108. Plusieurs d’entre eux et spécialement les principaux ont une signification solaire (1). Ils donnent à penser que la plupart de ces empreintes sont d’origine liturgique. On a trouvé à Lesbos et ailleurs, sur des plantes de pieds humains figurés en reliefs, des dédicaces qui attestent que ce sont des ex-voto. M. Salomon Reinach pense que les plus anciens monuments de ce genre servaient à commémorer des Théophanies (2). Je crois que les pas du Buddha, presque tous primitivement attribués à Vichnou (3), ont dû être gravés dans une intention magique : les prêtres et les fidèles aux époques extrêmes de la course du soleil venaient sans doute les fouler dans le but de hâter les pas du fécondateur céleste (4). Plus tard, dans les pèlerinages

(1) Goblet d’Alviella, la Migration des Symboles, Paris, 1892, in-8, p. 82. Sur les signes du Buddhapàda, voir L. Feer, dans L. Fournereau, le Siam ancien , I, pp. 290-309.

(2) S. Reinacii, Les Monuments de pierre brute dans le langage et les croyances populaires, dans Revue archéologique, 1893, 3* série, t. XXI, p. 338.

(3) Senart, La Légende du Bouddha, dans Journal Asiatique, Paris, 1873. t. il, p. 278, et 1875, t. IV, pp. 120-121. — Les mythes du Bouddhisme dérivent, pour la plupart, du Vichnouïsme populaire. Cf. F. Senart, Les Origines bouddhiques, dans Conf. du Musée Guimel, Paris, 1907, in-12, p. 116.

(1) Les trois pas de Vichnou dont parle la mythologie védique font sans doute allusion aux mouvements du soleil.

dont ils furent l’objet, les femmes stériles vinrent y marcher pour obtenir des enfants 1 .

Cette première et multiple relique est incontestablement d’origine liturgique et probablement magico-liturgique.

Page 1