‹ Les remèdes des champsChapitre 3 sur 12 · HERBORISATIONS PRATIQUES · texte numérisé non relu

HERBORISATIONS PRATIQUES

Nous nous proposons , dans ces herborisations

ratiques, de diriger les instituteurs, les ecclésiasti-

ues, les volontaires de Fart de guérir, dans lafor-

lation de l'herbier des plantes médicinales qui

oissent spontanément dans leur canton ou qui

auvent y être cultivées. Nous indiquerons pour

îaque plante son histoire, ses propriétés, son em-

loi. Nous combattrons les préjugés , les erreurs

Dpulaires qui attribuent à certains végétaux des

îrtus imaginaires ou conduisent à en faire un im-

udent usage ; car s'il est dangereux d'administrer

,ns connaissances suffisantes une substance éner-

que, on peut arriver à un résultat non moins fa-

1 par l'emploi d'une substance inerte, alors que la

edu malade dépend delà promptitude des secours.

Dans les indications que nous donnerons au sujet

i la médecine domestique, nous nous efforcerons

>nc d'établir la propriété la plus marquante de

chaque plante, sa manière d'agir sur l'homme e sur les animaux, autant qu'on peut la connaître la limite de son emploi en l'absence du médecin et nous laisserons de côté tout ce qui est sujet controverse ou réclame de nouvelles expériences Nous ne craindrons pas de sortir souvent de notr cadre spécial pour étudier, au point de vue écono mique et industriel, les plantes dont nous nous oc cuperons, et nous saisirons toutes les occasion d'entrer à leur sujet dans des explications botani ques dont l'ensemble embrassera les notions élé mentaires indispensables à la formation du plu simple herbier.

Nous ne nous Bornerons pas à indiquer lej moyens de reconnaître, de cueillir et de conserve les plantes ; nous donnerons aussi quelques ins tructions sur leur culture, afin que Finstituteu puisse leur consacrer une partie de son jardin. Tou tefois, on n'oubliera pas que les plantes sauvage: sont d'ordinaire plus énergiques que celles sou mises à la culture. Ce petit jardin botanique, s modeste qu'il soit, offrirait au maître une ressource importante pour ses leçons alors qu'une excursioi dans la campagne serait impossible, et lui permet trait de suivre jour par jour avec ses élèves le: phénomènes les plus curieux de la végétation.

Mais c'est en pleine campagne, dans les prés, le: jachères, les bois , le long des fossés, au bord de: ruisseaux, près des marécages et sur les monta gnes, que se donneront les leçons les plus attrayantes et les plus fructueuses. Là, dans une intimité qui rend la parole persuasive et la grav< sans effort dans la mémoire et dans le cœur, h maître causera de science, encouragera les ques-

tions, lancera à la piste d'échantillons, et, choisis- 1 sant un type convenable, trouvera moyen d'intéres- 1 ser son curieux auditoire, avant d'avoir glissé aucun 1 mot technique ou risqué un nom latin. Il se gardera bien de commencer par expliquer pendant plusieurs heures les mots Pétale, Pistil, Ovaire, Monocotylédone, Phanérogame, etc. : ce serait effaroucher ses jeunes amis, ce serait faire de la science, et ils sont conviés à une promenade, à une partie de plaisir. Mais une fois l'intérêt éveillé, ils retiendront sans peine, à chaque séance, quelques termes étrangers, quelques mots rébarbatifs, et, au bout de quelque temps, ils auront acquis les éléments de la théorie en même temps que la pratique, et seront botanistes, sans le savoir. Que de choses on pourrait apprendre ainsi !

Comme il importe de cueillir les plantes à l'époque où les parties actives sont dans toute leur vigueur, nous avons divisé nos promenades par saisons au point de vue de leur récolte. Cette division ne peut être rigoureuse , puisque la floraison de beaucoup d'espèces et la maturation de leurs graines ou de leurs fruits peut varier en France dans une limite de cinq à six semaines. Lorsqu'il s'agit d'une racine, d'une graine, d'une écorce, le moment de la récolte n'est pas toujours opportun pour étudier la plante qui la fournit ; dans ce cas, nous aurons soin de la faire remarquer incidemment dans e cours de nos causeries et nous n'aurons qu'à rappeler quelques détails quand nous en ferons l'étude complète. Voici quelle sera la manière la plus ordinaire de procéder dans nos excursions : choisissant une plante comme type d'une certaine prq-

priété médicale, nous expliquerons son usage, son emploi, ses effets, son histoire, pendant qu'elle passera de main en main. Nous dirons alors à quelle famille elle appartient, ayant soin d'avoir tout prêt un échantillon type de cette famille, au moyen duquel nous indiquerons les principaux caractères qui la distinguent. Nous citerons alors les diverses plantes de cette famille qui nous sont familières, procédant toujours par associations de faits et d'images. Puis revenant à la propriété médicale, nous grouperons autour de la plante type celles qui jouissent des mêmes vertus à divers degrés.

Par ce moyen, nous espérons éviter l'aridité d'un cours de Botanique ou d'un traité de Matière médicale. L'esprit sera toujours tenu en éveil par la comparaison des objets, l'enchaînement des idées, le rapprochement des faits. De nombreuses répétitions, dans un ordre préconçu, favoriseront la mémoire. Les définitions, les termes techniques indispensables, appris peu à peu, sans effort, formeront, dans leur ensemble, les notions d'un cours élémentaire de Botanique ; la curiosité sera toujours entretenue et satisfaite. Voilà sur quoi nous comptons pour faire aimer nos promenades et rendre fructueuse notre école buissonnière.

Nous chercherons toujours le langage le plus simple et conserverons avec soin les noms vulgaires des plantes qui sont les plus familiers; le nom latin, mis en regard des noms vulgaires, dans l'herbier, mais que les commençants ne seront pas tenus de connaître, suffira pour éviter toute erreur.

Nous n'avons point la prétention d'offrir un traité complet, d'autant moins utile en pratique qu'il serait plus étendu. Nous présentons simplement un

cadre que chacun pourra varier selon les circonstances, selon ses goûts, ses études.

En dehors de l'utilité spéciale de nos promenades, nous croyons qu'elles pourront contribuer à développer l'amour des champs chez ceux qui sont appelés à y vivre. Il est certain que la démoralisante émigration vers les villes cessera lorsque le paysan comprendra la nature qui l'environne, les richesses qu'elle offre spontanément ou donne en échange du travail ; quand l'instruction, l'éducation, sources de moralisation et de bien-être, l'auront mis à même Centrer en pleine possession de son domaine.

Les résultats immédiats, pratiques, ne manquent pas non plus d'importance. On envoie souvent les enfants faire de l'herbe, et, s'ils ne sont pas prévenus, ils mêlent à leur récolte de fourrage des plantes malsaines ou de véritables poisons. Les pâturages sont quelquefois infestés d'herbes vénéneuses ; l'instinct n'en éloigne pas toujours les animaux, et l'on oréviendrait des accidents si l'on prenait soin de les ïétruire. Les pâtres pourraient utiliser les loisirs orcés de leur genre de vie en cueillant, dans les meilleures conditions possibles, les plantes médicilales de leur canton, pour les vendre à la ville la dIus proche.

Là où les secours du médecin sont forcément tarlifs, où la médecine domestique est le plus souvent a seule à laquelle on ait recours, par suite de rouine, de préjugés ou de pénurie, il importe de vulgariser la connaissance des plantes ; il est à souîaiter que chaque maison ait sa petite provision de •impies. On en usera avec prudence, en attendant e médecin ; on les aura sous la main, pour les emîloyer selon ses prescriptions.

Les médecins de notre génération, même ceu:| des campagnes, négligent malheureusement l'étud< de nos végétaux indigènes. Beaucoup seraient em barrasses s'il leur fallait dire le nom et les proprié tés de plantes vulgaires que leur apporte un paysan beaucoup même ne reconnaîtraient pas dans la cani pagne celles qu'ils prescrivent chaque jour , e dont ils n'ont vu que des fragments dans les bo eaux d'une pharmacie. La mode a fait adopter de plantes de l'Inde ou de l'Amérique, dont le seu mérite est d'agir d'une façon plus énergique qu< celles douées des mêmes vertus sous nos climats Alors même que nous avions autour de nous de/ agents aussi énergiques, on a donné la préférence aux produits lointains ; puis est venue la médecin* chimique, par qui Yen végétaux ont été relégués ai, second rang, et même presque entièrement né gligés.

Nous ne pensons pas avec Fernel qu'il existe en tre les plantes et les hommes d'un même clima une espèce de sympathie ou de congénialité qui le rendent spécifiques, mais nous sommes convainci que, de l'équateur au 60e degré de latitude, la Pro vidence bienfaisante a placé dans chaque pays toutes les plantes nécessaires à la guérison de nos maladies. Et cependant nous portons à l'étrangei des millions pour payer des produits dont nous fou Ions chaque jour l'équivalent sous nos pas.

Il y a donc tout avantage à vulgariser l'étude dt nos plantes médicinales : on évitera des maux e des accidents, on élargira le domaine de la méde cine domestique ; le médecin se rendra plus populaire, et partant fera plus de bien, si l'on n'a pas l craindre daller chez l'apothicaire ; l'herboristerie

Rendra une branche plus importante de cornrce, et demandera ses approvisionnements aux )itants des campagnes.

dissent ces considérations servir découragent à ceux à qui nous nous adressons ; puissent* trouver dans ces promenades tout l'intérêt que is y prenons nous-même et faire en sorte que rs jeunes amis regardent comme une fête d'alleif •boriser sous leur direction,

Lvant d'entrer en campagne, faisons quelques ommandations sur la manière d'herboriser et de mer un herbier.

Jotre bagage sera des plus simples : une ou pluirs boîtes en fer-blanc ou mieux en zinc ; quelm cahiers de papier brouillard, maintenus entre ix planches et serrés par une ficelle, pour recer les plantes ou les portions de plantes les plus icates ; un bâton ferré d'une bonne houlette ; un iteau à plusieurs lames ; un sac pour les tuberes, les écorces, etc., et, s'il se peut, une loupe, ir l'examen des parties les plus ténues des veaux.

)ans bien des cas, nous ne pourrons pas recueille même jour toutes les parties d'une plante né* Isaires pour former un échantillon complet. S: s détachons une écorce pendant l'hiver , nousns obligés de revenir, pendant la belle saison, per un rameau en fleur, et plus tard cueillir un t. Nos herborisations étant faites au point de h spécial des vertus médicinales des plantes ou quelqu'une de leurs parties, nous devrons ré-

colter la partie dont nous avons besoin au temps; sa plus grande activité, afin de nous familiarij avec l'apparence, l'odeur, la saveur caractéristiqi| Puis, pour former une page d'herbier, nous y je drons la plante entière, ou un rameau, ou au mq une fleur et une feuille.

La moisson du jour terminée, il faudra, le p tôt possible, sécher les plantes. Après avoir nett; et mondé les échantillons, on les plongera pendi quelques minutes dans de l'eau tiède légèrem alunée, et on les fera ressuyer entre des feuilles papier non collé, qui aura été d'avance passé à II d'alun et séché. Les plantes n'offrant plus de tra d'humidité à l'extérieur, on place chacune er, deux feuilles de papier aluné, et l'on superpose, échantillons , en ayant soin de mettre entre eux cahier de papier non collé. Dix ou douze échan; Ions seront alors fixés entre deux planches et s«: mis à une pression modérée, au moyen d'une pre. ou de poids quelconques. On augmentera graduq ment la pression pendant deux ou trois jours, ap lesquels les plantes seront exposées à un cour, d'air dans un endroit sec.

Pour former les pages de l'herbier, on prem du papier collé un peu fort, préalablement aluné passant dessus une éponge imbibée d'eau d'alun, l'on y fixera la plante ou ses diverses parties moyen de bandelettes de papier retenues par épingles. On inscrira au bas le nom latin delà plar celui de la famille à laquelle elle appartient; noms vulgaires; le lieu et la date de la récolte; principales vertus médicales. Chaque page libre s recouverte d'une feuille de papier non collé etalu et l'on formera avec ces pages des cahiers peu vo

LES REMÈDES DES CHAMPS il

îux portant sur la couverture l'indication des lies qui s'y trouvent, suivie de la liste des plantes prenant seulement le nom français et le nom la- Chaque page étant numérotée, ainsi que chaque er, un catalogue général portant le numéro du 3r et de la page permettra de trouver immédiamt l'échantillon cherché.

herbier le plus feuilleté est celui qui se conb le mieux, car il est moins sujet aux attaques insectes. On doit , dans tous les cas , saupoude camphre les enveloppes de l'herbier, le con- 3r dans un endroit sec, et l'exposer souvent au d air. Celui d'une école se trouvera dans d'exntes conditions , puisqu'il servira , pendant les 3 de pluie, à répéter les leçons données en plein Même si vous le destinez à une Exposition sco- , ne craignez pas de le laisser toucher par des ta un peu maladroites ou même susceptibles aisser quelques traces de leur pression. On ai-

à, constater que vous n'avez pas fait une te collection de parade ; une tache par-ci, par-

sera comme les trous de balles d'un drapeau,

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