‹ Les remplaçantesChapitre 118 sur 162 · ACTE DEUXIÈME I I · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME I I

LE DOCTEUR

Qu'est-ce que vous leur faites, à vos malades?

LE PÈRE GUERNOCHE

Quasiment rien. Il faut qu'ils aient bien envie de guarir, et puis, qu'ils croient qu'y guariront, ça suffit. LE DOCTEUR, à pari.

Il a plus raison qu'il ne croit... (Haut.) Alors, vous ne soignez que les maladies nerveuses ?

LE PÈRE GUERNOCHE

J' soigne rin du tout, positivement.

LE DOCTEUR

Ne jouez pas au plus fin. Vous vous moquez de moi avec votre air bête.

LE PÈRE GUERNOCHE

Moi ! mon Dieu!.. . mon Dieu I Faut-il s'entendre dire ça à mon âge... à soixante-dix ans et trois mois I

LE DOCTEUR

Ça pourrait vous coûter cher.

LE PÈK.E GUERNOCHE

Cher?

LE DOCTEUR

Amende et prison, vous le savez bien.

LE PÈRE GUERNOCHE

Rin du tout. Ah!... vous voulez dire que j' fais r métier de médecin?

Dame !

LE PÈRE GUERNOCHE

Vous se trompez... L' médecin, y donne d' médicaments... mé, j' n'en donne point... J' les regarde, et y guarissent. Est-y défendu d' regarder le monde ?

LE DOCTEUR

Non.

Bé alors?

LE PERE GUERNOCHE

LE DOCTEUR

Qui VOUS a donné l'idée de les regarder, pour les guarir, comme vous dites?

LE PÈRE GUERNOCHE

Eh ben, v'ià. J' faisais donc 1' métier d' berger. j' gardais les moutons à m'sieu d' Grand'pré qu'habite là, derrière l'bois à m'sieu Laurent, dont son grand père a été maire à Ebreville... V savez ben, en allant sur Hautmont ?

LE DOCTEUR

Après, après?

LE PÈRE GUERNOCHE

On racontait que j' jetais des sorts, et patati, et patata... parce que j' sommes point bavard, à cause que d'être seul avec les moutons du matin au souer, sur les côtés des collines, ça n' dispose point à jacasser, positivement.

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