ACTE TROISIEME
CequM faut faire ?... Si je le savais, ma pauvre enfant! {Avec une sorle de honte^ à voix basse.) iMais je n'en sais rienl... Tout ce que je puis, c'est attendre la prochaine crise, demain, dans huit jours... et ainsi de suite... jusqu'à celle qui m'emportera... Voilà des années, tu entends, des années que je souffre.
LUCIENNE
Des années?
LE DOCTEUR
Oui, je le cachais à tous... J'avais honte de mes douleurs que je ne pouvais soulager... Je les cachais... par orgueil, tu comprends, par orgueil de savant... Maintenant, tu vois toute ma misère... tu vois la pauvre loque humaine que je suis... comme les autres, comme tous les autres, dans une épouvantable détresse en sentant la vie s'en aller de moi... Tout de même, on ne peut pas ne rien essayer... Peut-être d'autres savent-ils... Richon.,. appelez Richon !... Suppliez-le de faire quelque chose pour moi, de trouver... d'inventer... Non! non!... (A lui-même.) Trouver, inventer... Me voilà aussi ridicule que mes malades!.. [Très large.) Ah ! si je croyais en Dieu, je me mettrais à genoux pourlui demander un miracle! {Il pleure. Après un temps.) Mais je n'y crois pas! Je ne crois même plus à la science... depuis longtemps...
JEAN, à Lucienne.
Tu entends, Lucienne, tu entends !...
LE DOCTEUR, frappant à coups redoublés sur le bras
du fauteuil.
La science I la science! la science!... Ah! ali!...
On s'imagine savoir des millions de choses!... on veut
formuler les lois de la vie... et l'on assiste, impuissant,
à sa propre agonie !... Nous ne comprenons rien à tout
ce qui se passe autour de nous, rien à ce qui se passe
en nous... Pourquoi est-ce que je meurs? La sclérose
envahit les artères... Pourquoi? Comment r Qu'est-ce
que la sclérose '... Voulez-vous que je vous dise? Nous
ne savons rien, rien, rien î... nous n'avons rien trouvé...
que des mots I (Un temps. Il se lève. Ce ne sera pas
pour cette fois encore... Je vais mieux, maintenant...
me voiîà délivré.
M. BERTRY, après un silence.
Regarde ces enfants. Tu as failli causer leur malheur. Dis-leur donc que tes affirmations étaient hasardées ; dis-leur que nous avons tous en nous des énergies suffisantes pour combattre les tares héréditaires et que nul ne naît condamné par avance à tous les désespoirs.
LUCIENNE, suppliante, avec la plus grande énwiion. Oui ! oui ! dites qu'elles sont vaines, vos théories