SCÈNE PREMIÈRE
LAZARETTE, PLANCHOT, pi/is UN BICTCLISTE, LE FACTEUH, puis DEUX FEMMES. [Au lever du rideau, Lazarette [28 ans) et Planchot [30 ans) sont à table, à droite, devant la maison. Ils finissent de déjeuner. Costumes de iiaysans.
LAZARETTE. cvoqucint uue pomiue et se levant. Voilà le soleil qui tourne... Il faut tirer le rideau de monsieur. iElle va tirer un rideau qui
fermi^ la porte de drûitf. Soutt'iiafit h' rid^av^^ Il doi't. .. Tu le vois ?
PL-\>'CHOT
Oui. Il est rigolo.
LAZARETTE. laissant reiomhe/- le rideau et reprenant sa pomme.
A-t-on de la chance, hein? Est-il b^au?
PLANCÏÏOT
C'est pas de la chance. C'est du bon travail, voilà tout.
LAZARETTE
Planchol. t'es glorieux. File s'appuie sur son épaule. Tous deu.t regardent l'enfant.) Il v a de quoi, quand on réfléchit. M. Richon a dit qu'on n'en voyait pas souvent d'aussi beaux. Quelle bonne pomme' Tiens, goûte. Flh le fait mordre à sa pomme. Eh! Ehl pas tout, hein? Qu'est-ce qu'il fera quand il sera grand?
PL,\.\CHOT
Il sera ouvrier, comme moi, parbleu.
LAZARETTE. Jiochant Ui tète.
Ça, ouvrier...
PLA.Ni.llOT
Qu'est-ce que tu veux qu'il soit?
LAZARETTE
Ah! voilà... Je ne sais pas si on pourra... mais si on pouvait...
PLANCROT
Quoi?
LAZARETTE. dcins Ufi rêve.
S'il pouvait être employé au chemin de fer !
PL-\NCHOT
Pourquoi pas ministre ?
LAZARETTE, f/iii a fini sa pomme, lui jetant le trognon à la figure.
T'es bète, Planchot... Allons, feignant, viens xii'aider à plier le linge, plutùt que de rester là devant ton gosse comme si c'était le Saint-Sacrement... Houp ! i Bourrade.
PLANCiiOT, courant après elle.
Ah! tu me bats... Attends!... (Il l'attrapp. Elle sp dèhat. Il l'embrasse.)
L\ZARETTE, duns des rires.
Planchot!... Qu'il est bête!... Ah! ah! ah! Planchot, tu me fais mal... {Très doux, sensuel ) Ah ! Planchot... Non ! ne m'embrasse pas comme ça, ça me donne des picotements partout el ça me coupe les jambes... (Passe sur la route un hici/c liste.
LE BICYCLTSTE
Paix, paix ! v'ià les mœurs ! ('// passe.
LAZARETTE
Est-il bête, celui-làs.. qu'est-ce qu'il dit?.=
[^Par-dessus la haie.\ Espèce d'imbécile !... 11 est loin. (.4 Planchât.) Allez ! attrape le bout du drap. (// le prend. File lient Vautre extrémité. Riant.) Ce que tu as Tair nigaud!... Secoue !... Tiens fort î (File le lui fait lâcher."^ Alors, quoi ! t'as pas de sang- dans les veines !
PLA.VCHOT
J'ai jamais été blanchisseuse, moi I ^Ce (jui suit en pliant le drap.^
LAZARETTE
Oui. S'il pouvait être employé de chemin de fer, c'est un bon métier.
pla.N(:hot Faut des protections.
LAZARETTE
Naturellement.
Et de l'instruction.
■ LAZARETTE
Je le sais bien.
PLANCHOT
Ce n'est pas avec ce que nous gagnons qu'on pourra...
L,\ZARETTE, parlant du drap.
Plie-le de côté, voyons... Encore... Viens... [File joint les deux extrémités que tenait Planchât
LES KEMl'LAr.AMES
à celles quelle tenait elle-iiième.) Nous avons trop de loyer. Il faudrait trouver une maison plus petite. Et économiser encore.
l'LANCllOT
On pourra essayer.
LAZAREÏTE
Quand on se prive pour son mioche, ça ne coûte pas.
PLANCHOT
Certainement.
LAZARETTE
Comment font les autres?
PLANCIIOT
Quels autres?
Tout le monde. Les Valin?
PLANCHOT
La femme a été nourrice à Paris.
LAZARETTE
Et les Boutard ?
PLANCHOT
Ils ont pris un nourrisson... { Parait le facleur sur la route.)
LE FACTEUR
Bonjour, la compagnie.
PL-\.\C11(JT cl LAZARETIE
Monsieur Honoré, bonjour... qu'est-ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui ?
LE FACTEUR, à PlanrJiut.
Votre oncle est de retour de Paris.
PLANCHOT
Mon oncle François ?
LE FA(.TEt R
Oui.
Comment se fait-il que nous ne l'ayons pas encore vu?
LE FACTEUR
Il est allé à Fond-d'Herbes.
PLANCIIOT
A-t-il ramené du monde?
LE FACTEUR
Deux enfants de l'hospice pour Xeuville-sur- Ouche.
PLANCIIOT
Et pour notre commune?
LE FACTEUR
Rien... Si. Un petit bourgeois du bureau de placement. [Un Icmps.) Il parait que la Perrin est très bien où elle est, qu'elle se fait des mois... de je ne sais pas combien... Oh! il ne va pas tarder à venir... Au revoir.
PLANCllOT t't LAZAHETTE
Bonjour, monsieur Honoré. (L'' f'artnur suii .sa l'un te.)
PLA.Nciiuï, à Lazarell'-'.
Toi, tu n'es pas de ce pays-ci, tu ne peux pas comprendre ça...
LAZARETTE^ foihleïiien l .
Si, je le comprends.
PLANCllOÏ
Non.
LAZARETTE Si.
PLANCIIOT
C'est pourtant pas bien loin chez toi... Et les femmes ne sont pas nourrices.
LAZARETTE
Ce n"est pas la mode.
PLANCIIOT
Ici, elles le sont toutes... Toi, tu ne voudrais pas?