ACTE PREMIER :; I
MADAME LONGUYON
Très gai, n'est-ce pas ?
MADA^:E DE CÂTTENIÈRES
Il est vrai qu'il était conduit par le docteur La Belleuse, le premier meneur de cotillon de l'époque !
LE DOMESTIQUE
M. le docteur La Belleuse. {Entre La Belleuse,
LA BELLEUSE
C'est de moi que vous riez ?... [A Longuyon qui s'est levé.) Bonjour, Longuyon 1
MADAME DE CATTENIERES
C'est à propos de vous... Je disais à M. Longuyon que vous devez en avoir, des succès, parmi vos jolies clientes.
LA BELLEUSE, imitant malgré lui le docteur Bertry.
Vous faites, madame, une erreur que commettent presque tous les gens du monde. Erreur regrettable. Le cabinet d'un médecin n'est pas un boudoir, je vous assure ; c'est le confessionnal des misères humaines, et lorsqu'on y parle de l'amour, c'est beaucoup moins gai que vous ne l'imaginez... Pour nous, une cliente n'est pas une femme, c'est une malade et voilà tout !
MADAME DE CATTENIERES
Je m'excuse. {Elle reste assise.)
32 l'évasion
LONGUYON
Vous êtes un honnête homme, docteur! {Bas.) Dites-moi, j'ai deux mots à vous dire... Voici:... ma femme ne veut pas se décider à aller vous voir, bien que je l'en prie... et sa santé m'inquiète... Voulez-vous profiter de cette rencontre pour la sermonner un peu?... Ce serait bien aimable à vous!
LA BELLEUSE
Très volontiers.
LONGUYON, qui a conduit La Belleuse auprès de sa femme ^ laquelle s'était un peu détournée.
Je vous laisse ! {Il retourne auprès de niadame de Cattenières, s'excuse, s'accoude à la cheminée, et de là fait des petits signes à La Belleuse, debout au-dessus de la table, près de madame Longuyon.)
LA BELLEUSE, à niadame Longuyon, à mi-voix.
Dites donc, Hélène, je vous ai attendue hier toute l'après-midi.
MADAME LONGUYON
Je n'ai pas pu venir.
LA BELLEUSE
Vous ne m'aimez donc pas ?
MADAME LONGUYON
Vous savez bien que si ! ... Vous souriez ?...
LA BELLEUSE
Oui, votre mari me fait des signes d'encouragement...