‹ Les remplaçantes; pièce en trois actesChapitre 23 sur 46 · SCÈNE II LAZARETTE, MARIE, puis EDMOND · texte numérisé non relu

SCÈNE II LAZARETTE, MARIE, puis EDMOND

Des biscuits avec delà bière!... Je n'ai pas faim de biscuits avec de la bière. Je n'en mangerai pas... Moi, d'abord, je ne peux plus... je ne peux plus manger tant que ça!... On me fera ce qu'on voudra, je ne peux plus... Des lentilles, du bifteck, <les lentilles, du veau, des lentilles et du mouton à chaque repas, avec de la bière... Non, je ne peux pas, je ne peux plus.

MARIE

Il le faut cependant. Nounou. Madame a dit que je vous fasse servir quelque chose. Venez à la salle à manger.

ii LES REMPLAÇANTES

LAZARETTE, (Icins iiu fauteuU.

Je n'irai pas à la salle à manger.

MARIE

Alors, on vous servira ici. Dites ce que vous voulez.

LAZARETTE

Je veux des artichauts avec du vinaigre.

MARIE

Oh! Nounou ! M. Guy serait malade demain.

LAZARETTE

Alors, donnez-moi une bistouille.

MARIE

Une quoi ?

Une bistouille. Il me semble que je prononce bien, pourtant... Du café avec de leau-de-vie,

MARIE

Oh! Nounou! Et M. Guy!

LAZARETTE

Ça lui donnera des forces.

MARIE

Écoutez, Nounou. Si vous me promettez de ne pas le dire à madame, je vais vous faire donner du malaga. . .

LAZARETTE

Allons! je veux bien. (J/arte ya à la porte.)

Moi, je ne peux plus. Toutes mes robes sont trop étroites... Tenez, Marie... Regardez... U n'y a pas un mois qu'on jn'a acheté celle-ci... Essayez de mettre votre main... Non, mais essayez. [Edmond entre avec trois verres et une bouteille sur un plateau. Edmond est un admirable valet de chambre. \

EDMOND

Biscuits et Malaga !...

LAZAREÏÏE

Et voilà encore cet autre flambart qui arrive avec son plateau... Si on m'avait dit que le malaga me ferait un jour l'effet d'une médecine ! [Edmond a versé. Elle boit.] Qu'est-ce que c'est que ça! En voilà une drogue... Je ne veux pas de cette saleté-là... C'est le Malaga des maîtres, ça, ça n'est pas le mien !

EDMOND

En effet. Il y a erreur. (// sort.)

LAZARETTE

D'abord, elle ne m"a jamais plu, cette robelà. J'en veux une autre. J'en veux une verte... Vous le direz à madame... [Elle se lève et va devant la glace.) J'ai vu une autre nourrice aux Champs-Elysées, qui en avait une verte, j'en veux une verte... Et puis, si on ne m'en donne pas une verte, on verra si ça fera du

bien à M. Guy, de me contrarier... on verra... on verra.

« MARIE

Vous en aurez une verte. Je le dirai à madame.

EDMOND, revenant.

Biscuits et malaga.

LAZARETÏE

Encore... {A Marie.) On verra... AIi ! on me bourre comme ça... Alors, qu'on paye les robes... Ah I si je pouvais inventer quelque chose qui ferait enrager madame sans faire du mal au petit !

MARIE

Vous en voulez donc à madame?...

LAZARETTE

Ah ! oui...

Pourquoi ?

LAZARETTE

Je ne saurais pas le dire.

EDMOND

Vous avez tort, Nounou. Les domestiques peuvent mépriser les maîtres, mais ils ne doivent pas les détester.

LAZARETTE

Parce que ?

EDMOND, lui tendant un verre plein.

Parce que ce serait trop fatigant.

LAZAHETTE

Il a toujours des choses à dire qu'on n'a pas encore entendues... {tUe boit.) Ça fait du bien tout de même... Ouf! Par exemple, je ne peux plus me remuer... Marie, passez-moi donc mon mouchoir, là, sur la table...

MARIE, à Edino7id, trinquant.

Si on ne dirait pas que c'est elle, la patronne. {Elle boit et lui donne son mouchoir.)

EDMOND

Parbleu ! Demandez un peu à M. Guy laquelle des deux il a envie d'appeler maman. (// boit.)

Nounou, je demanderai votre robe verte : mais vous devriez bien dire à madame que sa robe noire, en petite soie, n'est plus assez fraîche, et qu'elle ferait bien de me la donner.

LAZARETTE

Je ne demande pas mieux ; moi, je n'en veux pas : elle ne fait pas assez d'efï'et. {Marie .sort.)

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