SCÈNE PREMIÈRE LAZaRETTE, ADÈLE
L.AZARETTE, 6)1 toUellc de nourrice parisienne, est devant la porte ouverte du premier plan. En attendant que son berceau revienne de chez son grand père, monsieur va faire dodo dans le lit à sa maman .. Là !... 11 dort... Ouf ! [Elle regarde auteur d'elle.) Et me voilà revenue chez moi... Et mon mioche n'est pas malade...
LK.S HEMPLAÇANTES 127
AltKLE
Mais, tu n'as donc pas reçu mes deux lettres... l.a dernière, je l'ai mise à la poste avant hier. LAZARETPE, avec. des rires.
Mais si 1 Mais ta lettre, c'est ça qui a fait découvrir le pot aux roses. C'est comme ça que j'ai su que tu m'avais envoyé une dépèche signée Planchot... Je te raconterai ça... Non. mais, il va bien- On ne dirait pas trop qu'il a été malade, tu sais... Je n'en reviens pas...
ADÈLE
Puisque je t'avais écrit...
LAZARETTE
Oui ! mais je ne croyais plus à rien après la chose que mes bourgeois m'avaient faite...
ADÈLE
Quelle chose ?
LAZAIÎETTE
ïu ne comprends rien... Ta dépèche... tu sais bien, ta dépèche...
ADÈLE
Tu ne l'as pas reçue ?
LAZARETTE
Non.
ADÈLE
Mais, c'est moi qui l'ai portée au télégraphe...
128 LES REMPLAr.ANTES
LAZARETÏE
Je sais bien... Seulement, mes bourgeois ne me l'ont pas donnée, par peur que je m'en aille ..
ADÈLE
C'est donc ça que tu n"es pas venue?
LAZARETTE
Tiens, parbleu!... L'autre jour, quand j'ai reçu ta première lettre, disant qu'il était guéri, ils ont fini par m'avouer qu'ils avaient ouvert ta dépêche, et qu'ils ne me l'avaient pas donnée pour ne pas que je me mette les sangs à l'envers.
ADÈLE, simplement.
En voilà des cochons I
LAZARETTE
C'est ce que je leur ai dit.
ADÈLE, de même.
T'as bien fait.
LAZARETTE, (laiis des rires.
Seulement, j'ai fait cette réflexion, qu'ils pourraient bien recommencer, et que la prochaine fois, on n'aurait peut-être pas la chance qu'il guérisse sans moi. Alors, je suis partie tout de suite en coup de tête.
ADÈLE
Tu as eu tort.
Li:s liEMTLAVANTKS 12')
LAZARETTl^
Ça se peut, mais, je me disais que peut-être ils mentaient encore.
ADÈLE
Et leur enfant?
LAZARETTE
Il ne manque pas de nourrices, dans les bureaux. Je te dis, j'étais comme folle. Je n'ai pensé à rien ; il m'est monté des idées... des idées... que peut-être, ils t'avaient écrit, qu'il était toujours malade, que j'allais sans doute le trouver... Des bêtises, quoi... Les idées, ça marche, ça marche... dans le train surtout... parce que je suis venue en express... oui, ma chère, en seconde. Si le père Planchot savait ça, c'est pour le coup quil m'appellerait marquise... Je te dis, ça me bourdonnait dans la tête, mes idées allaient aussi vite que les roues... Je n'ai pas été longtemps pour aller de la gare à la maison du père Planchot, je t'assure... Ainsi, il avait eu des convulsions, le pauvre mioche. C'est ça qui t'a etïrayée...
ADÈLE
Oui... tu m'avais dit. .
LAZARETTE
Alors... où est-ce que j'en étais ?... J'arrive chez le père Planchot... Personne. Le père Plan-
cbot était au cabaret, la mère Planchot à sa cuisine. Je vais au berceau dans le coin. Je te dis, je m'attendais à ne plus trouver qu'un pauvre tout petit, tout petit... Pas du tout, je vois mon gosse bien frais — pas gros, comme si je ne Tavais pas quitté, c'est sûr, mais bien portant — Alors... tu sais comme je suis bête, j'ai pas pu m'empêcher de crier. Ça l'a réveillé, il a eu peur. Il a pleuré, jai pleuré aussi. A nous deux, on faisait une musique de tous les diables... La mère Planchot est venue, je ne me rappelle plus ce que je lui ai dit, j'ai pris mon petit et je lai rencontrée en arrivant ici... [Rires.) Hein ! c'est rigolo... {Rires.) Cette petite Adèle... Et toi, le fils Bordin? Vous vous mariez bientôt ?
ADÈLE
Figure-toi...
LAZARTTE
Alors, attends donc... attends donc... tu vas rire. Alors, pour voir, sur le chemin, je lui ai parlé. Il m'a dit «niaman»... presque! Quand j'étais pas là, il était bien forcé de le dire à la mère Planchot, pas vrai?... Non, mais vois-tu cet aplomb, de garder ta dépèche... Oh! je ne leur en veux plus... au contraire, puisque c'est ça qui m'a fait revenir. {Jiire.) Parce que voilà ce qui est le plus farce, c est ça qui m'a fait rêve-
LES ri:mi'Lai;anti:s |;{1
nir... Sont-ils bétes, hein?... {/{ive.) Mais tu ne m'a;^ pas répondu, toi, pour le fils Bordin ?
ADÈLE
On se mariera après le baptême...
Oui... Y en a qui font le contraire, mais ça ne l'ait rien. Tu t'en moques, pas vrai?.,. {Avec indi/féroicc.) Alors, Planchot, il n'a jamais eu le pied foulé, bien entendu, et il fricotte avec madame Jean, hein?...
ADÈLE
Non., mais non...
LAZARETTE, rcmonlaul ii l^annoire.
Oh! tu peux me dire oui, je le sais. Ce que ça m'est égal!... J'en reviens pas moi-même. [Redescendant.) Seulement je ne vas tout de même pas les laisser continuer à fricotter ensemble, maintenant que je suis là. On a un homme, c'est pas pour les autres, hein?
ADÈLE
Sur.
LAZARETTE
Kile ne lui faisait pas son ménage, sa bonne amie... C'est y sale ! Non, mais, c'est y sale ! Regarde-moi ça... Les habits sur les chaises... Et les papiers à charcuterie par terre, et les verres...
et les bouteilles... [Rires.) Non mais c"est y sale! c'est y sale ! Oli ! oh ! oh ! s'agit pas de s'endormir. Tu vas me donner un coup de main ? [Commençant àse déshabiller.) Moi, je vas retirer tous ces afi'utiaux là... Ous qu'est mon caraco? [Elle va les chercher dans le placard du fond. En rellranl son corsage.) J'ai de la chance tout de même, qu'il soit bien portant. Regarde Marie Martin.
ADELE
Oui, le sien est mort huit jours après qu'elle lui a fait faire le voyage de Paris pour se placer.
LAZARETTE
Et Ângèle, la grosse An gèle...
ADÈLE
Il a duré plus longtemps... Et celui de Léo ntine.
LAZARETTE
Celui-là, c'est le biberon qui l'a emporté,..
ADÈLE
On disait qu'il avait pris froid pendant le voyage.
LAZARETTE
Dame... en plein hiver, la meneuse a beau les mettre sur les bouillottes des wagons..,
LES reiM1'LA(;a.ntes 1;}''{
ADÈLE
J II lia me disait que par les grandes chaleurs, c'était encore pis...
LA/.AHETTi:
Et ma jupe... Fasse-moi ma jupe.