SCÈNE V LAZAUKTTi:, MADAME .lEAN
.MAllAME .lEA.N
C'est pas vrai. C'est pas parce que je suis trop vieille, mais c'est pas vrai. Sûr que si j'en avais eu envie, j'en aurais fait ce que j'aurais voulu, de votre espèce d'emplâtre. Mais il est pas assez bien pour moi.
LAZARETTE
Qu'est-ce qu'il vous faut? Un domestique de grande maison, alors? Non, mais regardez moi ça... Fichez moi le camp, allez ! Je vous crois :
c'est pas vrai. Mais c'est j^as parce que vous me le dites que je le crois.
MADAME JEAN
Pourquoi ça ?
LAZARETTE
Parce que Planchot, si tant faim qu'il ait, ne mangepaslesrestes de tout le monde.
MADAME JEAN
Qu'est-ce que vous avez dit ?...
LAZAREÏÏE
Je dis que Planchot. s'il avait eu envie de mal faire, aurait été chercher une jolie fille.
MADAME JEAN
Ah ! c'est comme ça ! Eh bien oui, je l'ai eu ton homme !
LAZARETTE
C'est pas vrai 1
MADAME JEAN
Et puis tant que jai voulu, encore...
LAZARETTE
C'est pas vrai !
MADAME JEAN
Et puis qu'il s'en est fourré jusque-là encore ! Et qu'il me disait qu'il n'avait jamais été aussi heureux.
LES REMPLAtjANTES 1 i7
LAZA)U:iTi-:
C'est pas vrai ! C'est pas vrai !
MADAME JEAN
Et puis qu'il me disait que ça durerait toujours.
LAZAKETTE
C'est pas vrai !
MADAME JEAN
Et puis qu'il était content que tu sois partie, et qu'il espérait que tu ne reviendrais jamais, et qu'il avait assez de toi, et que tu le dégoûtais ! Oui, il m"a dit que tu le dégoûtais ! que tu le dégoûtais 1
LAZAREÏTE
Tu vas te taire !...
MADAME JEAN
Oui, je lai eu ! oui, je l'ai eu ! oui, je Pai eu !
LAZAHETTE. la poussant dehors.
C'est pas vrai ! Je te dis ! Je te dis que c'est pas vrai ! [Elles se balleal. Madame Jean se trouvait près de lajiorle. La poussée de Lazaretlc la fait sortir. Elles ne se lâchent pas et disparaissent. — On entend des cris et des mots.)
MADAME JEAN, au dehors.
Ah ! tu m'égralignes, sans le sou !
LAZARETTE, au dehovs.
Voilà pour toi, fille à soldats !...
MADAME JEAN, criant au dehors.
Oh là ! là ! Elle va me tuer !... Oh là là !
LAZARETTE, de même.
T"en as assez hein ! Ah ! tu as couché avec lui tous les soirs. Tiens! voilà pour lundi: tiens voilà pour mardi...
MADAME JEAN
Assez! assez'... [Les cris s'éloignent.)
Va montrer ta sale figure à ton mari, maintenant, et dis-lui qu'il vienne me demander pourquoi je t'ai arrangée comme ça.
l'LANCHOT, entrant en scène.
Mais elles s'assassinent ! {Revient Luzareile, chignon défait, corsage déchiré., joue sanglante. Elle remet sa jupe cl s'essuie la figure.)