SCÈNE VI
I.AZAIIETTE, PLANCHOT, Lorsqu'elle voit Planchât Lazarette va vers lui. Ses nerfs se détendent, elle se met à pleurer avec une yrimace (C enfant.
LAZARETTE
Planchot ! mon petit Planchot... Elle m'a battue...
LES REMI'LAi.ANTKS 1 iîJ
PLANCliOT
.le te r.ivais (lit... [AUcndri.) Ne pleure pas, allons. Elle t"a fait mal?...
LAZAHF.TII-:
Oui... tiens... là... [Elle mon Ire sa joue égralif/née.) Et là, dans le cou, elle m'a griflée...
PLANCliOT
Ce n'est rien... Allons, ce n'est rien... Tu Tas battue aussi, toi, pas vrai?...
LAZAHETTE
Ça oui... Elle a les marques. {Avec un sourire.) Je l'ai bien égratignée... Et son chignon!... [Rires el larmes à la fois.) Y a sa natte qui m'est restée dans la main... Elle, elle m'a bien prise aux cheveux, seulement les miens... [Avec orgueil.) les miens, ils tiennent 1
PLANCliOT
Tu ne lui as pas fait trop de mal?.., lazari:tte
-Non. Elle est partie en ramassant sa perruque... J'étais bien en colère, mais J'avais tout de même envie de rire... [Encore des sanglots, bien qu'elle )te pleure plus.) Elle n'y reviendra pas, va... Seulement, pourquoi qu'elle m'a dit ce qu'elle m'a dit? Tout ce qu'elle a pu inventer pour me faire du chagrin, elle me l'a
jeté à la figure... Oh ! Planchot, mon petit Plancliot ! Si c'était vrai!...
PLANCUOT
Tu vas croire tout ce qu'elle t'a raconté... Alors, t'as pas compris?... Non. T'as pas compris?... Je te croyais plus maline...
LAZARETTE
J'ai pas compris, quoi?...
PLANCllOT
Mais elle a dû te dire aussi que j'allais avec elle tous les soirs...
LAZARETTE
Oui.
PLANCUOT
Tu vois bien... Tunecomprends pasencore?...
LAZARETTE
Si... un peu... seulement, je voudrais tout de même que tu m'expliques...
PLANCUOT
Tu l'as méprisée... Tu lui as dit qu'elle était trop vieille... Alors, ça l'a fait rager parce que c'est vrai.
LAZARETTE
Est-ce pas que c'est vrai qu'elle est trop vieille, est-ce pas que c'est vrai? Ah ! t'es gentil
de me dire ça... Sa nalle, je te dis... je la vois encore. Après?... Alors, tu dis qu'elle est trop vieille... Après?...
PLANCUÛT
Je parie que c'est elle qui s'est vantée de t'avoir pris ton homme !...
LAZAREïll
Oui...
PLANCiiOT, triomphant.
Ah !... c'est pour se venger de ce que lu lui as dit ça...
LAZARETTE
Oui, mais tous les détails qu'elle m'a donnés. . .
PIANCUOT
Tiens, parbleu, elle n'a pas de peine à en donner, des détails...
LAZARETTE
Parce qu'elle a couru avec tout le monde, n'est-ce pas? C'est ce que lu veux dire, hein ?
PLANCIIOT
Mais oui...
LAZARETTE
Tu es en train de m'enjùler et de me faire voir des étoiles (Mi plein jour...
PLANCUOT
Mais non...
ir>2 LES REMI'LAt'.ANTES
LAZARETTE
Enfin, pendant tout le temps que je n'ai pas élélô, tune fespas bien conduit, tout de même...
PLANCITOT
Non. Je ne me suis pas bien conduit. J'ai traîné dans tous les cabarets... Jubier te disait qu'on cherchait de l'ouvrage. C'est des mente. ries. On jouait au billard et puis aux dominos...
.LAZARETTE
Si j'étais sûre que tu n'aies fait que ça...
PLANCUOT
Tu vois bien que je te dis tout. Si j'avais fait autre chose, je te le dirais... Rélléchis... Puisque je te dis tout, si j'avais fait autre chose, je te le dirais, c'est clair comme deux et deux font c^uatre... J'ai eu des torts, je te le dis. Seulement» qu'est-ce que tu veux ? Les premiers temps, j'ai voulu travailler pour de vrai. Les autres se sont moqués de moi. Tous les maris des nourrices sont à peu près comme Jubier... Ça se comprend, n'est-ce pas. On a de l'argent, on est tout seul... Ça n'est pas gai de rentrer dans la maison toute vide... Alors, on reste au cabaret le plus tard qu'on peut, on joue aux cartes, on boit trop, et le lendemain matin, on n'a guère envie d'aller travailler... Je ne ne dis pas ça pour faire croire que j'avais raison, c'est pour t'expliquer.
LAZARETTE
Alors, tu renniiyais, tout seul... tu t'ennuyais, sans moi?
l'LA.NClKlT
Bien sur. C'est pourçacfueje buvais... pour m'étourdir. Tu demanderas à Adèle...
LAZARETTE
Justement. Adèle sait tout et elle m'a tout dit parce que je lui ai fait croire que je savais tout. Oui, Adèle, qui est une bonne petite créature du bon Dieu, quand je lui dit qu'on m'avait tout raconté, elle n'a pas dit non. Et la mère Jean, elle est venue tout à l'heure, parce qu'elle croyait que tu étais seule, elle a d'abord essayé de m'en faire croire, et puis elle m'a dit la vérité... Maintenant, il ne faut plus soutenir le contraire.
PLAN eu OT
Mais je t'assure...
LAZAliiyiTE
Non, Plancliot ! Non... Si tu continues à dire non, je t'en voudrai plus encore parce que je sais que ce serait des mensonges... Je ne te demande pas de me dire oui. C'est pas la peine. J'en suis certaine comme si je vous avais vus... Seulement où je crois bien qu'elle a menti, elle, c'est dans ce qu'elle a ajouté... Ça, si c'était
vrai : il n'y aurait quune chose à faire: s'en aller chacun de notre côté... Regarde-moi bien... c'est vrai que tu lui as dit que tu n'avais jamais été aussi heureux,., que tu avait assez de moi... que je te dégoûtais?...
PLANCIIOT
Elle t'a dit ça ! Elle t'a dit ça! Alors, c'est une gueuse!... Si elle essaye de te faire croire des choses pareilles, alors, c'est fini de plaisanter... Et je vas parler, moi... Oh! ça, inventer ça... Écoute, Lazarette... c'est vrai, j'ai été avec elle... Ça me fait de la peine de te l'avouer... peut-être qu'il vaudrait mieux pas... Mais je veux te dire la vérité... Si je te mentais là-dessus, tu pourrais croire que je te mens aussi sur le reste... Tu sais que c'est une femme qu'il n'y a qu'à la regarder pour qu'elle réponde oui. Alors, tu penses bien que j'ai pas pu lui dire ce qu'elle a inventé... Je te le jure, Lazarette. Je te demande pardon pour l'autre chose. Mais pour ça je ne peux pas te demander pardon, puisque j'ensuis pas fautif.
LAZARETTE
Je te crois... Je ne t'en veux pas... Ça me fait du chagrin, mais je ne t'en veux pas.. Seulement, vois-tu, Planchot, c'est mauvais que l'homme et la femme soient séparés... Si tu veux
LES HKMFLAÇANTES 155
que nous vieillissions ensemble, bien heureux — on travaillant, bien entendu, comme ça doit être — il ne faut plus nous en aller un ici, un là-bas. Si tu veux qu'on fasse une famille, une bonne, avec des enfants que nous aimerons, il ne faut pas.
PLANCJIOÏ
Non, il ne faut pas...
LAZAF{ETTE
Tu dis ça, mais auras-tu le courage... Tout le monde va demander que je retourne là-bas. Moi je ne veux pas. Écoute. C'est pas par paresse. A Paris, j'avais pour ainsi dire des domestiques. Ici, je me mettrai laveuse. J'aurai plus de mal, pas vrai? Eh bien, j'aime mieux, j'aime mieux. Ou alors, il faut dire que tout ça est oublié, et que notre petit de maintenant, il grandira comme il pourra sans papa ni maman. Parce que si je retourne là-bas, c'est lini. Toi, tu perdras l'habitude de travailler, et tu arriveras à m'oublier. Et moi... moi aussi je perdrai l'habitude de travailler... et... à Paris, je finirai peut-être par faire comme les autres, et courir avec Pierre ou avec Paul... Tu vois... C'est pour ton petit autant que pour moi, ce que je le demande là...
PLANC'.llOT