LA NATURE
Introduction.
Li'esprir n'habite pas sous les confusions D'atomes tniraîrtés dans les métamorphoses : — C'est la Forme, oscillant sous des i-ibraiions , Qui nous montre la Vie au plus secret des choses.
La Vie des Morts.
L'Etre attend le contour pour se manifester^ Et sa source j cachée aux entrailles du monde ^ Vers les frêles canaux qu^ elle fait éclater Pousse éternellement son eau vive et profonde.
Elle jaillit sous V herbe et court sous les glaçons ; Sève ardente p elle mord l'écorce de la Terre ^ Fait monter vers Vayir la splendeur des moissons ^ Soulève la montagne et creuse le cratère,
La nature à ses jeux sans nombre s'assouplit: Chaque accident trahit le germe qu'il recèle^ Ety comme un ruisseau court partout où s'ouvre un lit^ L'Ame vient habiter chaque forme nouvelle.
Une part de cette âme errait dans les tombeaux ^ Fuyant les nœuds rompus de la chair déliée; Un vent mystérieux la prit à ces lambeaux .
Emportant le secret de la Forme oubliée.
La Vie des Morts. 5
Et y dans ses renouveaux étranges^ inouïs ^ Cette Ame des tombeaux garde ^ pour la pensée ^ Un souvenir Jiottant des corps évanouis ^ Comme une empreinte vague et par l'âge effacée.
Les Arbres.
m^ grands chênes ^ pareils à de sombres amants y Tordent dans Pair leurs bras où pend leur chevelure ^ Et y debout sous le vent^ ont la sinistre allure Des mornes désespoirs et des accablements.
La Vie des Morts.
Comme un prince rrès^vieux dont la tête vacille Sous le poids des longs J ours ^le bouleau maigre et blanc. Haut et d'argent vêtu^ se dresse somnolent Dans une majesté vaguement imbécile.
Les peupliers ardus ont Pair d* âpres chercheurs Que sèche la pensée et qu'alanguit le rêve y Qui y vers l'azur tendus ^ y poursuivent sans trêve Des nuages volants les mortelles fraîcheurs.
Près des sources où dort Pâme errante des fieuves Qu'ont bus les sables d'or et les soleils jaloux. Pleure y au front incliné des saules à genoux . L'immortelle douleur des mères et des veuves,
— C'est qu'ils portent en eux y les arbres fraternels ^ Tous les débris épars de l'humanité morte Qui Jlotte dans leur sève et ^de la terre ^ apporte A leurs vivants rameaux ses aspects éternels.
La Vie des Morts.
Etf tandis qu'affranchis par les métamorphoses ^ Les corps brisent enfin leur moule passager ^ L'Esprit demeure et semble à jamais se figer Dans l'immobilité symbolique des choses.
Les Broussailles
\^'est l'âme des aïeux que vers l'azur clément Les grands arbres des bois élèvent lentement^ Debout dans leur vieillesse héroïque et superbe; Nos morts ^ nos jeunes morts ^ à nous^ dorment sous l'herbe.
8 La Vie des Morts.
Quelque broussaille^ à peine ^ aux feuillages penchés , Jette un rameau vivant sur les premiers couchés Et rend à nos regards y à Vair sacré qui passe ^ Aux rayons du soleil^ aux ailes de V espace
Un peu de ce qui fut autrefois notre cœur!
Et la ronce } pareille au souvenir vainqueur Qui ploie à ses liens toute peine qui dure^ Cloue à leurs vains tombeaux cette pâle verdure.
Sous cette épine ^ aussi ^ ce qui reste de nous Se penche et se déchire et brise nos genoux Et courbe notre front que le deuil rend austère Jusqu'aux embrassements suprêmes de la Terre,
Et la Terre y sentant ce filial baiser Que sur son sein maudit tout homme vient poser ^ S'émeut et prend pitié de nos destins moroses Et ^ parmi ces buissons ^ laisse croître des roses
La Vie des Morts.
Où se respire encor l'âme des bien^aimés ^ Dans le recueillement des longs soirs parfumés ^ A V heure où^ scintillant comme un pleur sous des voiles. La tristesse des nuits monte aux yeux des étoiles.
Les Sources.
Crrant sous le dôme emperlé Des verdures ensommeillées ^ Parfois y au sortir des feuillées y L'œil clair des sources m'a troublé.
lo La Vie des Morts.
— Ueau regarde : — et l'aurore éveille Dans ce regard lent et discret Comme Vétonnement secret
D'un jeune esprit qui s' émer veille.
Comme en un rêve de candeur ^ L'eau regarde j et l'étrange Jlamme Des choses gui viennent d'une âme Illumine sa profondeur.
L'œil des sources est plein de larmes Et plein de reproches perdus ^ Et des remords inattendus S'y rejlètent comme des armes
Le long d'un bouclier d'argent :
— La Vie est là qui y solennelle.
Attend et darde sa prunelle Fixe sur le monde changeant!
La Vie des Morts. ii
— La Vie aux éléments rendue Par les héritiers du limon ^ Foule sans yeux ^ foule sans nom y Sous l'éternité descendue.
Les Nuages.
Les morts vont vite.