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Uu front des sources qui^ sans trêve y Se lamentent sous les galons ^ Vers le ciel bleu des horizons Ils sont remontés^ comme un rêve:
12 La Vie des Morts.
Fils des terrestres éléments ^ Nés des pleurs éternels de V onde y Plus haut que ses gémissements Ils ont fui par delà le Monde!
Et j -sous leurs ailes obscurci ^ L'azur attristé les emporte^ Les Nuages^ blanche cohorte...
— Les Morts légers passent ainsi.
S'il est vrai que les morts vont vite , D'où viennent^ils y où s'en vont^ils ^ Ces souffles errants et subtils Qu'une âme vagabonde habite?
La Vie des Morts. 13
Oh! si cous vivei sans remords , Votre douleur fut éphémère^ Vous qui laisse^ errer vos morts Ainsi que des enfants sans mère!
— Les miens! — fai su les retenir Dans mon cœur^ jalouse demeure Oà chaque matin je les pleure Pour les empêcher de partir.
Pour les empêcher de partir Je leur parle avec vigilance , Je les écoute^ — et leur silence Ne lasse pas mon souvenir!
14 La Vie des Morts.
Car Voubli seul donne des ailes Aux morts que nous avons pleures^ Et ^ si vous êtes immortelles ^ Ames^ mes sœurs ^ vous m'attendre{!
La même fange nous rassemble ; Le même ayir^ Dieu nous le doit!
— Quand le nid devient trop étroit ^ Tous les oiseaux partent ensemble.
Aux oiseaux vagabonds pareils ^ Les nuages ^ blanche cohorte ^ Plus haut que Vayir qui les porte ^ Montent^ils vers d'autres soleils?
La Vie des Mores. 15
Par delà les sphères mortelles ^ Rencontrent-ils des deux plus beaux?
— Où vont ces Icares nouveaux Fondre la neige de leurs ailes?
Tristes de l'éternel souci Que font les choses inconnues ^ Nous poursuivons le vol des nues, . .
— Les Morts légers passent ainsi!
Les Astres.
y^omme au front monstrueux d'une bête géante Des yeux y des yeux sans nombre^ effroyables ^ hagards. Les Astres^ dans la nue impassible et béante^ Versent leurs rayons d'or pareils à des regards.
La Vie des Morts.
Des haines ^ des amours ^ tout ce qui fut le mondes Vibrent dans ces regards obstinés et vainqueurs ; Et la bête ^ sans doute ^ a broyé bien des cœurs ^ Pour que toute la vie en ses yeux se confonde.
Ceux que Vhydre a couchés dans sesjlancs ténébreux ^ Ce sont nos morts sacrés^ devenus la pâture Des éléments y cruelle et lente sépulture!
U univers famélique a mis la dent sur eux y
Et du sang paternel et de la chair des Justes ^ Et de la chair des beaux ^ et de la chair des forts ^ Nourri y gorgé ^ tout plein de Pâme de nos morts ^ Sent brûler en ses yeux leurs passions augustes.
Lumière de Vénus ^ feux pâles et mouvants ^ Rouge et sanglant Jlambeau que Sirius allume^ Soleil d'or où V esprit d'Icare se consume ^ Tous y vous êtes des yeux éternels et vivants!
La Vie des Morts. 17
Et la Terre y œil aussi ^ brûlant et sans paupière . Sent y dans ses profondeurs ^ sourdre le Jlot amer Que déroule le Jlux éternel de la Mer^ Larme immense pendue à son orbe de pierre.
La Mer.
\J Mer^ sinistre Mer que la bise d'automne Secoue et fait claquer ainsi qu'un vain lambeau; O Mer y joyeuse Mer^ magnifique manteau Qu agrafe le Soleil aux fiancs nus de Latone ;
i8 La Vie des Morts.
O Mery sinistre Mer dont les gémissements Troublent V esprit nocturne attardé sur les grèves; O Mer ^ joyeuse Mer qui ^ pour bercer les rêves y As des bruits de baisers et de chuchotements ;
O Mer y sinistre Mer^ pleine de funérailles ! Mer y joyeuse Mer que peuple un Jiot vivant ! — La Vie avec la Mort en toi semblent souvent S'unir pour féconder tes profondes entrailles.
Es'tu la coupe immense où le philtre sacré Des renouvellements opère son mystère^ Où viennent se tremper les forces de la Terre ^ Pour embrasser la forme en faisceau plus serré?
Es^tu le temple obscur de nos métamorphoses ? Le Trésor infini des mouvements divers Dont s'animent les corps épars dans P univers y Et des aspects sans fin que revêtent les choses?
La Vie des Morts. 19
Puisque ^ sans te lasser^ Vâpre travail du vent Engloutit dans tes flancs de charnelles semailles ^ Mer y sinistre Mer^ pleine de funérailles !
Mer y joyeuse Mer que peuple un Jlot vivant !
La Neige.
\Jn dirait que la Terre a bu le sang des lis Et d'un deuil éclatant voile cette hécatombe ^ Car déjà la blancheur des marbres clôt la tombe Où dorment pour longtemps ces doux ensevelis.
20 La Vie des Morts.
Je t^ adore ^ ô pâleur des vierges trépassées Dans V éblouis sèment des rêves amoureux y Emportant dans Vaiur les essors douloureux De leur âme pareille aux colombes blessées !
Quel vent a Jlagellé l'aile que tu parais ^ Doux et Jlottant dui'et tombé du vol des anges ^ Et secoué dans l'air tes Jloraisons étranges Qui font comme un printemps à l'hibernal cyprès !
Les cygnes se sont~ils heurtés contre la nue ^ Cherchant aux deux l'aïur de leurs grands lacs fermés? — Ou Psyché y renouant ses voiles parfumés ^ De ses Jeunes candeurs s'est^elle souvenue ?
On dirait que la Terre a pitié de nos morts ^ Et y Vierge devenue au toucher de la neige ^ Suspend des Jloraisons le travail sacrilège Dans ses flancs qu'au repos invite le remords.
La Vie des Morts. 2i
Neige ! tu m'étreins le front sous le mystère De ta froide splendeur et ^ comme épouvanté ^ Je pense que ^ des deux déchus de leur clarté . Le lait ffune déesse a coulé sur la terre.
Les Voix.
larleiy terrestres voix ^ chant nocturne des choses ^ Des langues à venir chuchotement lointain^ Cris des enfantements ^ chœur des métamorphoses . Dernier adieu des morts dont la forme s^ éteint ;
22 La Vie des Morts.
Bruit des déchirements sans fin de la Matière , hent et -plaintif écho des engloutissements y Lente et sourde clameur dont la nature entière Dénonce le travail obscur des éléments ;
Montei dans Pair léger ^ voix nocturnes des tombes ^ Et bercei^ dans l'azur indifférent des deux.
L'appétit des corbeaux et Vamour des colombes Et les chers souvenirs des cœurs silencieux !
Exilés de la joie et de la foule impie y
Les amis des tombeaux vous écoutent ^ charmés :
Chantei Vhymne suprême où leur oreille épie
Des mots y des mots connus et des rhythmes aimés!
Vous êtes la pitié de celle qui nous tue Et dont Vamour tardif nous défend de mourir y Et qui y le coup frappé y laisse Vâme abattue Regagner lentement la force de souffrir;
La Vie des Morts. 23
Vous êtes la pitié cruelle de la Vie ^ Et douces cependant à qui vit sans remords.
— Cher et tremblant reflet de la Jlamme ravie .. Monte dans Pair léger y chant nocturne des Morts!
Les Parfums.
lareille au fin réseau que sur sa gorge nue Psyché serrait y pleurant ses premières pudeurs ^ Une invisible mer balance sous la nue Le Jiux et le reJLux des terrestres odeurs.
24 La Vie de» Morts.
Comme un sein^virginal que traverse une haleine De parfums infinis ^ tièdes et pénétrants ^ Un souffle intérieur a visité la plaine Et soulève du sol un chœur d'esprits errants.
Tout respire : les bois sentent courir une âme A leur cime légère et pleine de frissons ^ Et ^ comme la chaleur ai une lointaine fiamme y Tues voluptés du soir montent des horizons.
Les charnelles senteurs des verdures marines Suivent y le long des Jlots, le spectre de Vénus y Et des grands bœufs couchés les bruyantes narines Aspirent y dans Pair chaud ^ des bonheurs inconnus.
Tout s'enivre de boire à la source cachée Oiiy comme un holocauste éternel et fumant ^ La Vie exhale une âme à la Mort arrachée ^ Une âme qui dormait sous l'herbe ^ obstinément ;
La Vie des Morts. 25
Uàme des morts sacrés dont la dernière haleine Vient errer ^ chaque nuit ^ sur les lis odorants ^ Le souffle intérieur qui roule sur la plaine Des parfums infinis ^ tièdes et pénétrants.