LES VESTALES
Introduction.
(cherchant plus haut que moi l'espoir de ma pensée. J'ai trouvé la douleur dont je voulais mourir; Puisque Je porte au cizur ta blessure insensée, volupté sans nom de l'amour sans désir!
— J'ai trouvé la douleur dont je voulais mourir. — Si tu vis sous tes deux, ma chaste fiancée.
Je ne veux de pitié que dans ton souvenir, Blanche apparition dont mon âme est blessée!
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Puisque je porte au cœur ta blessure insensée^ Je ne veux de pitié que dans ton souvenir !
— Si tu vis sous les cieux^ ma chaste fiancée, Je te dirai le mal qu'il est doux de souffrir!
volupté sans nom de V amour sans désir!
Blanche apparition dont mon âme est blessée!
Je te dirai le mal qu'il est doux de souffrir^ Cherchant plus haut que soi V espoir de sa pensée!
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Cpris de cela seul que n'atteindront jamais
Ni terrestres désirs ni ferveur sensuelle^
J'ai dit aux deux l'amour chaste dont Je t'aimais^
Splendeur des marbres blancs^ virginité cruelle!
De l'antique Beauté vision solennelle^
Pour entr* ouvrir encor la pierre où tu dormais,
De Paros révolté j'ai fouillé les sommets :
— Car je te sais vivante et te crois éternelle!
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Mais Vâme qui f habite a des sérénités Où se brisait le vol douloureux de mes rives Dans V infini des deux nocturnes emportés :
Après de longs combats et de rapides trêves^ Vaincu de P idéal ^ vaincu mais non lassé ^ J'ouvre à ses flèches d'or mon Jlanc toujours blessé!
Je veux savoir l'amour permis au cénobite Qui^ sous des vœux sacrés^ étreint fidèlement
Son cœur vierge de tout mortel attachement
Et qu'aucun souvenir de volupté inhabité;
Quand le charme trompeur de son rêve l'invite Au doux oubli de l'heure et de l'isolement ^ Quand les deux et les lis fraternels seulement Boivent y comme un parfum^ son âme de lévite!
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Je veux savoir Pamour mélancolique et doux Des austères amants qui n'aiment qu'à genoux^ Ignorant des baisers les douceurs infinies,
Comnie les trahisons des espoirs décevants, ^^ g^^^^ •f"'' ^non cœur aux sèves rajeunies La fieur, la pâle Jleur de ces tombeaux vivants.
Vierges qu'un fol amour dans la mort a couchées, Vestales sous vos cœurs étreignant des Jiambeaux, Jloraisons de lis par V aurore fauchées, Votre ombre est familière aux amis des tombeaux.
Celles-là sont vos sœurs que nous avons cherchées Et dont le souvenir hante seul nos cerveaux; — Pâles Eves aux fronts couronnés de pavots.
De nos jlancs par un dieu vous fûtes arrachées;
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Epouses que le rêve amène à leur époux^
Ma blanche fiancée est'-^lle parmi vous^
Dans les chœurs où Vaiur baise vos pieds de neige?
DiteS'lui que je pleure et^ lui prenant la main^ Guidei^la par les deux et^ le long du chemin^ Suivei^la d'un superbe et fraternel cortège!
Si ton pied foule encor V argile qui me pèse^ Que ne suis^je moi-même à l'argile rendu^ Mort glacé sous tes pas et sous l'herbe étendu^ Sein brâlé que le froid de son linceul apaise!
Que ne suis^Je mêlé dans la cendre qui baise Les plis traînants du voile à ton front suspendu ^ Dans le monde viçant qui f entoure perdu ^ Et de mes vains débris t'étreignant à mon aise!
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Je deviendrais un peu de tout ce qui te sent^ De tout ce qui te voity de tout ce qui te touche : Fleur p je me sécherais aux chaleurs de ton sangj
Ou, fruit ^ je me fondrais aux saveurs de ta bouche. Je serais une proie à tout ce que tu veux^ Et je boirais dans Pair l'odeur de tes cheveux!
Son être se disperse aux choses dHci^baSy Comme aux buissons jaloux la blancheur de la laine î Vents des deux qui buvei^ comme une coupe pleine. Le sang sacré des morts ^ après les longs combats^
Descendei, vents des cieux^ et desséchei la plaine^ Si V herbe y garde encor le parfum de ses pas!* Si l'air tiède du soir garde encor son haleine^ Descende^ ^ vents des deux y et ne le souffre^ pas !
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Et secoué^ du front des grands arbres pleins d'ombre Les mystefes muets et les charmes sans nombre Qu'à tout ce qu'elle voit ont apportés ses yeux!
Doux gaionSy bois géants j splendeur de la matière^ Vous ne me prendrei pas son âme tout entière : — Dispersez-la plutôt^ vents terribles des deux!
Ceux-là qui meurtrissaient leur chair sous des cilices Et sous l'âpre douleur des Jiagellations ^ N'avaient que leur sang seul à verser aux calices Où boit la lèvre en feu de nos tentations.
Pleins d'eux seuls ^ ils goûtaient les amères délices D'assouvir sans remords d'augustes passions^ Et, de leur seule mort volontaires complices, Mouraient sous la ferveur des adorations!
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Leur supplice était doux et le mien m'épouçantej S'il faut y qu'avant le temps y pour hâter notre amour ^ Meure ton noble corps dans sa gloire çivante:
Et je pleure^ jaloux de ce bien sans retour^ — Inexorable loi faite à notre hy menée; — Ta forme impérissable à périr condamnée!
Quand la Mort me rendra son âme délivrée y L'ombre viendra poser sur mes yeux endormis La douceur des baisers que ma sœur m'a promis. L'ombre qui peuplera l'immensité sacrée !
Gardiens de mon espoir et de la foi jurée Au seul et triste amour que vous m'ayei permis y deux vivants y dites^lui, qu'elle en soit déchirée. Le mal que j'ai soujert d'un cœur fergie et soumis.
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Quand la Mort me rendra ton âme^ 6 ma Colombe ^ Je ne souffrirai pas qu^aux roses d'une tombe Refleurisse Viciât mortel de ta beauté!
C'est dans l'oubli Jaloux de ta splendeur cruelle Que je veux à jamais y sereine volupté ^ Boire tes longs parfums y ô Jièur spirituelle!
L'ombre clôt les chemins d'un mobile horiion Que reculent mes pas sans en briser l'obstacle ^ Enfermant dans la nuit^ comme en un tabernacle^ Mon rêve quont meurtri le jour et la raison.
Le jour et la raison sont cruels au miracle
De ta sainte promesse , âme sans trahison!
— Mais y pareil aux croyants assis dans le cénacle ^
De l'amour éternel j'attends la fioraison.
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Quand l'aube aura brûlé ^ jusqu^au dernier y les voiles Que dresse chaque nuit sur ses pas glorieux^ Je vous verrai f ma sœur^ dans le chœur des étoiles
Et dans V éclat sans fin du jour victorieux;
Je vous rencontrerai y dans les cieux^ la première^
Et nous nous aimerons longtemps dans la lumière f
La nuit chemine et, sur ses pas silencieux^ La poussière d'argent des astres s'est levée Tout le long de la route éternelle des deux : — Vous gravirei ainsi la colline élevée
Où fleurit mon espoir comme un lis ténébreux ^ Vierge au pas indolent que mon âme a rêvée, Et y quand sur les sommets vous serei arrivée.
Des étoiles luiront sous vos pieds amoureux,
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Car le jour m'a brûlé de feux que je recèle y Pour garder à la nuit sa Jalouse étincelle Et porter à la Mort un baiser surhumain,.,
— Cependant qu'elle vit y ma douce bien aimée y Seuls vous baisej tout bas sa robe parfumée^ Grands bois agenouillés le long de son chemin!
Vous m^aveiy mon amour y contristé sans merci : Les jours sont longs à ceux que V attente consume Et de qui V ombre seule a connu le souci!
— Quand l'aube intérieure en leur âme s'allume ,
Et que leur visiony dans Vaiur obscurciy
Se dresse lentement comme un brouillard qui fume y
Des maux inconsolés oubliant l'amertume y
Ils ne regrettent plus d'avoir souffert ainsi.
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Ils savent que le bien de v^ aimer que des songes Est d'abolir l'affront des terrestres mensonges Et d'asseoir son bonheur dans la sérénité.
— Vous m'avejy mon amour ^ sans merci contristé
Les étoiles rêvaient sur le bord de la nue
Et j'étais à genoux : — vous n'êtes pas venue.
A quoi bon te voiler durant que j'ai des yeux? Rien ne m'est inconnu de ton mortel visage^ Ni des splendeurs du fruit que, dans sa Jleur sauvage j Le soleil a mûri pour la moisson des deux.
De ta forme terrestre épiant le mirage Sous les dormantes eaux des bois silencieux, D'un immuable aspect j'ai conçu ton image Et dressé, sous mon front, ton corps harmonieux.
Les Vestales.
Je sais la pourpre errante aux contours de ta bouche
Où mes désirs jamais ne seront apaisés ;
— Mais Je maudis tout bas la puissance farouche
Qui m'a fait deviner la saveur des baisers.
Et suspend^ sans pitié de mes ardentes fihres^ Cette vendange amère au-^ssus de mes lèvres!