‹ Les renaissancesChapitre 9 sur 16 · SONNETS PAYENS · texte numérisé non relu

SONNETS PAYENS

A iase Maria de Heredia.

i\ejleuris sous mon front, â Jleur de volupté, Flear du rive payett^ fieur vivante et charnelle, Corps féminin, qu'aux jours de l'Olympe enchanté, Un cygne enveloppa des blancheurs de son aile.

L'amour des deux a fait chaste ta nudité :

Sous tes contours sacrés, la fange maternelle Revêt la dignité d'une chose éieriKlle Et, pour vivre à jamais, s'enferme en la Beautés

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C'est toi V impérissable en ta splendeur altière^ Moule auguste oit Vempreinte ennoblit la matière^ Où le marbre fait chair se façonne au baiser.

Car un dieu^ t'arrachant à la chaîne fragile Des formes que la Mort ne cesse de briser^ A pétri y dans tes Jlancs^ la gloire de l'argile.

De ta face immortelle et de ton noble buste Mes mains ont affronté les contours radieux^ Quandy fervent et tout plein de l'image des dieux^ J'ai moulé sur ton corps leur souvenir auguste.

Et y sous l'enchantement de ta beauté robuste^ J'ai touché de ma lèvre ^ ivre et fermant les yeux^ Ta lèvre ^ fruit sacré ^ vase religieux Où le sang de nos cœurs comme un rubis s'incruste.

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— Je ne tenterai plus V inutile tourment De ton amour y cruelle, et je veux seulement, Jaloux de ta splendeur, craintif du sacrilège,

Ceindre très' humblement, de mes bras prosternés,

Tes pieds, tes beaux pieds nus, frileux comme la neige,

Et pareils à deux lys Jusqu'au sol inclinés!

Si ton cœur est la mer profonde et sans rejlux D'où rien ne monte au ciel, ni vagues ni murmures. Qui fait ta bouche en Jieur pareille aux vignes mures? — Quel sang vermeil V empourpre et ne V embrase plus?

Ce sang, je le connais! — il vient de mes blessures: Car j'ai fait ta beauté de mes maux superjius. Corps superbe et sacré dont les charmes élus Ont bu mon être entier tendu vers tes morsures.

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Je veux te dire encor tout le mal que me font Tes sereines splendeurs quand^ brûlé par la fièvre ^ Je ne puis plus hausser mon cœur jusque à ta Ihre^..

— Un peu de sang très^pur cependant reste au fond,

Dont je rajeunirai ta forme évanouie

Lorsque nous renaîtrons — dans P éternelle vie! .

Quand tu refleuriras dans ta grâce robuste^ A l'ombre des grands bois^ sous les deux éternels^ Les dieux façonneront ta poitrine et ton buste Aux durs embrassements des chênes fraternels.

Et moi, chêne debout dans la foret auguste Où se sont rajeunis nos êtres mutuels^ Durant qu'à mon flanc nu l'âpre lierre s'incruste, J'y sens courir une âme entre tes bras cruels.

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Aux vivantes chaleurs de ton superbe torse Ma sève se fait sangp et^ brûlant mon écorce Jusqu'à mon noir sommet^ murmure au vent perdu^

La gloire de tes seins et de tes nobles hanches^ Et mêle à la senteur nourricière des branches Le parfum de ton corps à mon tronc confondu.

IS/'espère pas que tu l'apaises^ Le désir qui brûle mes reins :

— Je fuis les bras dont tu m'étreins Et la bouche dont tu me baises.

Les serpents jetés aux fournaises Des lourds trépieds pythoniens^ En des tourments pareils aux miens Se tordaient^ vivants^ sur les braises,

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— ^ Je suis comme un cerf aux abois Quip par la plaine et par les bois, Emporte^ en bramant, ses blessures.

Tourne vers moi tes yeux ardents :

Ouvre ta lèvre! — â moi tes dents!

— Plus de bai sers y mais des morsures.

/ ous ces êtres vivants dont s'absorbe la vie Au rajeunissement de ton être puissant^ Ces martyrs de ton corps qui font de tout leur sang Ui^^ peu de ta beauté^ ceux-là ^ je les envie.

À ma gorge qu'étreint la soif inassouvie

Des longs chemins connus du troupeau languissant.

Le couteau du boucher serait rafraîchissant.

Si ma chair à ta faim pouvait être servie.

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Alais je voudrais sentir, vivant dans mes débris. Le souffle et la morsure et la chaleur cruelle De ta bouche urt instant avide ei sensuelle.

Oui y tes lèvres oà dort l'implacable mépris Du lent baiser par qui Vamour est soulagée.

Triste, me font jaloux de la bête égorgée.

Oouvent. — et j^en frémis. — quand, sur ta lèvre infâme J'ai bUp dans un sanglot^ d'amères voluptés.

Alors qu'une détresse immense prend mon âme, O toi pour qui je meurs y tu dors à mes côtés. ,

L'ombre épaisse envahit tes sereines beautés

Et y jusque sous tes cils, éteint tes yeux de Jîammi';

— Ton souffle égal et lent fait comme Un bruit de rame :

C'est ton rêve qui fuit vers des bords enchantés.

^(i Nouveaux sonnets payens.

Repose sans remords^ ô cruelle maîtresse!

— Ignore^ dans mes bras^ les pleurs de ma caresse y

Car tu rCes pas ma sœur, cœur à peine vivant.

Mais y quand la nuit a clos tes paupières meurtries.

Quelle pitié des dieux pour les choses flétries

Te rend y sous mes baisers ^ le sommeil d'un enfant ?

yJuandy sur tes yeux brûlés de leurs propres rayons Le sommeil a penché la fraîcheur de son aile^ Rêves^tu quelquefois de la chose éternelle Que nous portons en nous y que toujours nous fuyons?

Sur ton front où la nuit s'épanche solennelle y L'Infini creusent "il d'implacables sillons y Et quand ton cœur n'est plus trahi par ta prunelle , S'ouvre^t-il â la mer des vastes passions?

Nouveaux sonnets payens. 'J'J

Marbre durant le jour y la nuit deviens^tu femme?

— Un songe berce^t-il dans le fond de ton âme Quelque amour insensé que tu nommes tout bas ?

Tes sens s'éveillent-ils quand ^ta chair se repose ?

— C'est un tourment jaloux que ton sommeil me cause Tu dois aimer en songe, ou tu ne vivrais pas !

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