‹ Les renégats du 29 octobre [microforme]Chapitre 1 sur 5 · PAQUET · texte numérisé non relu

PAQUET

(On:ne'dit pas Monsieur Iscariote. )

La plume inexorable de l’histoire est trop noble pour certaine besogne. Il faut quélquefois le fouet de la justice, le fer rougé du bourreau.

Qu’nn ne s'étonne pas si nous commençons par lé plus insignifiant, le plus ignorant, le’ plus sordide des cinq. C'est justefient parce qu'il vaut un peu moins que les autres quil s’est vendu le premier. Donc, à tout séigheur tout honneur !

Les autres auront leur tout.

Le numéro UN d’abord. On sait que daris les:

bagnes, les forçats sont désignés par numéros. Du reste il nous répugne de nous servir du nom d’une famille honorable en parlant de l'individu qui la LME dune manière si révoltantes,i; 7! t 1 F7

‘Il a à peine:trenté ans, dge à ès BRUT dé::

vouements civiques, des aspirations généreuses. Hélas ! il parait que c’est aussi l’âge des grands forfaits: Arnold avait trente ans ; Cambrai avait trente ans; Judas avait trente ans!

Le vendu N6, UN est un petit notaire dans ün petit village de canfpagne, n’âyant d’autre ressource pour satisfaire ses appétits nombreux que la table patérnelle que Dieu a bénie.

Pauvre mère! pauvre père ! pauvres oncles !

nobles prêtres à l’âme d’apôtre, ou généreux cultivateurs au cœur patriotique ! que ditesvous aujourd’hui de celui qui vous donnait de si belles espérances? Pauvre père ‘surtout, vous qui un jour disiez les larmes aux yeux, après la famense esclandre dé Saint-Lambert ! Je n’ai que cet enfant ; ce n’est pas pour tout ce que je possède au ronde que j'aurais consenti à ce qui m'arrive aujourd'hui. J'ai peur que cet enfant, ce fils unique, ne déshonore un jour mes cheveux blancs” .

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Pauvres parents! le cœur de tous 1es honnêtes gens saigne avec le vôtre; mais la société a ses droits, il faut que justice se fasse. Le tribunal de l'opinion publique est comme la cour d'assises, elle ne peut vous remettre que le corps du supplicié.

Donc, Vendu No. UN, vous êtes un homme

sans cœur, sans honneur, un homme flétri, un lâche.

Vous êtes sans cœur.—En 1875, un homme qui avait gagné le comté de Lévis au parti libéral au prix de trois luttes héroïques, vous a pris par la main, vous a présenté à ses amis, vous a recommandé, vous a protégé, a fait de vous plus que vous ne serez jamais dans le monde. Cet homme vous l’avez trahi, vous l'avez calomnié, vous avez craché sur lui, vous vous êtes servi de l’escabeau qu’il avait placé sous vos pieds, pour l'insulter de plus haut ! De braves cœurs, de loyaux amis, des libéraux dévoués qui avaient confiance en celui qui vous recommandait, vous ont ouvert leurs mains et leurs portes, vous ont hissé sur le pavois, au prix des sacrifices que vous connaissez. Aussitôt que vous avez été élu par leurs votes, leur argent et leur dévouement,

vous avez commencé à méditer votre trahis.

son. Vous avez essayé d'en corrompre quel.

ques-uns ; mais voyant que vous ne pouviez ; pas y réussir, vous leur avez tourné Le dos.

Et depuis, —que ces messieurs vous conjurent. de ne pas vous parjurer, qu'ils vous redeman: dent ce mandat qu'ils vous'ont donné, qu’on vous accuse devant la chambre, sur les jour.

naux ou dans les assemblées publiques d'être un'traître à la cause qu’on vous avait mise entré les mains et qué vous ‘aviez juré de dé: fendre,—vous faites la sourde oreillé, vous vous répliez sur vous-même commé un crüstacé dans sa carapaté, vous avez recours aux moyens les plus honteux pour vous donner lé : courage de laisser passer l’oragé sans répondfé. | Toutes ces braves gens sont là, suppliants, vous conjurant de ne pas donnér à l'ennemi le vôte qui leur a coûté si cher ; iléne trouvent en : vous qu’une brute intapable dé leur balbutigé! au milieu des hoquets de l'ivresse, une répor. | se-un tant soit peu es peu satisfai-" sante qu'elle soit.

Sans cœur! sans cœur! ‘san$ cœur {

Vous êtes un homme. sans honneur. —Un | jour vous aviez engagé solennellement votre

parole d'honneur à un de vos amis politiques, que vous le feriez nommer régistrateur du <omté de Lévis. Un mois plus tard, vous.avez déclaré à M. Fréchette qu’un certain M.

Carrier vous offrait $2,000 pour cette situation. Et... c’est ce M. Carrier qui est aujourd’hui le Régistrateur du comté de Lévis, -— c’est assez dire! Tout dernièrement encore, quand les chefs libéraux de Lévis au nombre de trente, vous ont relancé jusque dans la sentine . corruptrice de Senécal, pour vous reprocher -votre conduite, vous leur avez offert la remise .-de votre mandat; et quand ces messieurs l’ont acceptée, vous avez reculé, engageant votre parole d'honneur de leur donner une réponse deux jours après. [Un mois s’est écoulé depuis -cætte époque, et-votre parole d'honneur est ‘encore là, comme le billet protesté d’un mau- “vais débiteur. Votre honneur ! mais vous en “avez fait fi depuis que vous êtes sorti de la poussière où vous auriez dû vivre et mourir.

Combien de fois n'avez-vous pas dit, (ir vino veritas !) ‘ Chapleau m'offre un portefeuille ; je serais bien bête de le refuser! Ces mauditslà ont de l'argent tant qu'ils en veulent. Si Jolv ne veut pas se saigner un peu, on le

mettra à la porte! On pourrait faire de l’ar. gent avec le chemin de fer de Lévis à Kennebec, mais nos amis sont trop bêtement honntes, ils aiment mieux nous laisser crever de faim !” S'il faut des preuves de tout cela, nous pouvons en donner.

Sans honneur! sans honneur! sans honneur !

Vous êtes un homme flétri.—Depuis que vous avez cédé à la tentation du portefeuille, qu'avezs vous fait? Incapable de rester au milieu de vos électeurs indignés, vous avez dû fuir, Vous êtes venu ici, à Montréal, vous trainer de grog shop en lupañnar, toujours bras dessus bras dessous avec quelqu’acheteur de conscience chancelante, baïssant la tête devant tout regard honnète et traversant la rue pour ne pas être obligé de regarder en face ceux que vous trahissiez. On vous y a même vu donnant une accolade émue à certain personnage notoire que vous avez, le soir de votre dernière élection, qualifié du nom de torchon de la clique à Sénécal! Enfin demandez à M. Chauveau luimême, le traître No. DEUX, ce qu'il disait de vous en plein Terrapin, où il avait dû vous trainer, il n’y a que quelques jours encore,

lorsque vos forces physiques faisaient à votre moral ce que vous étiez en train de faire à vos amis politiques.

Flétri ! flétri ! flétri !

Maintenant, nous n'avons plus qu’un mot à vous dire. Vous êtes un lâche! Et pour en donner la prenve, nous n'avons qu’à répéter ce que vous avez dit vous-même à plusieurs personnes de Montréal, quand ces personnes vous reprochaient votre conduite déréglée, et déshonorante pour votre position :

“IL faut que je m'’étourdisse, sans cela, je

n'aurais jatiais le courage de faire ce que je fais.”

Après cela, il faut tirer l’échelle.

Donc, sans cœur, sans honneur, flétri, et lâche ! | |

Triste épitaphe à mettre sur lé tombeau d’un homme: |

En attendant, électeurs de Lévis, Libéraux bi Conservateurs, faites justice !

© CHAPTIRÉ IL.

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