‹ Les renégats du 29 octobre [microforme]Chapitre 2 sur 5 · A. CHAUVEAU · texte numérisé non relu

A. CHAUVEAU

(On ne cit bhé Morisieur Iscariote. ji:

Vendu No. DEUX, à votre tour !

Vous avez enfin mis masque à terre: à bu la chemise maintenant!

Votre épaule! Bon!

Ah! vous allez entendre Brésilien la bare sous le fer rouge, misérable ! Vous. allez:

vous tordre sous la morsure du châtiment ;.

et la marque, vous ‘la porterez, non pas au front comme Caîn--car le stigmate du pa mier fraticide disait : |

Laissez passer Cain, il apppartient à Dieu L. FE mais sur l'épaule, comme le vulgaire gibier de bagne; et cette marque; elle dira à tousles passante—que vous soyez affublé de la robe.

de juge de police ou de l'ignoble casaque du galérien : — Ceci est le lâche des lâches, le traître des traîtres, le fourbe des fourbes ; que tous ceux qui auront le courage de s’abaisser jusqu’à cette larve, la couvrent de crachats !

L'opinion publique,ré voltée par le soufflet 1€

ce mouchærd, se fait shérif aujourd’hui; et pour venger les droits de la morale outragée, qui,—nous y consentons,—c'est nous qui se- ‘xont l'exécuteur des hautes œuvres.

‘Le talent et le prestige de son père. avait fait à cette nullité complète l’aumône d’une réputation de cinquième ordre. Nul au barreau, nul au parlement, nul devant le peuple, —Cauteleux, sournois et lourd, —il ne remuait qué dans les bas fonds de |’ intrigue boueuse, et dans certains quertiets de la société où il avait la prétention de poser en fléau.

Grâce au nom de son père et à celui de son beau-père, qui est grand pr opriétaire dans Rimouski, ‘il fut élu comme conservateur par ‘ce comté. Quelque temps après, il lâcha ses “ais qui ne pouvaient plus le gorger suivant “ses appétits, &t se joignit au parti libéral.

” Quand se forma le cabinet Joly, la situation était, tendue : ilen profita, mit un peu le, coutéau sur la gorge de ses nouveaux amis, et— pour une raison ou pour une autre,— ce piètre ['sire, incapable de plaider convenablement une ‘cause de neuf francs. à la cour de cirçuit,

frhisqtf

Cette petite canaille de Chauveau! Ce bon à rien! Cette nullité! disait-on partout. Comment M. Joly a-t-ilpu consentir à une pareille alliance ? Les conservateurs n'avaient pas d'expressions assez méprisantes à son adresse; et les libéraux baussaient les épaules avec

résignation devan cette triste et humiliante nécessité politfque.

Il fut élu par la voix prépondérante de l'officier rapporteur.

Le parti libéral dut, pendant deux ans, subir cette humiliation, endurer cette plaie, tolérer dans ses rangs cette dégoutante personnalité. Savez-vous comment le vendu No. UN, maintenant son ami de cœur, son confrère en infamie, son compagnon de voyages de zigzags, l’appelait dans ses moments d'émotion ? Jamais il ne faisait allusion à lui sans dire: La petite crasse de Chauveau !

Allez maintenant, couple intéressant : touchante association d'hommes de cœur et d'honneur, Vous vous connaissez; vous vous sentiez dignes l’un de l’autre. Vous êtes néspour vous entendre, pour patauger dans la même fange, pour vous rencontrer sur les mêmes sentiers infects. Dans un autre pays, vous

seriez probablement compagnons de chaîne, Ils se con.'aissent si bien que, pendant que le vendu No. UN traitait ainsi le vendu No, DEUX, celui-ci accusait son compère de s’ètre ‘Jâchement livré à Sénécal. S'il nous était permis de citer des lettres privées, nous en donnerions la preuve. Arcades ambo!

Quand le Conseil Législatif, au mépris de la constitution et de l'intérêt public, vint à la rescousse de l'opposition pour renverser le gounément Joly, en refusant les de le veridu ‘No. DEUX aurait dû se dire

Voyons! quand mon père qui avait traité siamèrement le parti libéral, rejeté, méprisé et bafoué par ses propres amis, voyait la gêne s'asseoir à son foyer, c'est lé parti libéral qui est venu à son secours et lui a tendu la main. De mon côté, j'ai dû abandonner le parti conservateur à Cause de ce ‘que je considère ses injustices envers moi ; et le parti libéral à qui je W’avais pas rendu le moindre service m'a ‘traité en enfant gâté, m'a donné position, hônneurs et argent: je lui dois au moins AdSHE dans cet instant dé crise.”

. Voilà ce que devait. sé diré un homme qui aurait eu seulément une parcelle de‘cœur et

d'honneur, quand même il ne se ffit agi— comme dans celte circonstance— de défendre l’un des principes les plus sacrés sur lesquels reposent nos libertés publiques.

Mais non, vendu No. DEUX, vous avez prêté l'oreille au démon dela cupidité, vous.avez été sans cœur, sans honneur ét lâche autant que jamais homme l'ait été. Vous avez donné à à yotre pays — malheureusement déjà témoin de bien des défections honteuses—le spectacle encore inouï d’un ministre conspirant contre ses propres collègues, trahissant des secrets de cabinet, donnant le coup de pied de l’âne au lion malade, et passant à l'ennemi la veille. de la bataille, comme un vulgaire déserteur qui quitte son poste, le dos suant de peur et Jes doigts crispés par la convoitise.

C’est ignoble.

: Et comme si ce n’était pas assez, vous avez menti la plume à la main, en disant que vous ‘aviez déjà offert vatre démission et qu'elle avait été refusée, M. Joly vous a soufleté la figure avec ce mensonge en pleine Chambre, de même qu'un autre vous. a souflleté avec autre chose àl’hôtel Saint-Louis. Et Flynn luimême, le vendu No. TROIS, vous a fait avaler

un autre mensonge, dans la même circonstance.

Le ea s de votre acte d’insigne lâcheté, vous avez traversé à Lévis comme un oiseau nocturne, avec le vendu No. UN ; vous vous.

êtes rendu chez l’'écumeur de bourbier qu’il a surnommé le torchon de la clique à Sénécal ; —il paraît que celui-ci était même de la par: tie. De là vous êtes allés énsemble prendre

conseil de l’hon. J. G. Blanchet, le traître de 1861,— brave compagnie! — puis vous êtes destendu à Montmagny pour manipuler Fortin, le vendu No. CINQ. Quelques jours après, vous étiez à Bellechassé auprès dé M. Boutin, ce brave cultivateur que vous croyiez pouvoir faire chancelèr dans le chemin de l'honneur.

Que vous at-il répondu ?

. Messieurs, s'est-il écrié, avec cette rude poésie qui s’éveille toujours au fond du cœur de l’honnête homme indigné, retournez-vousen chez vous. Voyez mon front qui se couronne de cheveux blancs ; je l'ai toujours porté haut devant n'importe qui, et je veux consetvér, pour lé temps qui me reste à vivré, le droit de ne jamais le baisser devant persoune. Regardez cétle main que je veux bien vous

offrir une dernière fois,.elle s'est durcie aux.

manchons de la charue, je ne là tendiai jamais

pour recevoir le denier de Judas! M. Chau-

véau, il y à quelque chose que vous avez, et

qui me manque, c’est l'instruction qu'on

prend au collége; mais d'un autre côté, ily.

a quelque chôsé que j'ai et qui vous manque,

c’ést de l'honneur | ” |

Traîtres ! si vous eussiez encore été susceptibles de honte, vous auriez été vous cacher dans ün bois. Mais non! vous avez puisé— .

ailleurs que dans vos consciences—le courage de vous rendre jusqu’à la Beauce. Là, le franc, le loyal, l'honnête Poirier n’a pas pu vous comprendre, tant vous aviez la langue épaissie par les pastilles de Paquet, eë la gorge embar: rassée par le hoquet, C'était heureux pour vous, car l'insulte que vous alliez faire à te brave et généreux citoyen vous eût peut-être coûté cher.

Et l’on vous a ramenés tous lesquatre jusqu'à Québec.

Et, même après ces honteuses démarches, vendu No. DEUX, vous protestiez de votré dévoûment à votre parti! Vous nous avez fait prier,—nous la PaTRIE—de ne rien dire:

contre vous, nous laissant entendre que vous seriez fidèle !.… 6 escobar ! à hypocrite ! 6 triple fourbe ! Vous n’avez rien perdu pour attendre, allez! Nous sommes décidé à compenser pour le retard. on

En somme vous avez réussi, dans une caï rière de trente-quatre ans à peine à amasser sur votre tête autant de mépris public que toute une génération d'hommes flétris, tarés, corrompus, et sans vergogne, pourrait eñ porter.

Allons, c’estfini. Laissons fumer la plaie et détournons le nez.

cr. CHAPITRE IL.

“FLYN N.

{0n ne dit pas Monsieur Iscariote.)

Yéndi No. TROIS, avancez!

Regarder, lecteurs. — Quoi c'est ça ? — Oui.

rien que ça On ne le dirait. pas, mais c'est, le plus intelligent, surtout le moins abruti des cinq.

Par conséquert le plus coupable.

Etudions un peu notre individu. C’est petit, mince, gerré, féminin, mesquin, mielleux;, soumis, flegmatique et sournois. Dévoré d’ambition, rongé de cupidité et suant de jalousie, il enveloppe tout cela dans les dehors corrects et réservés, demi-pudiques et demi-réjouis, d'un jeune marié dévot, en deuil d’une bellemère dont il hérite.

Moitié irlandais, moitié jersais, il n’appartient à aucune race ; et bien sûr qu'après son infamante trahison de la semaine dernière, aucune nationalité ne sera pressée de le réclamer pour un des siens. Mais il est assez doué sous le rapport de l'hypocrisie, pour jouer le rôle de la chauve-souris de Lafontaine :

Je suis oiseau; voyez mes ailes !

Je suis souris; vive les rats!

Il prétend représenter les Irlandais dans le nouveau cabiñet ! Certes, voilà des gens qui doivent être flers du représentant que M. Chapleau leur donne. HAE ‘Avez-vous lu lés Travailleurs de la Mer de Victor Hugo ? Vous souvenez-vous de Glüubin ? Eh bien, c’est cela: capable de tout ; même de se faire passer pour honnête homme.

Vous avez vu dans les musées ces bocaux en vermeil, fermés à l'émeri, polis, bien ran- ‘gés, étiquetés avec soin, —pas beaux mais propres. Prenez garde, n’y touches pas ; si Vous ‘alliez en briser un, ‘il en sortirait des vipères, C'est là notre vendu No. TROIS. ‘Quand'on coudoie ces êtres-là de trop près, on finit tôujours par avoir d’affreux repentirs. : ‘‘"!

Comment cet hômme si bien doué pour être conservateur s'est-il trouvé égaré parmi''Îes libéraux?, C'est cé que nous' demandions, mêtie avant s4 volte-face honteuse. ‘ Ce quil ya de plus probäble, c'est que voyant le comté ce Gaspé réprésenté jpar un Conservateur, il s’est dit tout simplement : “ Pour: supplänter “ce dernier, il me faut un drapeau d’une autre “'évuleur.” Et ce jeunt roué, à la langue em- 'mfellée, au regard presque toujours '‘baissé— probablement ‘pour ne pas vous regardér en ‘face, —ce petit ambitieux aux instincts d’harpagon, né pour être garçôn-barbier, déteotivé; ou rédacteur du Nouveau-Monde, devint député au “parlement, et membre du parti libéral! :!'!: "1 Un pur acciderit dans les deux ‘cas; car il

ne fut élu que parce que les élections avaient lieu en mai, quand les Iles de la Madeleine où les conservateurs recrutaient leur majorité se trouvaient privées de toute communication avec la terre ferme, et partant virtuellement défranchisées. |

Rendu en parlement, il fit un bon discours en faveur de la position prise par le lieutenant-gouverneur Letellier, et dénonça vertement les principes, les antécédents et les tendances de ses alliés d'aujourd'hui. On lui serra la main,.et chacun crut voir en lui un défenseur convaincu de nos droits, appelé à rendre des services et à faire honneur à son ays. | Hélas ! on s’aperçutbientôt qu’on se faisait illusion.

1. était ambitieux, cupide, sans scrupule et sans conviction — c’est-à-dire déjà. à moitié . conservateur: l’envie fit le reste. :‘ .

: Parmiles ministres que son vote vient de contribuer à renverser, ilen est un à qui notre . vendu No. TROIS était lié par les liens sacrés .de la reconnaissance. - Cet homme l'avait pris

r la main comme un enfant, lui avait aidé

gravir les premiers degrés toujours ardus de Ja vie professionnelle. Il lui devait, en grande partie, la position élevée qu’il occupe à l’'Uni- -versité-Laval, l'hermine du professeur aujourd’hui contaminée par le contact d’untraitre.

: | Eh bien, cet homme il le jalousa. Il ne put jui pardonner nisa position politique, ni ses

succès. Il conspira sous son masque, sans bruit, sans impatience, avec calme et froideur, ne rêvant qu’une chose : trouver l’occasion de donner un coup de jee à son bienfaiteur pour se hisser à sa place.

Le vendu No. DEUX l'accuse dans sa lettre à M. Joly, de lui avoir envié son portefeuille Notre vendu No. TROIS l’* démenti devant toute la représentation. Il avait raison: ce n'était pas le portefeuille de Chauveau qu’il voulait, c'était celui de M. Langelier.

Et puis notre vendu a un beau-père ; c’est le propriétaire—et rédacteur à coups de ciseaux—du Jourual de Québec, vieux jobber canchonniste qui—maintenant que son beau-frère associé est douillettement assis sur les fauteuils capitonnés du Spencer Wood manito bain—trouve fqu’il a assez exploité le parti libéral pour avoir le droit de revenir au râtelier des conservateurs.

Satisfaire ses instincts envieux est pour cer! taines âmes le comble du bonheur, mais Je »el argent sonnant a bien son charme aussi.

Queiïques réflexions, quelques pourparlers, quelques considératious bien senties, et Ja trahison fut résolue. Il n’y avait plus pour notre vendu qu’à s’aboucher avec ceux qu’il appelait naguère les chevaliers des Tanneries,— ce qui est toujours facile pour quiconque a une conscience à vendre. L’entrevue eut lieu sans rire ; les conditions furent posées—un portefeuille pour lui, des carottes pour le heau-

père... enfin l’on s’entendit comme larrons en foire. | | ” O honte des hontes! Dire qu’on peut déscendre jusque-là ! Les autres au moins ont dû ‘chercher au fond du verre le courage de signer l’infâme marché. Le vendu No. TROIS est plus fort que cela : il à fait la chose à tète reposée, froidement, à jeun.

Le lendemain, il demandait une coalition uand il savait la chose aussi impossible que dé prendre la’lune avec ses dents. Une coalition des honnêtes gens des deux partis! Les honnètes gens du parti libéral, lui d’abord et puis... PaoquerT !!! C’est cela la coalition ? Pensez-vous, Ô Iscariote ! que les Conservateurs ‘sont devenus plus respéctahles, moins tarés, moins spéculateurs et moins corrompus, parce ‘qu’ils ont ouvert leurs rangs à deux traitres, eux lâches dont l’un n’est presque jamais eompos mentis! Allons donet . Tenez! vous avez commencé en conspira- .- teur hypocrite, et vous finissez en mauvais ‘drôle. ad Ce n’est pas avec le fer rouge, mais avec le ‘bout de la botte qu’on devrait marquer votre espèce. | a ‘Hors du chemin ! Laisser passer les honnè- ‘tes gens qui vous méprisent. C’est à péirté si l& tache qui vous souille pourra jamais s'effa- “cer du front de vos enfants !

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