‹ Les renégats du 29 octobre [microforme]Chapitre 3 sur 5 · RACICOT · texte numérisé non relu

RACICOT

(On ne dit pas Monsieur Iscariote.)

Dans cette quintuple personnification dé, ce que riotre province. a encore produit de plus honteux et de plus écœurant; dans cet amas putride de ce que peut produire la prostitution

olitiqué quintessenciée dans le serpentin de’ a cupidité louche, il est difficile de se décider à quel morcéau donnér la palme. tit rochetons-en encore un aujourd'hui, et, exposons-le au grand jour, ainsi que ces.gténouilles efflanquées que les enfants tirent des. mares verdâtres et abandonnent dans l'herbe, étendues sur le dos dans des positions lubri-

ues.. .

: Si nous n'avions pas juré d'aller jusqu'au bout, celui-ci nous ferait certainement reculer, tant nous avons de répugnance à toucher ce cynique renégat. Mais, n'importe, du courage et,. comme disait quelqu'un, il faut finir la besogne quand une fois l’on s’est mis lès mains dedans. re

Quand la clique Chapleau, Dansereau, Séné:

cal et compagnie eurent vu les deux comtés de Chambly et de Rouville passer du côté du .

gouvérnément, ils se dirent: ‘ C’est fini ; il. faut avoir recours au dernier atout de notre :

saint patron George Etienne, et nous mettre à la recherche de la marchandise.”

—Moi, s'écria Sénécal, j'essaierais de faire sentir l4 mouche à Racicot.

Ce que c’est que de passer pour honnête homme !

—Racicot, y penses-tu? Un homme de sa position !

—C'est comme ça. Je le connais, moi; un rakotr de première qualité ; un homme sans cœur et sans pitié pour ses semblables; un iograt qui n’a pas eu honte d'oublier tout cé qu'il devait à ceux qui ont pris soin de sa jeuhesse; je vous dis, moi, qu'un individu de cote trempe est à vendre. Vous n’avez qu'à le

er,

—Mais c'est un ancien Rouge de L'Avenir, un radical forcené !

—Ca ne fait rien ; n’a t:1l pas été de toutes les couleurs et de tous les principes ? S’il est libéral aujourd’hui, c’est Lafontaine de Shefford

ui la ramené en lui donnant des caüses.

énsez-vous qu'on ne peut pas lui faire faite encore un autre saut croche ? |

Ma foi, tu as peut-être raison. Tu flaires les veaux à vendre de dix lieues. Essaie. Geluici est important. Son parti a confiance en lui; personne ne le soupçonnera. Magnifique affaire !

, — Attendez donc! ce n’est pas toujours à mon tour, que diable. Pensez-vous que je n'aie pas assez, dans ce temps-ci, à fournir des

pastilles à Paquet et autre chose à Chauveau ? Ces deux goulots-là sont des gouffres ; ils me coutent déjà les yeux de la tête. Et si j'ai le malheur de les laisser refroidir, bonsoir ! Que le petit Loranger se charge de Raëicot. Il est encore plus coulant que moi, et je m'étonne que vous n’en ayez pas fait votre acheteur en chef. Il n’a qu’à lui offrir une place de juge, en lui disant qu’on mettra Dunkin à la retraite, et ça y sera; j'en réponds, moi!

Deux jours après le marché était conclu inter pocula ; mais la chose ne devait se révéler qu’à un moment donné. En attendant le nouveau converti fut placé sur la liste de tous les comités où son vote pouvait faire du tort au gouvernement, et notamment sur celui de l'affaire Gowen où—sous prétexte de se montrer indépendant—notre vendu No. QUATRE, fit le premier pas vers la trahison. Mais en hypocrite, Sn ni

uand vint la motion de censure contre M.

Chapleau, il crut que c'était le moment de lever le masque; il se trompait, et le lendemain, il avouait aux Libéraux,—avec un semblant de honte sur la figure,—qu'il avait eu des éblouissements, ce soir-là, causés par les pastilles brévetées du compère Pâquet, et que c'était par erreur qu'il avait ainsi voté contre son chef.

Son indisposition dura plusieurs jours. Aussitôt qu'il fût rétabli, sur un signe du petit Loranger, il comprit que pour mieux servir

: ceux qui l'avaient acheté, il devait rassurer le à aputertAqens à qui cette volle-face avait mis

a pueé à l'oreille.

IL fit un discours dans lequel il déclara que

—différât-il d'opinion avec M. Joly sur les

ASHMADRIES mesures de son programme—il ne

en appuierait pas moins; car il considérait

que le plus grand malheur qui püt arriver à

la province, C'était le retour au pouvoir des

pillards et des jobbers de l’ancien régime !

—Sapristi, disait Chapleau entre ses dents, il ya trop loin!

Il avait été si loin, que les naïfs s’y laissè-

reut prendre. Mäis Ceux qui connaissaient les

antécédents de l'individu, dirent aux ministres: Ne dormez que d’un œil: il est vendu, nous en mettrions la main au feu. |

. El fut décidé de le mettre au pied du mur.

On convoqua une assemblée dans son propre comté, pour ainsi dire à sa porte, et cela trois

jours seulement avant le 28 Octobre. L'’effronté

“8 y rendit et fit un long discours dans lequel 11 Approuva la conduite An gouvernement, stig-

mMatisa le conseil législatif et dénonça de nouveau en termes énergiques la politique des conservateurs.

‘Cette fois, se dirent les ministres, il 'a

brûlé ses vaisseaux; il ne peut pas cousotn-

mer sa trahison : ce serait trop odieux. Un homme ne se flétrit pas à ce point-là.” | ‘ ]l est homme à tout faire, disaient ceux

qui le connaissaient, C'est Pâquet et Ghauveau

ävec plus d'intelligence et de savoir. Prenez-en. votte parti : il est vendu. mr Te

C'était incroyable, mais c'était vrai. Quel-. ques.jours auparavant, il était venu chez 1 petit. Loranger demander la permission de ficher le camp aux Etats-Unis, sous un prétexte ou. sous un autre: il avait plus de moral pour la lâcheté que pour l’effronterie. 1

Non, non, lui fut-il répondu, si vous partez. nous ne gagnerons qu'une voix ; tandis que si vous restez c'est deux voix que vous pouvez nous donner. Pour avoir droit à votre récompense, il faut que vous la gagniez toute entière.

Et le traître consentit à tout, même à aller donner le baiser de Judas à son ancien chef sur le husting de Missisquoi !

Ces infamies-là n’ont pas de nom. Elles ne sont pas seulement déshonorantes pour celui qui les commet, elles entachent sa race et se reflètent sur la nation toute entière. Elles déshonorent même le sol. Car nous entendons dire partout depuis le 29 octobre qu’il n’y a que dans ce pays-ci où de semblables turpitu-

es puissent être méditées et perpétrées ; qu’il Aie que le peuple canadien qui soit assez débonnaire pour subir de pareils affronts sans écraser les os de leurs auteurs sur le pavé!

Il devrait y avoir un tribunal d'honneur composé d'hommes honnêtes de tous les partis pour juger ces misérables et leur fermer à jamais la porte non-seulement des fonctions proies mais encore de toutes les maisons

onorables,

Ah! vous sentiez bien tout cela, vendu No.

QUATRE, quand vous avez demandé qu'on vous ramenât dans un train de nuit à Montréal. Vous craigniez le grand jcur. Vous'aviez peur de lindignation publique. Soyez tranquille, allez : votre peau est en sûreté ; seulement nous avons juré que votre acte de lâche infamie ne serait jamais oublié, et nous vous engloutirons sous une telle couche de mépris public que dans trente ans d'ici, nos enfants vous fuiront encore comme un lépreux.

C'est dit. |

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