à Beaumont-Jacob. L'éditeur des Lettres de 1908 eroit
à tort qu'il s*agit là d'un emprunt que Voltaire cherche >« conclure pour le duc de \N urtemberg ; c'est pour lui même
que Voltaire se remue.
•». !.•>•> documente manquent pour L'année 1766 et lee neuf premiers mois de 1767 ; la Correspondance Générale oe renferme non plus que quelques allusions à ls situation critique lettre du \ mars 1766e La duchesse de Saxe-Gotha,
et lettres d.* janvier et février 17117 à d'Argental, où Voltaire dit a d'Argental qui le consolait uhaite
le retard s'était accru, et l'on devait à Voltaire 61.192 livres, c'est-à-dire presque une année entière de rente.
Sur ces entrefaites, il apprend que les marchands de Lyon, Rémongin frères et Joubert, à qui le duc devait £9.933 livres, ont fait pratiquer une saisie-arrêt sur les terres de Riquewhir, que d'autres créanciers s'apprêtent à en faire autant pour les terres de Franche-Comté. Il estime qu'il n'y a plus à tergiverser ; il donne ordre à Christin, avocat à Saint-Claude1, de faire enregistrer son contrat de 200.000 livres du 10 octobre 1764 : ainsi doit être constatée l'antériorité de son hypothèque. La formalité fut accomplie le 21 octobre 1767 ; immédiatement après, Christin introduit au tribunal de Besançon la requête suivante 2 :
que vous ayez raison. Je ne me suis pas encore aperçu de l'effet de ses beaux arrangements. Il est temps qu'il se corrige de sa manie d'imiter Louis XIV. ») Au reste, en mai et juin 1767, Charles-Eugène se promenait à Venise où l'on donnait des fêtes en son honneur (Alfieri, Vita, partie III, chap. 3)
1. Et non pas receveur général des domaines du roi à Besançon, comme le dit l'éditeur des Lettres de 1908.
2. Cet intéressant document inédit nous est communiqué par M. Louis Nardin ; il est tiré des Archives de Besançon, B. a34o. Il complète heureusement les documents publiés jusqu'à ce jour. Cf. les lettres du 24 octobre 1767 à Dupont et du 27 octobre 1767 à Christin, dans la Correspondance Générale,
LES ALARMES DE VOLTAIRE 63
« A nos seigneurs du Parlement, en la Chambre des Vacations.
« Supplie humblement François-Marie Arouet de Voltaire, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, seigneur de Ferney, Tourney, Prégny, Chambésy, etc. ; disant que par acte reçu de Callot, notaire royal à Colmar, le 10 octobre 1764, contrôlé au bureau de Saint-Claude le 21 du courant, il est créancier du duc de Wurtemberg, prince de Montbéliard, pour une rente à fonds perdu au principal de 200.000 livres, annuelle de 2^.000. Il est dû au suppliant en vertu de ce contrat 61.192 livres d'arrérages échus, sans préjudice du terme courant. Pour avoir paiement de ces arrérages, le suppliant se voit dans la nécessité de faire saisir et arrêter entre les mains des fermiers du dit prince les sommes qu'ils peuvent lui devoir en vertu des baux qu'il leur a passrs des terres et domaines qu'il possède en Franche- Comté, lesquels sont spécialement hypothéqués à la rente dont il s'agit. Ces fermiers ont leur domicile en différents baillages, le sieur Alexandre Bureau de Puri, fermier des terres de Granges, de Blamont et de Clémont, de la saline de Saulnot, dans le baillage de Vesoul, le sieur Antoine Panticr de Baume-les-Dames, fermier des terres de Clerval et de Passavant. Un seul de ces baux ne suffisant pas pour le paiement dont il s'agit, le suppliant est obligé de faire faire des arrêta de
deniers entre les mains des deux fermiers et d'autres qu'il pourrait découvrir. Mais les fermiers demeurent dans des bailiages différents, et la juridiction de leur domicile ne détermine pas celle où ils doivent être assignés pour faire leur révélation. Dans l'usage, c'est devant la juridiction du domicile du débiteur principal que les débiteurs saisis doivent porter leur révélation. Mais comme le duc de Wurtemberg n'a point de domicile en France, le suppliant recourt
« A ce qu'il plaise a la Cour lui assigner telle juridiction qu'elle jugera à propos, les Requêtes du Palais, ou même le baillage de Besançon, aux fins d'y faire aller les fermiers et régisseurs des terres et domaines que le dit prince possède dans cette province, pour révéler les sommes qu'ils doivent en vertu de leurs baux jusqu'à concurrence de la somme susdite. Sera justice.
« Signé : Ghristin,
Fondé de procuration de M. de Voltaire.
« Soit montré au Procureur Général, le 26 octobre 1767.
« Signé : Marquis.
a Vu la requête et l'expédition jointe, je n'empêche pour le Roi que le suppliant soit renvoyé
LES ALARMES DE VOLTAIRE G5
à se pourvoir par devant la Chambre des requêtes du Palais, le 26 octobre 1767.
« Signé : Grangier.
« Vu la requête, la copie collationnée de l'acte y-énoncé et les conclusions du Procureur Général du Roi, la Chambre a renvoyé le suppliant à se pourvoir, comme il trouvera convenir, pardevant la Chambre des Requêtes du Palais du Parlement de Besançon. Fait le 26 octobre 1767.
u Signé : De Chappuis, De Rozières. »
Par deux lettres à Jeanmairc, qui sont malheureusement perdues, Voltaire avait prévenu les gens du duc de sa résolution, et leur avait parlé de sa « douleur d'en être réduit là ». Mais il faisait ainsi un coup de maître ; il allait, par cette saisie-arrêt qu'il pouvait d'ailleurs retirer à tout moment, donner à réfléchir au duc et à ses gens, et les amener à prendre des mesures effectives pour liquider, sans scandale, un arriéré considérable ; nous allons voir l'habile solution que proposera Voltaire.
LES BILLETS JAQUELOT
J'envoie Mmc Denis se faire payer des seigneurs français ; je me charge des seigneurs allemands.
(Lettre à Thibouville, du 2 avril 1768.)
L'annonce de la saisie-arrêt de Voltaire affola le Conseil de régence, qui allait être, devant le duc de Wurtemberg, responsable du scandale en résultant pour lui. On écrivit sans tarder à Besançon pour essayer d'arranger les choses à l'amiable ; mais surtout on finit par où l'on aurait du commencer : on expédia à Voltaire un léger àcompte de I.Soo livres.
C'est ici le lieu de chercher à déterminer quel était exactement l'état d'esprit de Voltaire dans cette affaire. Un examen attentif des documents publiés par MM. Sackmann et Hossel, ainsi que de la Correspondance Générale, nous fait aboutir aux conclusions suivantes. Des craintes scricuscs sur sa créance, Voltaire n'en eut jamais ; il était un des premiers créanciers, et les biens du duc
en France gageaient largement sa rente. Des besoins d'argent liquide, il en avait encore moins ; son train de maison, y compris ses libéralités, ne montait qu'à 4o.ooo francs par an ; son unique souci était de replacer avantageusement l'excédent de ses revenus, c'est-à-dire deux ou trois fois plus. Toutefois, c'était avec une inquiétude, après tout concevable, qu'il voyait, à chaque trimestre, s'augmenter l'arriéré de la rente du duc : il lui faudrait tôt ou tard, pour cet arriéré, qui ne portait pas intérêt, transiger, et par cette transaction, d'une part il perdait immanquablement quelque argent, ce qui est toujours fâcheux même pour un capitaliste, d'autre part et surtout, il se découvrait vis-à-vis du duc et de ses gens, en leur laissant voir que, contrairement à ses affirmations répétées1, il était riche et n'était pas à 60.000 livres près. Mais l'esprit de conciliation qu'il avait montré jusqu'en 1767, les facilités qu'il n'avait cessé de donner au duc, devaient forcément le découvrir à la longue : c'est pour éviter ce résultat fatal qu'il change brusquement
1 . La politique financière de Voltaire, vis-à-vis du duc et de sesautres débiteurs, a toujours été, ;com me de juste, décrier famine ; elle réussit à souhait. C'est ainsi qu'en avril 1768, quand Mme Denis rentra à Paris, toute la France crut Voltaire absolument ruiné (cf. Grimm, Correspondance lilléraire, avril 1768). Voltaire devait bien rire, de ce rire intelligent que Musset a appelé « hideux », on n'a jamais bien su pourquoi.
LES BILLETS JAQUELOT 69
de tactique, qu'il fait opérer sa saisie-arrêt d'octobre 1767, préparant ainsi, comme on va le voir tout à l'heure, l'entrée en jeu d'un tiers, lequel pouvait, aux yeux du duc, se montrer moins accommodant que lui-même et n'avoir pas les mêmes scrupules : l'intervention d'un tiers fut le coup de génie de Voltaire.
Dès le 10 novembre 1767 1, Voltaire accuse réception au Conseil des J.5oo livres qu'on vient de lui envoyer ; il s'excuse presque d'avoir été contraint à employer les grands moyens, et à engager quelques dépenses de procédure, qui resteront bien entendu à la charge du duc. Il demande encore un peu d'argent comptant: pour le reste, il se contentera de délégations acceptées par les fermiers de la principauté, devenus ainsi personnellement responsables vis-à-vis de lui des sommes qui lui sont dues : moyennant quoi, il ne maintiendra pas sa saisie-arrét, et même il se fait fort d'arrêter les poursuites des marchands de Lyon. Le 28 novembre, il précise : il veut immédiatement 1 5.6oo Livres, et. en janvier 1768. i5.ooo livres encore. Ne recevant rien, il écrit au duc lui-même2 : un sieur Kafot, de Genfr consentirait à avancer à Charles-Eugène, suc un billet à ordre payable le i5 janvier 1769, lea