Ibid., col
reprises l’objection *, et très longuement. Ces passages montrent quelles perplexités valaient, à la conscience chrétienne, de tels scandales. Auxilius déclare sans détour que l’on ne doit pas obéir à des prescriptions injustes. Auxilius ne tient aucun compte de l'excommunication portée contre lui par Serge III ; il continue à célébrer la messe. Il ne se contente pas, à propos de l’autorité ecclésiastique, de distinguer entre les préceptes justes ou injustes; il distingue la sedes du sedens . Il écrit : « Honor et dignitas uniuscuiusque sedis venerabiliter observanda sunt. Praesidentes autem si deviaverint, per dévia sequendi non sunt ; hoc est si contra fidem 1 2 vel catholicam religionem agere coeperint, in talibus eos nequaquam sequi debemus, quod plerumque apud Constantinopolitanam et Alexandrinam sedem contigit 3 . » Auxilius invoque l’instance supérieure du concile général 4 . Telles sont les revendications dangereuses que provoquait la politique de Serge III. Pour tous les pouvoirs, il est périlleux d’obliger les sujets à distinguer entre préceptes justes et injustes. Cette distinction en amène d’autres moins innocentes.
Au sujet des ordinations, Auxilius oppose à Serge III une doctrine exacte. Il établit une analogie complète entre le baptême et l’ordination. Aucun de ces deux sacrements ne peut être réitéré. Il prouve cette doctrine par la lettre de saint Grégoire à l’archevêque de Ravenne 5 . La réitération de ces sacrements est un acte hérétique 6 . Les ordinations conférées en dehors de l’Église sont valides, comme le prouvent l’histoire de l’hérétique
1. Dans le traité In defensionem (éd. Duemmler), p.’,62, 73-77, 89-93. — Dans le De ordinationibus, ch. 32-40 (P. L. t t. GXXIX, col. 1071-74). Plus tard, Auxilius a ajouté de nouvelles considérations sur le même thème, dans des additions qui se trouvent dans le seul manuscrit de Bamberg, et qui ont été publiées par Dümmler, op. cit., p. 107-116. — Dans le dialogue Infensor et defensor , ch. 11- 19 (P. L. y t. GXXIX, col. 1085-89).
2. Cf. un passage analogue dans Infensor etc.,cliap. 3 i, Ibid., col. 1099. Auxilius cite quelques mots de la troisième fausse décrétale d’Anaclet, puis il ajoute : « Doctores emm vel quilibet qui locum pastoris in Ecclesia tenet, si a fide exorbitaverit, est a fidelibus corrigcndus, sed pro reprobis moribus mugis tolcrandus quam iudicandus. » Cf. Ibid., col. 1100.
3 . Infensor et defensor , cbap. 18, P. L., t. GXXIX, col. 1089. La même distinction se retrouve dans le De ordinationibus, ch. 35 , Ibid., col. 1073.
4. De ordinationibus, cb. 40, Ibid., col. 1074. Cf. Infensor etc., ch. 5 , Ibid., col. 1082.
5 . Infensor etc., ch. 5 - 6 , col. 1082. C’est la lettre de saint Grégoire citée plus haut, p. 75.
6. Ibid., cb. 6, col. 1082 ; In defensionem etc. (éd. Duemmler), p. 78, 79,
L'ANNULATION DES ORDINATIONS DE FORMOSE
Libère *, et des textes de saint Léon 1 2 et d’Anastase II 3 ; les ordinations des évêques indignes ou intrus sont valides, tout comme celles de Vigile 4 , le proscripteur et le remplaçant du pape Silvère 5 . .
En fait d'objections à sa thèse, Auxilius examine seulement le concile romain de 769, dans lequel furent décidées la condamnation et la réitération des ordinations du pape Constantin. C’était la grande autorité invoquée par Serge III. Auxilius n’hésite pas à y voir un abus de pouvoir incapable de créer un précédent 6 .
Il y a d’autres données à retenir, dans les livres d’Auxilius. A son époque, les onctions avaient été introduites dans le rite de l’ordination des prêtres, à Rome. Comme elles n’étaient pas encore pratiquées, à l’époque de Nicolas I, cette innovation se place donc dans la seconde moitié du ix e siècle. Par une argumentation ad hominem, ceux qui niaient la valeur des ordinations faites par Formose, reprochaient à ce pape de s’être fait réordonner évêque à l’époque de son intronisation à Rome : il aurait reçu alors une seconde imposition des mains. Auxilius répond en niant le fait. Mais, ajoute-t-il, la réitération de l’imposition des mains de l’épiscopat aurait-elle eu lieu, ce serait un fait sans conséquence : d’après saint Jérôme 7 , il y a identité entre l’épiscopat et le presbytérat. Dès lors, la consécration épiscopale n’a pas la signification qu’on pourrait croire : elle complète seulement le presbytérat. D’une manière analogue, la consécration pontificale de Formose a complété sa consécration épiscopale :
Igitur cum presbyter manus impositionem accipit, ut caeteris praeponaturet episcopus appelletur, numquidnam in eo quod est presbyter iterum consecratur, et non potius, in eiusdem manus impositione, augmentum episcopa-
1. De ordinationibus, ch. a 5 , 27, col. 1068. Auxilius dépend ici de la notice légendaire de Libère dans le Liber Pontificalis ; il regarde Libère comme un hérétique et un apostat.
а. De ordinationibus y ch. 16, col. 1066; cf. P . L., t. LIV, Epist. 167, col. iao 3 .
3 . De ordinationibus, ch. 19, 20, col. 1066. C’est la lettre d’Ànastase II ù l’empereur du même nom. Cf. plus haut, p. 76-77.
4. Ibid., ch. 26, 27, col. 1069. Auxilius dépend ici de la notice de Silvère dans le Liber Pontificalis .
5 . Auxilius cite encore le canon de Nicée en faveur des Novatiens (De ordinationibus, ch. a 3 , col. 1068; cf. plus haut, p. 36 ); — la lettre de saint Léon à Anatolius, De ordinationibus, ch. 24, col. 1068; cf. P. L., t. LIV, col. 1001, epist. 106.
б. Infensor etc., ch. 4» col. 1080.
7. Epistola ad Evangelum, P. L., t. XXII, col. 1192, Ep. 146*
Iis ministerii quod non habet accîpit? Sic itaque Formosus, in ilia manus impositione, non id quod episcopus erat perdidit, sed augmentant apostolicae dignitatis quod non habebat accepit 4 .
Cette question, relative à la différence de l’épiscopat et de la prêtrise, devait occuper longtemps, dans la suite, les théologiens 2 .
Peu après la mort de l’évêque Étienne de Naples, survenue en 907, Auxilius fut amené à prendre la défense de ce personnage. Étienne avait eu une vie très agitée. Il avait subi le contre-coup de l’instabilité politique de l’Italie méridionale et des invasions sarrasines. D’abord évêque de Sorrente, il avait erré de ville en ville, pour devenir enfin évêque de Naples. C'était encore une translation épiscopale ! Serge III attachait alors trop d’importance à ce manquement aux canons, pour que le cas d’Étienne de Naples passât inaperçu. Il se devait à lui-même de déclarer nulles les ordinations faites par l’évêque de Naples. Il n’y manqua pas. Auxilius prit la défense d’Étienne comme celle de Formose. Ce traité s’est conservé 3 .