II. — Défense des ordinations de Formose par Auxilius
Serge III et son parti invoquaient, contre les ordinations de Formose, les arguments déjà formulés pendant le concile cadavérique : les condamnations portées par Jean VIII contre Formose, et la translation qui avait fait passer le malheureux cardinal, du siège de Porto sur celui de Rome. Les ordinations faites par Formose étaient incontestablement valides.
Un clerc du pays franc, qui parait s’appeler Auxilius, était venu à Rome, à la fin du ix a siècle, et avait été ordonné par Formose. Puis, il s’était établi en Italie et semble finalement s’être fixé à Naples. Il avait été convoqué au concile romain dans lequel Serge III reprit le procès de Formose, mais il se garda bien d’y paraître. Aussi fut-il l’objet de poursuites de Serge III. Comme il était cultivé, il voulut se défendre. De là ses ouvrages.
En 908, il écrit le traité In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi I ; puis vers 91 1, un dossier patristique intitulé De ordinationïbus papae Formosi ; enfin vers le même temps, le dialogue Injensor et defensor. La parenté de ces trois ouvrages est étroite. En revenant, à trois reprises, sur une question assez limitée, l’auteur est devenu déplus en plus maître de son sujet. Le progrès réalisé d’un ouvrage à l’autre est manifeste. Le premier en date, In defensionem 3 , est assez confus : il y est question, sans aucun ordre, de la politique ecclésiastique de Serge III 4 ,
sunt, ad infcrna praecipitantur ? Neque enim Deus tantam episcopornm, presbyterorum atque levitarum multitudinem perdet ? »
1. Voir plus loin l’histoire de l’évèque de Noie, et celle, non identique mois analogue, de l’cvêtjue de Naples, a. De ordinationïbus, ch. 28, Ibid,, col. 1070.
3 . Ce traité se trouve dans E. Duemmlkii, Auxilius und Vulgarius etc., p. 59-94, Leipzig, 1866.
4. Ibid., p. 60, menaces exercées par Serge III pour faire condamner les or-
L’ANNULATION DES ORDINATIONS DE FORMOSE
du procès de Formose *, des prescriptions du droit canon etde la théologie sur la translation des évêques.
Le De ordinationibus est un traité didactique. Une première partie montre que les translations d’évêques ne sont pas absolument interdites par le droit 2 . Une seconde prouve que les ordinations faites par Formose doivent être admises, même s’il y a eu quelque irrégularité dans l’élévation de ce pape 3 . La fin du traité examine des questions d’ordre pratique : comment doit être jugée cette affaire; quelle est, dans des cas pareils, l’autorité du pape et celle du concile général 4 . Le troisième ouvrage, intitulé Infensor et Defensor 5 , est le meilleur des trois. C’est une discussion contradictoire entre un adversaire et un partisan des ordinations de Formose. Ce traité se distingue par une forme assez serrée et par la fermeté des idées. L’auteur a été bien inspiré par les circonstances. Il n’écrit pas un ouvrage théorique, mais une consultation demandée par Léon, évêque de Noie. Celui-ci, ayant été consacré évêque par Formose, se vit, comme tant d’autres, sommé de se faire réordonner. Il demanda conseil de divers côtés, et enfin à Auxilius, que ses précédents ouvrages sur la question avaient fait connaître. Aussi, dans ce nouveau traité, celui-ci employa-t-il tous ses moyens de persuasion. Voici un résumé des idées de l’auteur dans ces trois ouvrages.
Il suffira de signaler l’attitude d’ Auxilius à l’égard de la papauté. Il a un très grand respect pour le Saint-Siège, mais, dans le cas présent, il refuse de se soumettre aux exigences de Serge III, qui voulait faire accepter par tous la nullité des ordinations de Formose. Serge III faisait appuyer sa thèse, à cet égard, par les publicistes qu’il avait sous la main. A bout d’arguments, ceux-ci invoquaient l’autorité souveraine du pape. Ils mettaient leurs contradicteurs en présence des textes qui prescrivent l’obéissance au Saint-Siège. Auxilius examine à plusieurs
dinations de Formose. P. 61, la manière dont il traite d’intrus ses prédécesseurs depuis Formose. P. 84, comment Serge III, qui avait été consacré évêque de Caere par Formose, se fait de nouveau consacrer évéque à Rome.
1. /bid., p. 63 - 65 , la déposition de Formose. P. 66, sa réconciliation. P. 67, sa translation de Porto à Rome.
2. Ce sont les i 5 premiers chapitres du traité, dans P. L., t. CXXIX, col. 1059-
3 . Ce sont les chapitres 16-27, Ibid., col. 1066-70. C’est cette partie où sont donnés les textes traditionnels sur les conditions de validité du pouvoir d’ordre.