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Ibid., n® 1 10, p

5. Man si, Sacrorum conciliorum nova.. . collcctio, t. XX, col. 519 .

PENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE

Ces canons auraient réjoui le cardinal Humbert et attristé Pierre Damien. Ils déclarent nul tout acte sacramentel (excepté le baptême) administré par un simoniaquc même gratuitement. Si on les mentionne ici, par anticipation, c’est pour faire ressortir ce qu’il y avait encore d’imparfait dans les décisions de Nicolas II, en 1009. Celles-ci n’ont pas contenté Damien. En 1060, il a ajouté au Liber gratissimus un appendice, dont le ton est grave et triste. C’est que la discipline n’était pas seule enjeu en cette affaire. Dans une mesure difficile à préciser mais très réelle, la décision conciliaire a été interprétée d’une façon défavorable aux sacrements administrés par les simoniaques. C’est que le concile n’a pas résolu la question doctrinale ; il a pris des décisions pratiques, que chacun pouvait interpréter suivant sa thèse. Cet état de choses n’apparaît pas clairement dans les textes conciliaires. Mais un document fournit de nouveaux détails sur le concile de 1059. C’est une promulgation du concile faite en France, peu après 1 . On y lit :

Ut ecclesiae per precium a simoniacis consecrate denuo consecrentur. Ut presbiteri et omnes a tempore Nicholai pape usque nunc et deinceps scienter ordinati a simoniacis, sciant se non esse ordinatos et deinceps non fiant L

La comparaison de ce texte et de celui du concile de Girone s’impose à l’esprit. Elle montre l’écart d’ensemble mais aussi un point de contact entre les idées de 1059 et ce ^ es de *078. Les églises consacrées à prix d’argent doivent être consacrées de nouveau. La consécration simoniaque est donc nulle. Que penser des ordinations faites à prix d’argent ? Le texte n’en dit rien. A en juger par analogie, elles devraient être tenues pour milles. D’autre part, la réordination n’est pas prescrite. On n’entend parler de réordinations que depuis 1078. D’où l’on peut conclure que le concile de io 5 g n’a pas tranché officiellement la question de fond. Cette timidité s’est révélée, dans la suite, très regrettable. Elle a permis la reprise de controverses qui devaient être considérées comme closes. Enfin, d’après le texte français du concile de 1059, ^ es clercs ordonnés sciemment par des simoniaques doivent savoir « se non esse ordinatos ». L’expression est brève et dure. Elle doit d’autant plus

1. Ce texte sc trouve dans le ms. Bibl. Nat., lat. 38;5 (xm® siècle), fol. 107 v°. Ce ms. contient la Collectio Caesaraugustana. Ce texte est transcrit dans Maxsi, Sacrorum cunciliorum... collectio, t. XIX, col. 870, 87G.

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être remarquée qu’elle semble avoir inspiré la décision du concile de Girone de 1078 prescrivant la réitération de toute ordination faite par un simoniaque 4 .

En somme, l’impression laissée par ces décisions de io 5 y est mélangée. Les partisans de la nullité recevaient un gage : la consécration des églises consacrées à prix d’argent ; les défenseurs de la validité obtenaient l’acceptation des ordres reçus d’un simoniaque non connu comme tel et celle des ordinations gratuites faites par les simoniaques avant le concile. Chose plus grave, Damien se voyait obligé d’écrire : « Non modo simoniacos reprobamus, sed et per eos exhibita sacramenta contem nimus 2 . » Ces quelques mots posent une question délicate, celle de savoir l’idée qu’on se faisait alors des ordinations qui n’étaient pas acceptées, et de la valeur des sacrements administrés par les ministres ainsi rejetés en ioSt).

Sur ce point, des données qu’il n’est pas possible de négliger sont fournies par Pierre Damien, dans une lettre aux Florentins.

V. — Conflit de Pierre Damien et des moines de saint Jean Gualbert à Florence.

De 1062 à 1066, l’Église de Florence n’était pas en meilleur état que celle de Milan. Il y avait, h Florence, un parti réformateur, qui était en relations avec la Pataria de Milan. La réforme bénédictine inaugurée à Vallombreuse par saint Jean Gualbert (985-1073) avait eu pour résultat de créer des conflits entre les moines et les séculiers soupçonnés de simonie ou de peu de zèle. Les moines de la région avaient été confirmés dans leurs préjugés par le cardinal Humbert, qui avait résidé à Florence en 1067 et io 58 3 . Dans ce milieu divisé, l’élection de l’évêque Pierre devint un nouveau sujet de discordes. Pierre de Pavie était devenu évêque de Florence après 1061-1062. Jean Gual-

1. Tout fait croire que les rédacteurs des décisions de Girone, en 1078, avaient sous les yeux le texte français des décrets de Nicolas II. Comparer, à ce sujet, les deux documents.

a. Ces mots se trouvent dans la lettre écrite par Damien aux Florentins, en 1066-67, dans P. L. t t. CXLV, col. 5 a 4 * Dans l’article de Y Oesterreichische Vier teljahresschrifl, t. I, p. 4aq, Hergenrôther convient que Damien a vu, dans les décisions de 1059, une « missnchtung » des sacrements des simoniaques.

3 . Les relations du curdinal Humbert et des moines florentins de Jean Gualbert sont attestées dans la seconde Vie de ce dernier (P. L., t. CXLVI, col. 680).

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bert et les moines de Valiombreuse dénoncèrent son élévation comme simoniaque. De là deux factions et des troubles continuels dans la ville.

Les moines et leur parti déclaraient nuis les pouvoirs de l’évêque, Damien s’exprime ainsi à leur sujet :

Ilinc ad commonachos meos articulum transfero, a quibus profecto pro cedere notant banc iurgandi materiam non ignoro. Dicunt enim quia ab huiusmodi sacerdotibus nec ch ris ma con/ici , ncc ccclcsia dedicari , nec cleri calia iura conferri , nec miss arum ullo unquam tempore potuerunt solemnia celebrari. Et tam haec iinpudenter allegant ut anno... compulerint in tribus plebibus sine conspersione chrisinatis catechumenos baptizari L

Vers la fin de 1066, Pierre Damien reçut la mission d’aller faire une enquête à Florence. Il trouva les charges alléguées contre l’évêque insuffisantes. Mais il fut effrayé de l’esprit révolutionnaire que ces récriminations développaient dans le peuple :

Sed cur de sola sacerdotum sive sacramentorum obtrectatione conque ri mus, cum ab eis omnia pene dilacerari, omnia conspui, omnia dicantur irrisione publica subsannan? Non est, inquiunt, papa, non rex, non archiepiscopus neque sacerdos. Unde factum est, sicut dicitur, ut mille circiter nomines bis nugis naeniisque decepti, sine sacramento Dominici corporis et sanguinis hoc mundo recesserint. Opinantur cnim per huius temporis sacerdotes nullam in sacramentis posse fîeri veritatem; sed et quamplurereperiuntur ecclesiae, quas non modo suis ingressibus indignas ducunt, sed nec salutationis quidem obsequio idoneas arbitrantur. Nam et salutare despiciunt quas utique dedicatas ab indignis nescio quibus episcopis suspicantur.

Rien d’étonnant si, dans un tel milieu, l’arbitrage de Damien en faveur de l’évêque Pierre fut rejeté avec indignation. On attribua au légat une doctrine perverse. Il dut se défendre dans une lettre adressée aux Florentins. D’abord il condamne la simonie ; puis il rappelle la doctrine de son Liber gratissimiis , sur les sacrements administrés par les simoniaques. Enfin il rappelle les décisions du concile de Nicolas II (1059-60) :

Licet eorum [simoniacorum] sacramenta ex authcntica canonuin possent sanctione defenai; ut eos tamen magis ac tnagis synodalis sententia confunderet, conslitutum est in Romano, s. m. Nicolao praesidente, concilio ut quicumque per eos eatenus fuissent in cuiuslibet ecclesiastici gradus dignitate promoti, in percepti honoris ministerio permanerent; et tune vero et

1 . Les textes qui suivent sont tirés de la lettre de Damien aux Florentins, P. L„ t. CXLV, col. 5a3.

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deinceps quicumque se pateretur a simoniaco provehi, nil penitus ex ea deberet promotione lucrari, et sic ministrandi iura déponent , tamquam si haec nu lia te nus percepisset. Hac itaque ratione iam non modo siraonacos reprobamus, sed et per eos exhibita sacramentel contemnimus.

Ici par les iura ministrandi , Damien désigne le pouvoir d’ordre. Aussi le premier passage souligné doit-il s’entendre de la déposition. Celle-ci est si grave et si efficace qu’elle permet de « contemnere » les sacrements administrés par de tels ministres. D’autres passages éclairent celui-ci. Damien reproche seulement aux exaltés de Florence de rejeter les sacrements des ministres ordonnés par des simoniaques avant le décret de Nicolas II. Il leur abandonne les sacrements des ministres ordonnés par des simoniaques depuis le même décret :

Si ergo ego et vos de simoniacis eorumque rcprobandis in posterum consecrationibusu/uz sententia utique congruimus, cur adhuc invicem litigamus?... Sed nunc cur ista prosequimur 1 , cum consec rat ionem simoniacis nuper fuisse prohibitam superius praefati sumus? Plane quia iidem ipsi qui baptismum fieri sine chnsmate docuerunt, adhuc adversus eos qui ante synodum gratis a simoniacis ordinati sunt, sufHant, eosque cum suis ordinatoribus esse naerelicos dogmatizant, eorumque missas et omnia per eos facta mysteria blasphémant, anathemaiizant, conspuant, abiiciunt et explodunt, eorumque benedietionibus terrihililer maledicunt... et in suis maledictionibus illud Malachiae prophetae testimonium adhibent quo dicitur : « Maledicam benedietionibus vestris. »

Le texte du concile de 1009 ne permettait pas au légat de condamner complètement de tels abus. Il lui donnait simplement les moyens de sauvegarder les sacrements des ministres ordonnés gratuitement par des simoniaques, antérieurement au concile de Nicolas II. Quant aux ministres ordonnés dans les mêmes conditions après le concile, Damien renonce à les défendre : il n’a pas un mot, pour blâmer la profanation qui est faite de leurs sacrements. N’a-t-il pas écrit : « eorum sacramenta contemnimus »? Si les exaltés de Florence avaient une manière plus énergique de manifester leur mépris, comment les blâmer? Il est difficile aujourd’hui de percevoir nettement de telles nuances. Mais nul doute que, dans les idées d’alors, le mépris des sacrements des simoniaques ne fût une conséquence des décisions du concile de Nicolas II. C’est cette conséquence que Damien a regrettée, et qui a perpétué un état d’esprit fâcheux.

1. Dn mien vient de rappeler les principes d’après lesquels la valeur des sacrements est indépendante de celle des ministres.

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Dans les circonstances critiques qui allaient venir, les vieux préjugés incomplètement matés ont eu assez de force pour commander l’abandon de la pratique de Nicolas IL

Le procès de l’évêque Pierre de Florence avait manifesté une opposition entre l’attitude de saint Jean Gualbert, et celle de Pierre Damien L Peu d’années après, l’Église romaine devait donner raison aux moines de Jean Gualbert et un cardinal de l’Église romaine allait composer une réfutation de la doctrine de Pierre Damien.

i. Il est curieux de comparer les invectives de Damien contre les moines de Florence, P. L.,t. CXLV, col. 525 et suiv., avec des renseignements fournis par la première Vie de saint Jean Gualbert. Ce sont les mêmes événements, mais appréciés d’une façon souvent opposée. Cf. la première Vie (P. L„ t. CXLVI, col. 777, n° 29; col. 794, n° 79; col. 8 o 3 , n°* 109, 110). On ne saurait rendre saint Jean Gualbert responsable des exagérations de ses moines; mais il n’était certainement pas au même point de vue que Damien.

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