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LES DÉCISIONS D’URBAIN II
Le pape prescrit la réordination pure et simple de Poppo, s'il a reçu des mains d’Egelbert le diaconat et les ordres in férieurs, dans une ordination entachée de simonie.
Une chose est hors de doute. Urbain II considère comme nul le diaconat conféré à prix d’argent ; il admettait même la réordination des diacres : la décrétale relative à Poppo de Trêves le prouve péremptoirement. Ce fait est inconciliable avec la théologie actuelle de l’ordre. Considère- t-il comme nuis la prêtrise et l’épiscopat conférés à prix d’argent? Les amateurs de déductions n’hésiteront pas h répondre oui. On verra d’ailleurs que des membres de la curie et des familiers d’Urbain II, par exemple Deusdedit, avaient cette doctrine. Mais, à une époque où l’on était très divisé sur ces questions, chacun doit être jugé sur ses déclarations et non sur celles du voisin. Aucun texte ne permet de dire qu’Urbain *11 ait déclaré nuis et réitéré la prêtrise et l’épiscopat conférés à prix d’argent.
Venons-en à la réordination du diacre Daibert. C’est là un fait sur lequel on a beaucoup discuté pour et contre. Il a semblé, jusqu’ici, que de là dépendait toute la théologie d’Urbain II sur le sacrement de l’ordre. C’était trop simplifier, pour les raisons déjà dites. Ensuite, on ne remarquait pas la réordination de Poppo de Trêves. Celle-ci subsiste, lors même qu’à grand renfort de subtilités on se débarrasserait, en apparence, de celle de Daibert. Mais la discussion relative à Daibert est instructive, pour connaître l’état d’esprit qui a souvent présidé à l’étude des réordinations.
L’année 1088 vit se produire un événement sur lequel nous sommes parfaitement renseignés, et qui intéresse au premier chef la doctrine dont nous étudions l’histoire. C’est la réordination du diacre Daibert, par Urbain II.
Daibert n’était pas un clerc ordinaire. Aussi a-t-il laissé des traces dans l’histoire de son temps. Il avait été ordonné diacre par Wezilo, l’archevêque schismatique de Mayence, dont il a déjà été question. Il servit son évêque dans l’intervalle 1084- 1088. A une époque qu’on ne saurait préciser, mais au plus tard au début de 1088, il quitta le parti schismatique et fit sa soumission au pape. Mieux que personne, Daibert pouvait constater l’insuccès de la politique de son archevêque et chancelier. Son retour était un succès pour les catholiques. Aussi Urbain II lui fit-il un accueil honorable, et le nomma-t-il bientôt évêque de
PENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE
Pise. Cette nomination fit scandale dans certains milieux. Comment le pape pouvait-il consacrer évêque un clerc ordonné diacre par l’archevêque schismatique de Mayence, par le chef des révoltés d’Allemagne?
Deux personnages, Pierre, évêque de Pistoie, et Rustique, abbé de Vallombreuse, en écrivirent à Urbain II leur étonnement. Ces noms sont à remarquer. Us nous rappellent un milieu très hostile aux sacrements des simoniaques, et dans lequel Pierre Damien a eu des difficultés. Rustique est le second successeur de Jean Gualbert. L’évêque de Pistoie était tout dévoué aux Camaldules 1 . Nous constatons ainsi la continuité et la survivance des vieux préjugés, chez les partisans les plus dévoués de la réforme. Urbain II répondit, et c’est cette lettre qui nous renseigne sur toute l’affaire.
En commençant, le pape rappelle deux principes : d’abord la modestie et la réserve qui s’imposent aux inférieurs, vis-à-vis des actes de leurs chefs ; et ensuite le droit de dispense qui appartient à l’Église, à l’égard de certaines prescriptions canoniques. Puis vient l’explication sur le fond même du débat. Le pape n’a rien à apprendre sur la situation ecclésiastique de Wezelo, puisque c’est lui-même qui, en qualité de légat, Ta excommunié et déposé de toute fonction ecclésiastique. Wezelo, ayant été consacré par des hérétiques, ne pouvait aucunement conférer l’ordination à Daibert. Ce dernier n’a donc absolument rien reçu de Wezelo. Et c’est pour ce motif qu’en raison de son mérite, il a été réordonné diacre par le pape et fait évêque de Pise. Il n’est donc pas vrai que Daibert ait été ordonné diacre par Wezelo, comme le prétendaient les correspondants du pape, et, de la sorte, toutes les critiques de ceux-ci tombent d’elles-mêmes. Voici le texte :
Debent subditi, secundum beali lob sententiain dicentis : Rem quam ne sciebam diligentissime investigabam, dubitalionis suae nodos niorosa et patienti inquisitione dissolvere, non autem in ea redargutionis aut culpationummanum extendere... Multa ecclesiae principes pro tenore canonum districtius iudicant, multa pro temporum necessitate patienter tolérant, multa pro personarum qualitate moderanter dissimulant. Si enim semper protracto nervo arcus extenditur, segnius [in] ea, in quae ad tempus intendendus est, iaculatur. Per apostolos siquidem commun! est sententia Ierosolimis confirmatum, et per Paulum et Barnabam fratribus per Asiam destinatum, ne quisquamad fidem veniens circumcisioni legis haberelur obnoxius. Ipse etiam
i. P. L., t. CXLVÏ, col. G70.
LES DÉCISIONS D’URBAIN IL 241
Paulus ad Galatas, Si circu/ncidimini, inquit, Christus vobis nihil p rodent. Multa etiam a sanctis... pa tribus pro tempore immulata scripturarum testimonio comprobantur, sicut sanctae Romanae ecclesiae, cui Deo auctore deservimus, sanctus pontifex Léo neophitos ad summi sacerdotii gradum permisit ascendere, quos, Pauli apostoli voce, palam est ab eodem officio inhiberi. Sicut etiam Arrianps legimus, postquam conversi sunt, in suis officiis manere permissos 1 . . .
Scripsistis nobis maximum apud vos scandalum emersisse, quo Pisanum episcopum consecraverimus, quod a Guezclone baeretico diaconus fuerat ordinatus. Et nos profecto scimus Guezelonem haereticum fuisse Moguntinumque episcopatum simoniaco credimus facinore invasisse, propter quem aut alium acquirendum régi sub anathemate posito diu servierat, et propter acquisitum omni vitae suae tempore deservivit. Eundem et ipsi nos pro eadem causa, qui [sic] ab excommunicatis consecralus est, in synodali concilio excommunicavimus, condemnavimus et ab omni ecclesiastico officio sine spe restitutionis aliqua deposuimus *.
Daibertum a Guezelone licet simoniaco non simoniace eiusdem confessione reperimus in diaconum ordinatum, et B. Innocentii Papae sententia constat declaratum, quod Guecelon haereticus quem constat ab haereticis ordinatum , quia nihil nabuit, dare nihil potuit ei cui manus imposuil. Nos igitur tanti Pontificis auctoritate firmali, Damasi papae testimonio roborati, qui ait : « Reiterari oportere, quod male actum est» Daibertum, ab haereticis corpore et spiritu digressum atque utilitati ecclesiae pro viribus insudantem, ex integro, ecclesiae necessitate ingruente, diaconum constiluinius. Quod non reiterationem existimari censemus, sed tantum integram diaconii dationem, quoniam quidem, ut praediximus, qui nihil habuit, nihil dare potuit 3 .
II n’est pas inutile de dire par quelles voies ce document nous est parvenu. C’est d’abord par la Britannica ^ , qui le contient en entier. C’est ensuite par la Panormie 5 d’Yves de Chartres, laquelle en contient le passage le plus important Daibertum 6 . Ainsi, ce document nous est signalé par deux canonistes du onzième siècle; c’est dire qu’il leur a paru remarquable. Toute interprétation qui ferait trouver une banalité, dans ce texte, risquerait fort d’être insuffisante. Ensuite, Yves a connu Daibert, et a eu âvec lui des rapports assez suivis 7 . Il a eu des
1. S. Loewenfeld, Epistolae pontificum romanorum ineditae, p. 61-62 (Lipsiae, i885).