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I. — L’enseignement de Maitre Roland (Alexandre III

L’origine de cette école se rattache à la France et surtout à l’enseignement d’Abélard. Les leçons données à Paris, à Saint- Denys, au Paraclet, par Maitre Pierre, comme on disait alors, ont eu un grand retentissement en Italie. La Theologia d’Abélard a été particulièrement remarquée 1 2 . Cette grande synthèse a été prise comme base d’enseignement, par de nombreux théologiens. Le P. Denifle a découvert trois livres de Sentences , datant du milieu du xn® siècle, et qui sont dans une dépendance

1. H. Denifle, Die Senlenzen Abaelards und die Bearbeitungen seiner Theologia, dans XArchiv fur Literatur und Kirchcngçschichte des Mittelalters, t. I, p. 402-469 et 584-624, Berlin, i 885 .

2. Cette Theologia n’a pas été publiée par Abélard en une fois, mais par fragments, à plusieurs reprises successives. Elle a été condamnée au feu, par Innocent II. il n’a subsisté que le premier fragment publié tout d’abord par Abélard. C’est le morceau qui, dans les éditions, porte le titre inexact Jntro ductio ad Theologiam ( P . L., t. CLXXV 1 II, col. 979 et suiv.).

LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE

étroite de la Theologia d’Abélard. Ce sont les Sentences de Roland, d’Omnebene et d’un auteur italien anonyme. L’étude de l’activité théologique de ces auteurs amène à constater qu’ils enseignaient le droit canonique à l’aide du Décret de Gratien, et la théologie, en s’aidant de la Theologia d’Abélard.

Ce fait est bien attesté par Maître Roland. On a de lui une Summa Deere ti et un livre de Sentences . Ouvrages précieux, puisqu’ils sont d’un professeur de Bologne qui, en i i5o, devint cardinal de l’Église romaine, et, en 1109, pape sous le nom d’Alexandre III. La Summa Decreti ou Stroma est antérieure à 1148 ; les Sentences ont été rédigées pendant l’enseignement de Roland à Bologne, mais elles ont été publiées à Rome après son élévation au cardinalat. Nous avons de ces deux ouvrages de bonnes éditions. Le P. Gietl a publié les Sentences , en y joignant un commentaire qui est un modèle du genre L On y voit, avec quelque surprise, que Roland, sans être un disciple d’Abélard, et tout en s’écartant sur plusieurs points importants de l’enseignement du professeur de Paris, dépend dans une mesure très réelle, par exemple pour la Trinité et la Rédemption, de la Theologia .

La Summa Decreti , dont on a une édition par Thaner 2 , n’a intéressé jusqu’ici que les canonistes. Les théologiens ont pourtant à en faire leur profit. Par exemple, quant à la question de la validité du sacrement de l’ordre, Roland est le premier à formuler une doctrine qui devait trouver grand crédit dans des écoles pendant un siècle.

Cette doctrine très particulière est jusqu’ici inconnue, parce qu’elle est contenue dans un texte qui présente l’inconvénient et d’avoir été mal établi par Thaner, et de contenir une lacune qui n’a pas été interprétée. Voici ce morceau :

Quaeritur an renuntians suae haeresi in sua dignitate sit recipiendus.

Notandum quod haereticorum episcoporum ( a ) nlii erant 3 ordinati a ca-

1. M. Gietl, Die Sentenzen Roland» nachmah Papsles Alexander III. Fribourg en B., 1891.

•j. F. Thaner, Die Summa Magistri Rolandi nachmala Papstes Alexander III. Innsbruck, 1874.

3. J’ai écrit erant ordinati au lieu de curant ordinari du texte de Thaner. Cette correction se justifie ainsi. Le texte de Thaner est incompréhensible, car quelle idée se faire d'évêques hérétiques qui « curant ordinari a catholicis ». La leçon erant ordinati est fournie par les manuscrits. Thaner utilise trois manuscrits : Le premier, S 1 = Cod. H. B. VI Jur. et polit. Ca de la Bibliothèque royale de Stuttgart; le second, S 2 appartient à la même Bibliothèque et au même fonds

LES DÉBUTS DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE

tholicis vel qui potestatem ordinandi hahent, — fa') alii vero minime Item, — (b) alii sacramenta ecelesiastica in forma Ecelesiae praestant, — (b') alii non.

Item eorum qui ab haereticis ordinantur — alii conteinptis catholicis episcopis ad eoscurrunt, — alii vero violenter trahuntur.

Solutio. — ^ i. Quicumque vio- § a. Qui vero ( a r ) a non ordinato,

— (//) vel ex Ira formam Ecelesiae, per violentiam traetus, ut dictum est, ordinatur, hic, si alias digntis fuerit, ut ita dicam, rcordinabitur.

lenter attractus — (a) ab haereticis a catliolicis ordinatis, — (b) in forma Ecelesiae ordinati sunt, (si esse postea cum eisdein minime consenserunt, et quam citius potuerunt, a b eorum se collegio segregaverunt) in collatis ordinibus perseverent, et, si digm inventi fuerint, ad superiores provehantur.

g 3. Qui vero non coactus sed ultroneus ab haeretico ordinatur, hic nimirum, de rigore iuris ahsquc indulgentia degradatur, sed de misericordia in proprio ordine, sine spe promotionis recipitur 2 .

Roland, ayant à s’occuper de la valeur de l'ordination conférée par des évêques hérétiques, commence par distinguer les éléments de la question, qui pour lui, sont au nombre de trois : i°la qualité du consécrateur hérétique. Celui-ci, en effet, ou bien a été consacré, avant de tomber dans l'hérésie, par un évêque catholique, c’est-à-dire ayant le pouvoir d’ordonner; ou bien a été consacré par un évêque hérétique, c’est-à-dire n’ayant pas ce même pouvoir d’ordonner; 2° le mode de l’ordination : celle-ci peut être faite suivant la forme prescrite par l’Eglise ou bien en dehors de cette forme ; 3 ° les dispositions de l’ordinand : celui-ci peut recevoir l’ordination de plein gré ou seulement de force.

Roland considère d’abord le cas où l’ordinand se laisse ordonner par suite d’une violence qui lui est faite. Ce sont les §§ i et 2. Mais ce cas comporte deux solutions opposées; suivant la première, celle du § i, l’ordination est valide. C’est lorsque les deux conditions suivantes sont réalisées : i° lorsque l’évêque consécrateur a été ordonné par les catholiques, qui ont

et porte le n° 03 ; Il = Cod. Ms. Sav. 14 du fonds Suvigny de la Bibliothèque royale de Berlin. Or la leçon erant ordinati est celle des manuscrits S 1 , B, et de plus, elle se trouve indiquée dans la marge de S*^, qui, dans le texte, donne curant ordinari. Notre leçon est donc fournie par trois manuscrits, tandis que la leçon adoptée par Thaner ne se trouve cpie dans un seul. De plus, S 1 , qui donne erant ordinati, est le meilleur manuscrit. Cette dernière leçon s’impose donc.

1. Le sens de ce second membre est donc celui-ci : « alii vero minime, id est ordinati sunt ab haereticis vel qui potestatem ordinandi non habent >*. Il résulte de là que catholicus episcopus = episcopus potestatem ordinandi habens et que haereticus episcopus — episcopus potestatem ordinandi non habens. On déterminera plus loin la nature de cette potestas ordinandi.

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