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Ibid., p. 11 7, n

LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE

avec Frédéric I, au sujet du contingent militaire qu’il était obligé de fournir en qualité de prince-évêque. Eu 1 155, le pape Adrien IV intervenait dans cette affaire, et le frappait de la peine de suspense, dont il le relevait Tannée suivante. Après la double élection pontificale de 1159, Ulrich fut des rares évêques d’Allemagne qui prirent parti pour Alexandre III. Il fut aussitôt frappé. En 1160, Frédéric I le déclara déchu de sa dignité et nomma à sa place Gero, qui administra le diocèse de 1160 à 1177. On s’explique sans peine qu’Alexandre III, dans les négociations de la paix de Venise, n’ait pas oublié son fidèle partisan Ulrich. De là l’article déclarant que Gero serait déposé, et Ulrich, remis en possession de sa charge.

Les clercs d’Halberstadt ordonnés par Gero ne devaient pas être embarrassés pour défendre leur cause. Il leur suffisait de montrer que leur cas était identique à celui de beaucoup de clercs allemands admis par le pape, à exercer leurs ordres. Gero avait été consacré par Hartwig archevêque de Brème, qui était déjà évêque en u48, plus de dix ans avant le schisme. Dès lors la validité de son ordination ne pouvait pas plus être discutée que celles des évêques d’Augsbourg, de Bamberg, de Paderborn etc., qui avaient été consacrés eux aussi pendant le schisme. Aussi les clercs d’Halberstadt eurent-ils gain de cause, à Rome, au concile de Latran de 1179 1 .

D’après un article de la paix de Venise, le sort du clergé italien schismatique était, à une douzaine d’exceptions près, laissé

1. « Pergebant illuc multi ordinati a schismaticis, spcrantesse gratiam Apostolici invenirc et misericordium exsequendi officii ab eo consequi. Praecipue autem de ecclesia Halberstadensi, quae per Geronem nimis demembrata erot, tani monachi quam clerici clementinm Apostolicne sedis adierunt. In qua profectione praecipue crut abbas Theodoricus de Hilseneburg, quia fere oinnis congregatio raonachorum suorum in salicibus orgnna sua suspenderant, exceptis paucis senioribus, qui ante schisraa ordinati fuerant. Cuinque omni instantia instarent, puisantes Apostolicam pietatem, tandem deordinatis Geronisdispensatum est : ut quia idem Gero non a schismatico, scda catholico I/artwico viaelicet Bremensi archiepiscopo, ordinatus crat, ordinati ejus, per gratiam Apostolicam, in ordinibus suis persistèrent, et ad maiores per benedictioncni ascenderent. Ipso etiam Gero banc obtinuit gratiam, ut officium pontificale in omni loco libéré exsequeretur, nisi in episcopatu Halberstadensi. » Hardoujx, Acta Conciliorum, t. VI, II. p., col. 1G8 C> (Hermoldus chron. libr. a. cap. 28). Lemôme texte se trouve dans /Iclmoldi Chronica Slavorum , M.G., Scriptores, t. XXI, p. i3*j. Sur Helmold, cf. W. Watte.nbàch, Dcutschlands Gcschichts - <jucllcn..,y II, p. 338 et suiv. (Berlin 1894).

entièrement à la discrétion du pape. Comment se fit cette régularisation ? On ne saurait le dire exactement. Quelques épisodes seulement sont connus. Vers 1190, Huguccio évêque de Pise et ancien professeur d’innocent III, h Bologne, publiait sa volumineuse Summa Decreti . En qualité d’élève de Gandulph, il enseignait la bonne doctrine, au sujet des conditions de validité de l’ordre. Mais il était obligé de mentionner les théories de Rufin et de Jean de Faenza, qui avaient encore du crédit. Il en vient ensuite à mentionner la pratique de l’Église condamnant les réordinations. Il ajoute :

Quod bene observa vit Alexander inordinalis, in scismate Octaviani, a scismaticis excommunicatis. Papa tamen Lucius, ut audivi, fecit reordinari ordinatos ab illis qui ultimam mauus impositionein acceperant extra ecclesiaui. Et fuit mirum qualiter consenserunt cardinales ; sed forte sequebantur predictam pravain opinionem vel hoc fecerunt in detestatione scismatis l .

Huguccio parle ici d’Alexandre III et de Lucius III. Son témoignage a dans cette question une valeur de premier ordre, car il s’agit de faits tout voisins de lui, et qu’il avait intérêt à bien connaître. Le pape Lucius III a gouverné de 1181 à n 85 . Les faits rapportés par Huguccio, vers 1190, étaient encore tout récents lorsqu’il écrivait. Dès lors, on ne voit pas comment les écarter, même en interprétant de la façon la plus péjorative les mots nt audivi. Lucius III a donc mis en pratique les théories de l’École de Bologne 2 .

Bernard de Pavie atteste une réordination faite par le pape Urbain III (1 185-1187), qui a succédé à Lucius III. Bernard de

1. Hugosis Summa Decreti, C. IX, q. i, principium. dans le 111s. 985 de la Bibliothèque de l’Université de Leipzig (xni* siècle), fol. 88 v.

a. Il y aurait intérêt i\ connaître la nature exacte des faits rapportés par Krantz, dans sa Saxonia (VI, ch. 47 » anno 1184) et transcrits par Mansi ( Conci lioruni... collectif), t. XXII, col. 487). Krantz, qui est mort en 1 5 i 7 , utilisait des sources anciennes. 11 est fort possible qu’i\ l’endroit qui suit, il ait fait subir au texte qu’il rapporte une déformation analogue à celle notée plus haut, p. 260. n. 3 , dans Gobelinus Persona, à propos d’un renseignement emprunté aux Annales de Paderborn. Voici le texte de Krantz :

« Imnerator [Frédéric I] in Italiam contendit anno proximo : et exierat urbe Ko ma Lucius papa, tractaturus cum illo Christianae reipublicae negotia, quae in Asia nimirum ceperant labcfactari. Veronae convenerant duo Christianismi columina. Concurrerat ingens ecclcsiasticorum multitudo, reconciliutionem deposcens sedis apostolicae, quod in schismate imperatorem secuti, ab antipapis essent ordinati et instituti. intervenit pro his Fndericus imperator, ut in gratiain sumerentur. Annuit perbenigne pontifex. Sed cum postera die tnanus illis estent imponendae singulis, immutatum erat consilium quod diceret, in concilio Venetiano décréta, non posse nisi alio concilio irritari. Promisit nutem, de proximo nlium a se revocandum coetum, in quo super his constitucretur. Auditae sunt Germanorum minne pro sua consuctudine : sed nihil ea re moti sunt curdinoles. Credebatur nutein en consilii mutatio, a Conrado Moguntino et Wormatiensi pontificibus prodiissc. »

LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE

Pavie écrivait entre 1191 et 1198, sa Summa Decretalium. Il y maintient, de la façon la plus ferme, la doctrine de Roland, de Rufin et de Jean de Faenza. 11 ajoute :

Et licet non sit exemplis sed legibus iudicandum, quia tamen Romaua ecclesia in spéculum est et exemplum, ut Di. XIX. Ertimvero (c. 4-)i *P sa huius rci sumamus auctoritatem. Tempore Domini Alexandri lit fuit vir quidam nobilis schismaticus a schismatico ordinatus in diaconem et cardinalem, imrao carpinalis adversae partis effectus; demum pace inter ecclesiam et imperium Venetiis facta, et schismate illo penitus annullato, praefatus vir canonicam regu la rem intravit, quem postea Dominus Urbanus de nova nrdinari concessit , dicens , eum a schismatico ordinatore nihil accepisse. cum ipse ordinator nunquam catholiens episcopus fuisse t. Hinc potes i n simili bus sumere formam et auctoritatem ut ar. C. XVI, q. 3, Licet (c. 5) et Cod. de legibus et constit. Si imperialis (L. 12 ) f .

On voit comment ces faits confirment l’interprétation que nous avons donnée plus haut des conditions de la paix de Venise. La théorie de l’école de Bologne avait encore beaucoup de crédit dans la curie; on ne se résignait pas facilement à appliquer à l’Italie l’interprétation bénigne dont on avait fait bénéficier l’Allemagne. De là, des regains de crédit delà théorie bolonaise, et, le cas échéant, des réordinations.

1 . T. Laspf.ykfs, Bcrnardi Papiensis... Summa Decretalium, p. ai5-ai6.

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