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II. — La paix d’Anagni et de Venise

On connaît les faits d’où est sorti le long schisme qui a divisé l’Eglise sous le pontificat d’Alexandre III. Les cinq ans du pontificat d’Adrien IV (ii 54 -h 59) avaient mis en présence les prétentions également élevées et irréductibles du pape et de Frédéric I d’Allemagne. La rupture, qui était devenue inévitable entre la papauté et l’empire, fut encore aggravée par suite de la vacance du Saint-Siège, au moment le plus aigu de la crise. L’Eglise romaine et le parti allemand entrèrent en conflit, h propos de l’élection pontificale. De là deux élévations, celles d’Alexandre III et de Victor IV.

Frédéric I a d’autant moins hésité à soutenir Victor IV, que l’élu de l’Église romaine lui était particulièrement odieux. Alexandre III était Maître Roland, l’ancien professeur de Bologne, devenu cardinal en i i5o, celui-là même qui, à la diète de Besançon, en octobre 1 107, avait défendu devant Frédéric I, les théories les plus extrêmes d’Adrien IV. Aussi le schisme fut-il immédiatement consommé. Comme les causes en étaient d’ordre politique, cette situation dura jusqu’à ce que les événements eurent changé l’équilibre des partis. Ces événements furent les désastres de Frédéric I devant Rome, en juillet 1 167, et à Legnano, en mai 1 176. Alexandre III avait contribué puissamment au succès final par sa persévérance et sa diplomatie.

Lors des négociations de paix, le sort des clercs ordonnés pendant le schisme constitua une des plus grosses difficultés à régler. Déjà, pendant le schisme, cette question avait été discutée par le parti allemand. A la diète de Wurzbourg, en mai 1 165, le chancelier impérial, Rainald de Dassel, demanda que l’as-

semblée entière, rois, nobles et évêques, promit par serment de ne jamais reconnaître Alexandre III, et de rester fidèle à Pascal III. C’était s’interdire tout retour en arrière. Or le chancelier qui faisait cette proposition, archevêque élu de Cologne, n’était encore que diacre ; il retardait indéfiniment l’heure de sa consécration épiscopale. C’était, disait-on, par politique, afin de ne pas s’engager à fond dans le schisme, et de se réserver la chance d’une réconciliation avec Alexandre III. De l’avis de tous, une ordination reçue dans le schisme constituait, vis-àvis de Rome, une provocation impardonnable et la rupture définitive. C’est pour ces motifs mêmes, que les évêques allemands poussés à bout par le chancelier exigèrent qu’il donnât un gage de ses sentiments, en se faisant ordonner *. Celui-ci céda mais en demandant que le roi s’engageât par serment à ne jamais abandonner les évêques ainsi ordonnés 1 2 .'

L’empereur tint parole. Dans la paix d'Anagni (novembre 1176) conclue entre Frédéric I et Alexandre III, on lit, à l’article 10 :

Universi etiam ordinal i a quondam catholicis vel ab ordinatis eorum in Teutonico regno restituentur in ordinibus suis taliter susceptis 3 .

Cet article est reproduit avec l'addition insignifiante : « nec occasione huius scismatis gravabuntur », dans la paix de Venise 4 de mai 1177. On y reconnaît le langage de l’École de Bologne. Mais l’addition des mots « ab ordinatis eorum » constitue une extension de la doctrine de Roland et de Rufin. La curie reconnaissait comme valides les ordinations faites extra Ecclesiam par un évêque consacré extra Ecclesiam , par un évêque précédemment catholique. En ce point comme sur d’autres, Maître Roland devenu pape sous le nom d’Alexandre III, n’a pas suivi les principes qu'il avait enseignés à Bologne.

Un article de la paix de Venise était ainsi conçu : « Gero tune dictus Halberstatensis deponetur et Ulricus restituetur. »

Il s’agit ici de la situation ecclésiastique du diocèse d’Halberstadt, en Saxe. L’évêque Ulrich d’Halberstadt avait été élu à la fin de 1 149 ou au début de 1 i 5 o. En 1 1 54 » il eut des difficultés

1. Lettre don» Baronius, ad A. 11GG, t. XII, p. 527 (Rome, 1607).

2. Lettre de Frédéric I, de nOO, dans Hakdouin, Acta Conciliorum, t. VI, p. II, col. 2614 (par erreur 1614).

3 . P. Kehr, Der Vertragvon Anagni, im Iahrc illG, dans le y eues Archiv etc., t. XIII (1888), p. 112.

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