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IV. — La « Somma Monacensis

Pour connaître la doctrine des canonistes français, il faut tenir compte d’une Summa Decreti qui se trouve dans le manuscrit latin 16084 de la Bibliothèque de Munich. Cet ouvrage anonyme a été désigné sous le nom de Summa Monacensis par M. H. Singer, qui l’a étudié en détail 2 . D’après lui, cet ouvrage aurait été composé de 1160 à 1170. Ce serait un ouvrage de l’école française, attestant une manière très personnelle, et se rattachant a l’ancienne méthode, celle du temps où les canonistes étaient, en même temps, théologiens. Il serait postérieur à la Somme d’Étienne de Tournai, et antérieur à celle de Jean de Faenza, et aurait été utilisé dans l’enseignement. Huguccio et Sicard de Crémone l’auraient mis à contribution, et lui auraient fait des emprunts.

Presque tous ces renseignements sont à retenir; peut-être faudrait-il les compléter de la manière suivante : la Summa Monacensis n’est pas une œuvre originale ; c’est une adaptation française d’un ouvrage italien. Par suite, il n’y aurait pas une dépendance directe entre cette Somme et celle d’Huguccio, mais les deux dépendraient d’une source commune 3 .

1. Ibid., fol. 34 r. : « Aliud est deponere et aliud est degradare, vel sicnt quidam alii dicunt exauctorare. Deponi potcst absous; degradatur aliquis quuni ci manu auferuntur insignia, ut baculus, mitra; quod ubsenti non potest fieri. »

2. H. Singer, Beitrage zur Würdigung etc., p. 372-379 donne la description du ms. latin 16084 de la bibliothèque de Munich; p. 38 o- 44 o donne une analyse et des extraits de ce même manuscrit, ainsi que des observations critiques.

3 . Je crois que cette conclusion ressort du rapprochement de textes qui est fait par M. Singer, dans l’article cité à la note précédente ( Beitrage , p. 437, n. 217). On admettra difficilement que le texte de la seconde colonne dérive de celui de la première. Le texte de la Summa Monacensis est un abrégé maladroit du texte transcrit par Hugues.

SUMMA 11UGONIS

Dubitari potest quid iuris sit [si] qui ita convencrunt : jrnta usque ad decem nnnos vel qqamdiu voluerint. Ad quod dicendum, temporis adicctione vel quandocumque divcrtendi mentionc, vitiutur contractus, ut ipsoiurc nullus sit contractus. Sic enim contrahendo agunt ut nil agent ; paciscuntur enim contra naturam ipsius substantiae contractus, quippe coniugium individuam vitae consuetudinem desiderat.

SUMMA MONACENSIS

Si ergo aliqui sic contrahunt scilicet usque ad decem annos vel quamdiu voluerint, non est matrimonium. Adiectio enim temporis vel divcrtendi quando voluerint vitiatcontractum ut ipso iure nullus sit. Omnis enim contractus vitiatur, si contra substantiam et naturam ipsius aliquid adiciatur... Paciscuntur enim contra substantiam et naturam ipsius matrimonii; coniugium enim desiderat individuam vite consuetudinem.

L’ENSEIGNEMENT A PARIS

La Summa Monacensis rejette la doctrine de Rufin et donne la solution véritable :

C. I, q. i, e. 5 : Quando 1 aliquis ordinatur ab aliquo preciso [scilicet heretico], refert, an in forma ecclesie an extra ; item si in forma ecclesie, refert secundum Rutinum, utrum ab eo ordinaretur, qui ultimam manus im-

positionem acceperit [in ecclesia] vel non. Si ab eo qui u. tn. i. a. 2 ,

ordinati sunt, sacramentum quidem snsceperunt, sed non rem sacramenti.

ab eo qui non s us ce pi t neutrum recipit 3 ]. Sed melius est ut distinguatur , utrum in forma ecclesie vel non. Si entm in forma ecclesie aliquis a preciso ordinatus est, sacramentum et non virtutem sacramenti suscipit, ut ex illo cap. Augustiiii : Quod quidam [C. I, q. i } c. 97 ] habetur.

L’enseignement de la Summa Monacensis mérite d’être remarqué, parce qu’il a eu une grande influence. Cette Somme anonyme a été souvent utilisée et copiée. C’est un fait qui n’a pas jusqu’ici été remarqué. C’est ainsi que le passage cité plus haut est transcrit dans une Sommet anonyme, dont MM. Schulte et Singer 5 placent la composition entre 1179 et 1187.

La théorie bolonaise n’avait à Paris aucun succès. On le voit encore mieux par la Summa Decreti de Pierre de Salinis 6 . C’est un ouvrage qui a été classique à Paris, au xm® siècle 7 » Or il reproduit la doctrine d’Huguccio, et rejette très nettement celle de Jean de Faenza 8 .

Si, h la fin du xn° siècle, la doctrine de Roland, de Rufin et de Jean de Faenza était de plus en plus abandonnée à Bologne, il est assez naturel qu’elle n’ait pas eu un grand crédit à Paris. On peut juger de l’opinion des écoles de Paris à cette époque par les Sommes du Prévostin, de Guillaume d’Auxerre, et par le Pénitentiel de Robert de Flamesbury, pénitencier de Saint-Victor de Paris.

1. Summa Monacensis, fol. 14 v. ; cité par Singer, op. cit., p. 404.

C’est-à-dire : «Qui ultimam manus impositionem acceperit [in ecclesia J •.

3 . J’emprunte ces mots, qui manquent dans la Summa Monacensis et qui sont les plus importants, à la Summa du ms. de Bamberg P. I. 1 1 , fol. 84 v., qui donne le même texte.

4. C’est la Somme contenue fol. 75-90 du ms. P. I. 11 de la Bibliothèque royale de Bamberg. On en trouvera la description dans Fr. Schulte, Zweiter Beitrag, p. i 38 et suiv. La même Somme est contenue dans fol. i-qb du ms. Ye. 5 a. de la bibliothèque de l’Université de Halle. On en trouvera une analyse plus étendue que la précédente, dans Fr. Schulte, Dritter Beitrag, p. 43 et suiv. M. Singer, Die Summa Decretorum des Magister Bufinus, p. liv, n. 4a, a déjà constaté un emprunt de la Summa Bambergensis P. I. 11 à la Summa Monacensis .

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