I. — Discours de l'évêque de Lisbonne, en
Et d’abord un texte pour montrer que, dès le début du schisme, on s'est préoccupé de la question des sacrements. C’est l'exposé des idées qui avaient cours dans l'Église et à la cour de Portugal, dans les années 1 379-1380. Après d’assez longues hésitations, le roi Ferdinand se décida contre Urbain VI, en faveur de Clément. Cette adhésion à la papauté d’Avignon amena aussitôt un rapprochement du Portugal et de la France. L’évêque de Lisbonne fut envoyé en ambassade à Paris 1 2 . Dans un long discours, prononcé le i 4 juillet i 38 o, devant Charles V, il exposa les
1 . Ce chapitre ne prétend pas donner 1 histoire de la théologie quant aux conditions de validité du pouvoir d’ordre, pendant le grand schisme : pour cela, il serait nécessaire de lire les Commentaires des Sentences écrits pendant cette période. On se borne il signaler la réapparition de la théorie de Bologne.
2. Sur ces faits, lire N. Valois, La France et le grand schisme d' Occident, t. I, p. 225 et suiv., Paris, i8y6.
LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE
motifs qui avaient amené la décision de son maître, et s’exprima ainsi sur les sacrements :
Ex hoc scismate nascitur error manifestas in lege, quia cum, secundo m fklem, una tantum sit Ecclesia sponsa Christi, immaculata, non habens ma— culam neque rugam, mater omnium fidelium et magistra, extra quamnullus salvatur, et una fides et unum baptismum... aliqui nefandissimi, Christiaoi nomine, hodie ponunt unam aliam que est ecclesia malignantium. Et ex isto errore sequitur ali us error, scilicet, ydolatrta, de nécessita te, quod probo. Ista mala Ecclesia non potest facere episcopos et facit de facto; nomine isti antiepiscopi célébrant et ordinant alios antipresbyteros, qui similiter célébrant et dicunt se conficerc [Eucharistiam] quod non est verum, nam sacra mcntum altaris nonnisi a presbytero recte ordinato secundum claves Ecclcsiac conjicitur.., Dicebatur ergo in Concilio 1 : si aller istorum est papa, eoncluditur quod aller est antipapa , et, per consequens f ordinati per eum non epi scopi , neque presbyteri , et, perconsequens, non corpus Christi, sed damnatum sacrilicium quod ab eis demonstratur, et, per consequens, honorantur non clerici et pro clericis reputantur, et sic lex et sacerdotium confunduntur*.
D’après l’évèque de Lisbonne, le schisme a pour résultat de donner à l’Église un antipape, des antiévêques et des antiprêtres. Ces deux derniers termes désignent uniquement les évêques et les prêtres ordonnés sous l’obédience de l’antipape. De tels ministres ne peuvent pas consacrer validement rÉucharistie, car ils n’ont pas été ordonnés dans l’Église : « nam sacramentum altaris nonnisi a presbytero recte ordinato secundum claves Ecclesiae conficitur ». Donc d’après notre évêque, dans l’obédience du faux pape, il y a deux catégories de ministres : i° ceux qui ont été ordonnés antérieurement au schisme : ils peuvent célébrer validement l’Eucharistie ; 2° ceux qui ont été ordonnés sous l’obédience de l’antipape : « ordinati per eum non episcopi neque presbyteri » ; ils ne consacrent pas le corps du Christ; de là, pour les fidèles, le danger d’idolâtrie, car croyant adorer l’Eucharistie, ils adoreront un objet matériel.
La théologie de l’évêque de Lisbonne est exactement celle de Maître Roland, de Rufin et de Bernard de Pavie. Le doute est d’autant moins possible que la même doctrine reparaît, quelques années plus tard, en Italie.
i. Le conseil du roi de Portugal.
a. N. Valois, Discours prononcé, le ik juillet 1380, en présence de Charles V, par Martin, éyéque de Lisbonne, ambassadeur du roi de Portugal, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. LU ( 1891 ), p. 5o4. Dans cette transcription, les points marquent la place des références patristiques, que M. Noël Valois n’a pas transcrites.
PENDANT LE GRAND SCHISME