II. — Lettre du chancelier de Florence, en
Le 20 août 1397, Coluccio Salutati, chancelier de Florence, et précédemment chancelier d’Urbain V à Rome, écrivait aux margraves de Brandebourg et de Moravie, sur les maux occasionnés parle schisme; il s’exprimait ainsi :
Non solum cum iactura rerutn temporaliuin. .. sed in spiritualium rerum confusionem... abominabilis neglectus est. Nam si papam vel liinc vel inde legitimum non habemus, quod profecto fateri necessanum est, quis nescit ex vitiosa parte veros epvtcopos esse non posse ? Et, per cotise que ns, veros deficcrc sacerdotes, veraque non habituros , post aliquid temporis , sacramenta, quoscontigerit partem vitiosam esse secutos. Licet enim clericalis caracter sic semel transeat, quod etiam per supervenientem liaeresim non tollatur, quod adeo verum est, quod certum sit haereticos etiam publiée condemnatos vera conficere sacramenta : quae tamen iurisdictionalia sunt , propter haeresim pereunl ipso iure , ut forte probabile sit adfirmare credereque quod , post mortern felicis recordationis Gregorii XI , nullus, ex parte pontificis elccti per vitium , nactus sit sacerdotii dignitatem , nec per ilios sacerdotes haberi possint légitimé sacramenta, utpote déficiente *urisdictione sacerdotia conferendi. lUi ergo qui fuerinl obedientes non vero pontifici , quamvis simpliciter et conscientia non corrupta, si in aliquem inciaerint ordinatum ah episcopis novis, adorantes ho stiam et calicem , non Chris ti corpus et sanguinem , son ilia ni pu mm partis ma teriam atque vini cum aqua mixti, veluti quoddam idolum adorabunt 1 .
La théorie exprimée par Salutati est tout a fait conforme à celle de l’évêque de Lisbonne. Elle a même l’avantage d’être exprimée en termes techniques. Elle représente la transmission valide du pouvoir d’ordre comme dépendant non seulement du pouvoir d’ordre, mais encore du pouvoir de juridiction de l’évêque consécrateur. Le prêtre ordonné par un évêque consacré pendant le schisme ne consacre pas l’Eucharistie; c’est qu’il n’a pas le pouvoir d’ordre et que son ordination est nulle. Plus le schisme durait, plus la situation empirait. On pouvait prévoir le moment où tout pouvoir d’ordre disparaîtrait dans l’une des deux obédiences. Salutati pouvait donc écrire, que, par suite du renouvellement du clergé, « veraque non habituros, post aliquid temporis, sacramenta ».
D’où l’évèque de Lisbonne et le chancelier de Florence ontils eu cette théorie? C’est évidemment des anciens livres de droit canon qui contenaient la doctrine de l’Ecole de Bologne.
1. I. Rigaccius, Liai Coluccii Pierii Salutati cpistolae, pars I, p. iao, Florence, 1741.
LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE
Le Décret de Gratien servait encore de lecture ordinaire, c’està-dire principale, dans les Facultés de Décret: les maîtres devaient lire encore, pour la préparation de leur cours, les anciennes Summae Decreti. Rien d’étonnant que cette théorie des Bolonais se soit conservée dans les Facultés de Décret, bien qu’elle n’eût aucun crédit dans les Facultés de Théologie.