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VII. — Pélage I et les schismatiques d'Aqnilée

La querelle monophysite, qui a provoqué les lettres de saint Léon et d’Anastase II, dont il vient d'être question, a été aussi l’occasion des lettres de Pélage I relatives au schisme des Trois- Chapitres.

Enlevé de Rome le 22 novembre 545, le pape Vigile fut conduit à Constantinople où il dut, malgré son opposition, souscrire les édits impériaux contre les Trois-Chapitres, rédiger luimême des condamnations, et accepter les décisions du cinquième concile œcuménique (553). Il fallut près de dix ans pour obtenir tous ces résultats. Vigile ne revit pas sa ville épiscopale. Il mourut à Syracuse, le 7 juin 555, pendant son voyage de retour.

C’était un fait inouï qu’une si longue absence de l’évêque de Rome. En Occident, on eut l’impression qu’une atteinte venait d’être portée au concile de Chalcédoine. Aussitôt une opposition très forte se dessina contre Vigile et le cinquième concile. Celle des Africains fut domptée par le gouvernement byzantin. Mais l’Occident échappait à l’action de l'empereur. Les résistances y furent très vives et menacèrent de s’éterniser. Pélage I, successeur de Vigile, gouverna pendant la période aiguë de la crise (556-56 1 ). Les évêques de l’Italie septentrionale, particulièrement les métropolitains de Milan et d’Aquilée, n’acceptaient pas la communion du pape : c’est le schisme des Trois- Chapitres 2 .

Toutes les lettres du pape Pélage relatives à cette affaire sont d’un ton très élevé. Elles attestent la gravité de la crise. Pélage n’avait pas seulement à défendre la décision et la doctrine de

r. L. Ducheske, op. cit., p. a58.

a. Sur l’étendue et la durée de ce schisme, voir L. Ducheske, Vigile et Pélage , dans la Revue des questions historiques, t. XXXVI (1884), p. 43i et suiv.

DÉVELOPPEMENT DE LA THÉOLOGIE ROMAINE

l’Église romaine. Sa personne même était très attaquée. Comme il s’était longtemps opposé à la condamnation des Trois-Chapitres, on lui reprochait de s’être déjugé : de là à des accusations de trahison, il n’y avait pas loin. La défiance était née, en Occident, à l’égard des évêques de Rome. On en perçoit l’écho très fort jusque dans les lettres de saint Grégoire le Grand. Comment s’étonner si la parole de Pélage est violente? Ses actes passeraient difficilement pour des modèles de libéralisme. Il a sévi, de toutes ses forces, contre les dissidents, en invoquant contre eux l’appui du bras séculier. Il s’autorisait des terribles paroles prononcées par saint Augustin, à l’occasion des donatistes, et qui devaient servir plus tard à justifier l’inquisition.

En 557, Macédonius évêque d’Aquilée, étant mort, fut remplacé par le moine Paulin, que Vitalis, évêque de Milan, consacra dans sa ville épiscopale et non pas à Aquilée comme le voulait l’usage. Pélage avait toutes raisons pour désavouer une ordination faite par les séparatistes, et qui allait perpétuer le schisme. Mais il formula sa condamnation dans des termes trop absolus. Paulin avait été ordonné dans le schisme et sous la protection des Lombards hérétiques :

Qnid auteur de eorum iam principe loquar [Paulin d’Aquilée] qui et monachum, si tamen aliquando fuit, invadendi episcopatum ambilu perdidit, et episcopatum nec contra morem factus nec schismaticus pot 11 il obtinere? Quid enim in eiusdem ordinalione vel potius destructione legitimo iure vel consuetudine canonica factum esse poterit dici? Nonne haereticorum etiam temporibus principum 4 cum ipsorura taraen notifia vel iussione, vel illarum partium est episcopus ordinatus adhuc in catholici contemptu principis 2 , magis autem in ipsius cathoiicae fidei iniuria quae non prohibebat ut fieret, sed ne schismaticus fieret, pudenda, ut ita dicam , rapina in divisione non est consecratus sed cxecratus episcopus ? Si enim ipsius consecrationis nomen rationabili ac vivaci intellectu discutimus t is qui cum in universali consecrari detrectet Ecclesia , consecratus dici vel esse nulla poterit ratione. Consecrare enim est simul sacrarc. Sed ab Ecclesiae visceribus divisus et ab apostolicis sedibus separatus dissecrat potius iste , non consccrat... Unum Christi corpus, unam constat esse Ecclesiam. Divisum ab unitate altare veritatem Christi eorporis non potest congregare s .

Le passage souligné a été très souvent cité au moyen âge. On y a vu affirmée la nullité des ordinations faites en dehors de

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