‹ Les réordinationsChapitre 78 sur 264 · p, L., t. CXXVI, col · texte numérisé non relu

p, L., t. CXXVI, col

•x. P. L., t. GXIX, coL 964.

3 . Il dit aux évêques, P . L., t. GXXVI, col. 59 : « A vestra fraternitate necesse est providerine hac, quod absit, occasionc auctoritatem in sacris ordinibos ministrandi usurpent, qui aut penitus non accepcrint, aut contra régulas acceperint, vel quibus regulariter ministerium fuerit intcrdictum. » Hincmar énumère

LES ORDINATIONS D’EBO DE REIMS

La pensée d’Hincmar, sur ce point, nous est fournie par un autre passage du même mémoire. Il en vient à parler de l’acceptation, par le pape Anastase II, des ordinations faites par Acace de Constantinople après sa condamnation 1 . Cette décision ne lui parait pas irréprochable. Évidemment Hincmar doute encore ou feint de douter qu’une ordination faite par un évêque condamné ou excommunié soit valide. Qu’on ne se hâte pas de parler d’une nouvelle fraude d’Hincmar. En cette affaire, il pouvait fort bien être sincère. Du vivant d’Hincmar, Jean VIII a déclaré nulles les ordinations faites par un évêque excommunié.

Ces hésitations ou ces habiletés ont laissé des traces dans les documents officiels. A trois reprises, en 866, Hincmar est amené à parler des autorités canoniques qui justifient la condamnation des clercs ordonnés par Ebo. C’étaient de bonnes occasions pour rappeler les autorités, invoquées au concile de Soissons de 853 : la lettre d’innocent I aux évêques de Macédoine, et l’annulation des ordinations faites par Constantin, au synode romain de 769. Que fait Hincmar? Il mentionne la lettre d’innocent I, qui est relative à un cas d’illégitimité et non pas d’invalidité ; il passe complètement sous silence le concile romain de 769, dont les décisions sont relatives exclusivement à des cas d’invalidité. Cette omission se constate dans les trois cas où Hincmar donne les considérants delà condamnation de 853 2 .

trois hypothèses. La première est la nullité des ordinations faites par Ebo. Hincmar s’est bien gardé d’envoyer ce mémoire, comme d’ailleurs les trois aatres rédigés par lui en môme temps, à Nicolas I. Cf. ses instructions à son envoyé à Rome : Ibid., col. 65.

i. Hincmar écrit P . L„ t. CXXVI, col. 58 : « Anastnsius iuniorpapa, ad Anasla sium imperatorem scribens de ordinatis a dnmnato Acacio, recipiendos in sois ordinibus dicit. Quanquam eadem epistola sacris canonibus et decretis lanocentii, Zosimi et Leonis atque Gelasii a quibusdam non convenire dicatur ; quia ut ambigua sententia in eadem epistola idem Anastnsius scribit et baptisa vit catholice, non canonice : nec secundum sacras régulas, neque secunaum EecUsiae catholicae consuetudinem sacerdotes vel levitas damnatus ordinavit Acacias, qaia possunt etiam interdum laïci catholici bnptizati, ut dicit Gelasius, catholice Daptizare, et etiam criminosi; adhuc sedentes super cathedram, sicut Scribae et Pnarisaei, et sicut Iudas, pro ministerii dignitate inter apostolos sibi commisse et nondum iudicio aperto amissa, pro suo officio quae in eodem ministerio opérande sunt operari. » Ce passage n’est pas clair, sans doute intentionnellement. Mais, semble-t-il, Hincmar veut insinuer : Acaco n’a ordonné < nec canonice nec catholice p. Hincmar reproduit, pour les contredire, les termes de la lettre d’Anastase II (Hixschius, Decrctales pscudo-isidorianar, p. 656) : « Nam secundum Ecclesiae catholicae consuetudinem, sacratissimum serenitatis tuae pectus agnoscat quod nullum de his vel quos baptizavit Acacius ▼el qnos sacerdotes vel levitas secundum canones ordinavit ulla eos ex nominc Acacii portio laesionis attingat. p

a. Cette omission se constate d’abord dans le premier mémoire adressé aux

Cette omission est donc intentionnelle. Elle accuse le chan gement de thèse d’Hincmar. Celui-ci renonce à soutenir la nullité des ordinations faites par Ebo ; il veut seulement montrer qu'elles sont illégitimes et ont été condamnées avec raison. A cette fin, quand il fait allusion aux considérants delà sentence de 853, il remplace le concile romain de 769 par d'autres autorités : des lettres de Zosime aux évêques d'Afrique, à l’Église de Marseille et a Patrocle d’Arles 1 , et enfin une lettre de saint Léon 2 . Malgré ces ingénieuses substitutions, Hincmar n’était pas rassuré : il craignait la clairvoyance de Nicolas I. On verra bientôt comment il essaya d’écarter toute question indiscrète, sur ce point.

Au point de vue de notre étude sur les réordinations, ce changement de thèse d’Hincmar, quant aux ordinations faites par Èbo de Reims, mérite toute notre attention.

En somme, Hincmar cachait avec soin que le concile de 853 avait déclaré nulles les ordinations faites par Ebo ; à la déclaration de nullité prononcée par le concile, il substituait une prétendue sentence de déposition contre les clercs d’Ebo. De la sorte, la situation devenait défendable. Hincmar pouvait soutenir que la condamnation de 853 était légitime. Allait-il donc s'opposer aux désirs de Nicolas I et de Charles le Chauve, qui étaient d’accord pour demander la réintégration des neuf clercs d’Ebo dans leurs ordres? Hincmar n’y pensa pas un instant. En bon juriste, il se décida pour une combinaison.

III. — Le changement de thèse d’Hincmar. La théorie de la dispense.

Lorsque le concile prescrit par Nicolas I fut réuni à Soissons, le 18 août 866, Hincmar s'appliqua à faire adopter la résolution suivante : le concile affirmerait la légitimité de la sen-

évêcjues du concile de Soissons de 866 (P. L., t. CXXVI, col. 66); ensuite dans ses instructions à Egilo de Sens, son envoyé ù Rome {Ibid., col. 65). Surlatroi~ sième omission, voir plus loin, p. 1 33, n. 3.

i. Aux deux endroits indiqués dans la précédente note, Hincmar renvoie aux lettres suivantes de Zosime : P. L. f t. XX, col. G6i, 674 » 673 . Il s’agit du conflit de Patrocle d’Arles avec les évêques de Vienne, de Narbonne et de Marseille au sujet des ordinations.

a. Aux mêmes endroits, Hincmar renvoie à la lettre de S. Léon (P. L ., t. LIV, col. 614 , cap. V).

LES ORDINATIONS D’EBO DE REIMS

tence de 853; toutefois il reconnaîtrait au pape le droit de faire grâce aux condamnés; et même, il engagerait Nicolas I à prendre cette mesure de clémence L On voit les avantages de la solution. Hincmar faisait les concessions qui étaient devenues inévitables; mais, grâce à un artifice de procédure, il maintenait la condamnation de 853. Hincmar réussit à faire entrer le concile dans ces vues. Une lettre conciliaire 1 2 , rédigée par rarchevèque, était portée à Nicolas I, par Egilo archevêque de Sens. Entre Egilo et Hincmar l’entente était complète. On le voit bien par les instructions données à Egilo. Un point préoccupait l’archevêque. Nicolas I accepterait-il la thèse de la légitimité de la condamnation de 853, et se contenterait-il d’accorder leur grâce aux clercs d’Ebo? Le pape n’irait-il pas demander sur quels considérants, sur quelles autorités canoniques on fondait la légitimité de la première condamnation qu’ôn s’obstinait à maintenir? Si le pape était assez curieux pour poser cette question, tout le système construit par Hincmar s’écroulait : par exemple, on verrait fort bien que les autorités patristiques de 853 n’étaient pas les mêmes que celles de 866; on constaterait que, tout en maintenant la condamnation de 853, Hincmar en changeait l’objet : à la déclaration de nullité prononcée par le concile, il substituait une prétendue sentence de déposition. A tout prix, il fallait éviter ces éclaircissements et maintenir la question dans le vague. Hincmar écrit à son chargé d’affaires :

Et si dominus apostolicus a vobis quaesierit ipsas auctoritates qualiter isti deiieiendi iudicati fuerunt, potestis, si vobis videtur, illi respondere : unanimiter episcopi suum studium ad hoc converterunt ut isti fratres restituerentur: unde illi niiserunt auctoritatein quam invenerunt 3 . Et quia non fuit rorum studium ut in deiectione permanerent, illas auctoritates sacrorum ranonatn, et decretorum Innocentii, Zosimi, Leonis, quae supra dictae sunt, et illi sunt cognitae, ei transmittere omiserunt 4 .

Hincmar voulait éviter toute discussion sur le fond de l’affaire, mais ses calculs furent déjoués. Ils lui valurent des lettres très dures du pape, dans lesquelles il était accusé d’intrigue et

1. Cette solution a été recommandée au concile par Hincmar dans quatre mémoires, P. L,, t. CXXVI, col. 46 et suiv.

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