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II. — Procédure et duplicité d’Hincmar en cette affaire

Ce concile de Soissons de 853 est un des événements principaux de l’épiscopat d’Hincmar. Il a valu au puissant archevêque de nombreuses difficultés, au cours desquelles il a montré l’étendue de ses connaissances juridiques, son goût pour l’intrigue et une remarquable absence de scrupules. Finalement, en 866, Hincmar a dû reconnaître comme valides les ordinations faites par Ebo après sa déposition; il a dû même permettre à ces clercs l’exercice de leurs ordres ; malgré ses artifices de procédure, il a reconnu implicitement que leur déposition par le concile de Soissons n’avait pas été légitime.

Cette histoire a été exposée plusieurs fois 1 . Mais il est possible d’y introduire des précisions importantes et de montrer comment, pour sortir de ces difficultés, Hincmar en est venu à composer une théorie juridique de la dispense. Cette théorie s’est conservée dans un ouvrage démarqué par un canoniste de la fin du xi* siècle, mais qu’il faut restituer à Hincmar. L’exposé qui va suivre aura donc l’intérêt de la nouveauté. Si on lui donne ici une place, c’est qu’il a une relation étroite avec notre étude.

La sentence du concile de Soissons atteignait treize clercs : quatre chanoines de la cathédrale, un moine de saint Thierry et huit moines de saint Remi. Sur ce nombre, on remarquait

et episcopalem ordinem, ut sibi videbatur, exercuit. Anno deinde 847 incarnations Domini, Altfridus quartus episcopus ordinatur. Qui ecclesiam regulariter regeodo, quicquid anteccssor suus de aacris ordinibus temere usurpavit, decreto canonum rationabiliter annullavit. » Ce Chronicon n été écrit en 1079 fW. Wattenba.ch, Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter , t. II, p. 33 , Berlin, 1894). Mais ce texte est certainement antérieur, car en 1076 il était utilisé par l’écolâtre Bernhard, qui était alors à Hildesheim, dans son traité De dam jnaiione scismaticorum (Mon. Germ., Libclli de lite etc., t. II, p. 44). Les indications chronologiques du Chronicon Hildcsheimcnse sont d’ailleurs inexactes.

Le même renseignement se retrouve dans 1 ’Annalista saxo (Mon. Germ., Scriptorcs, t. VI, p. 575) : <t Eppone, primum Remensi archiepiscopo deinde Hildemsheimense episcopo, defuncto, Altfridus quartus ordinatur episcopus. Qui îxxstrnctas saceraotem et ecclesiam tali vincuio fcderari quo virum et uxorem ; æcundam ha ne spiritualis matrimonii sanctissimam legem, administrata ab «ntecessore suo ecclesiastica sacramenta cassavit, utpote post amissum priorem episcopatum ad alterum promoto, iterando scilicet ecclesiarum consecrationes et clericorum, si qui digni videbantur, consecrationes. » En 866, au concile de Soissons, Hincmar ne savait rien des réordinations et autres réitérations de sacrements faites à Hildesheim. Cf. le second mémoire adressé au concile par Hincmar, P. L. t t. CXXVI, col. 5 i.

1 . Lire surtout H. Sciiroers, Hinhmar, p. 61-71 et p. 270-293.

surtout le chanoine Wulfad. C’était un homme très cultivé, et d’une grande habileté en politique. Ami de Jean Scot, le philosophe aventureux mais très érudit, qui lui dédia son livre De divisionc naturae ; familier de Charles le Chauve, qui appréciait ses services, Wulfad n’était pas un adversaire négligeable. Hincmar en fit la cuisante expérience.

Tout d’abord il obtint un succès. Il réussit (synode de Quierzy, février 867) à empêcher Wulfad de monter sur le siège de Langres. A cette occasion, il extorqua même a Wulfad une promesse, écrite et confirmée par serment, de ne plus aspirer aux honneurs ecclésiastiques 1 . En réalité, Wulfad et ses compagnons d’infortune s’ingénièrent de leur mieux à se faire rendre justice. Du pape justicier Nicolas I (858-867), ils avaient le droit de tout espérer. Le pape avait déjà demandé à Hincmar la révision du procès 2 (3 avril 866), lorsqu’un événement imprévu vint encore aggraver l’embarras d’Hincmar. A la mort de Rodolfe archevêque de Bourges (21 juin 865 ), Charles le Chauve voulut donner cette métropole à Wulfad. A ce moment, sur treize condamnés de 853 , il y avait neuf survivants.

Le pape laissait l’archevêque de Reims libre ou bien d’admettre les clercs d’Ebo à l’exercice de leurs ordres, ou de faire régler le différend par un concile. Hincmar ayant choisi ce dernier parti, le concile se réunit le 18 août 866, à Soissons. L’embarras d’Hincmar était extrême. Il se croyait obligé de soutenir la légitimité du concile de Soissons de 853 , et le bienfondé de la condamnation des clercs ordonnés par Ebo. Cette thèse n’allait pas sans difficultés. La première était de prouver la nullité des ordinations faites par Ebo. Il fallait renoncer à faire accepter cette théorie par Nicolas I. Aussi, vis-à-vis du pape, Hincmar garda-t-il, sur ce point, un silence prudent. II se contenta d’une courte mais très claire insinuation dans un mémoire confidentiel adressé aux évêques du concile. Enumérant plusieurs appréciations qu’on pourrait porter sur les ordinations faites par Ebo, il place en première ligne l’hypothèse de la nullité 3 .

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